Dmi­tri Ry­bo­lov­lev est blan­chi à Ge­nève

Le Matin Dimanche - - ECONOMIE -

Yves Bou­vier avait ac­cu­sé le pro­prié­taire de L’AS Mo­na­co de l’avoir pous­sé à cor­rompre des juges ge­ne­vois dans l’af­faire de son di­vorce à 4 mil­liards de francs. Le par­quet ge­ne­vois vient de clas­ser l’af­faire.

Cir­cu­lez, il n’y a rien à voir. «Avis de clô­ture de l’ins­truc­tion». Mi­nis­tère pu­blic ge­ne­vois, 2 août 2018. «Les par­ties sont in­for­mées de ce que l’or­don­nance de clas­se­ment se­ra pro­chai­ne­ment ren­due.» De quoi s’agit-il?

Dans la guerre à mort qui op­pose le pro­prié­taire de L’AS Mo­na­co, Dmi­tri Ry­bo­lov­lev, au tran­si­taire et mar­chand d’art ge­ne­vois Yves Bou­vier, ce der­nier a ten­té d’abattre une nou­velle carte pour sa dé­fense. Se­lon lui, l’homme d’af­faires russe l’au­rait fait tom­ber, parce qu’il au­rait re­fu­sé de ten­ter de cor­rompre ou de faire chan­ter les juges ge­ne­vois en charge de son di­vorce, les­quels, en pre­mière ins­tance à Ge­nève, ve­nait de condam­ner Dmi­tri Ry­bo­lov­lev à ver­ser la moi­tié de sa for­tune de 8 mil­liards de francs à son épouse Ele­na. Pour la pe­tite his­toire, ce di­vorce s’est fi­na­le­ment conclu, en juin 2015, et en deuxième ins­tance, par un ver­se­ment de 564 mil­lions de francs «seule­ment» de Dmi­tri à Ele­na. Af­faire conclue. Au pre­mier abord.

«J’ai fait ta for­tune»

Le 14 août der­nier, nous avions ren­con­tré Yves Bou­vier, ex-roi des Ports Francs, qui nous avait ra­con­té, en dé­tail, comment son plus gros client, grâce au­quel il s’est consti­tué une for­tune de quelque 500 mil­lions de francs, l’au­rait pous­sé à cor­rompre des juges ge­ne­vois dans le but de ré­duire la fac­ture de son di­vorce: «J’ai fait ta for­tune. À toi de sau­ver la mienne, lui au­rait dit Ry­bo­lov­lev, en cet été 2014, au bord de la pis­cine de sa pro­prié­té de Saint-tropez. Tu fais comme tu veux, mais tu stoppes ce ju­ge­ment.»

Le par­quet en­quête

Quelques se­maines plus tard, en fé­vrier 2015, Yves Bou­vier est ar­rê­té à Mo­na­co et em­pri­son­né pour es­cro­que­rie, puis li­bé­ré contre une cau­tion de 10 mil­lions d’eu­ros. Dès son re­tour à Ge­nève, le tran­si­taire et en­core pro­prié­taire de l’en­tre­prise de transports Na­tu­ral Le Coultre, ex­pose, preuves à l’ap­pui, au pro­cu­reur gé­né­ral de Ge­nève, Oli­vier Jor­not, «l’offre», voire l’ordre, que lui au­rait si­gni­fié Ry­bo­lov­lev, à sa­voir de payer les juges pour cas­ser le ju­ge­ment en pre­mière ins­tance de son di­vorce. Ce­lui-ci exi­geait de lui un ver­se­ment de quelque 4 mil­liards de francs à son exé­pouse.

Le par­quet ge­ne­vois prend l’af­faire très au sé­rieux et en­quête du­rant près de trois ans sur cette ten­ta­tive al­lé­guée de cor­rup­tion de ma­gis­trats. Le 1er juin der­nier, Dmi­tri Ry­bo­lov­lev et son avo­cate, éga­le­ment pour­sui­vie, se rendent à une com­pa­ru­tion, route de Chan­cy à Ge­nève, où ils se­ront mis en pré­ven­tion.

Or, après exa­men des pièces et au­dience des té­moins, le ver­dict vient de tom­ber: le pro­cu­reur Sté­phane Gro­de­cki a émis une or­don­nance de clas­se­ment du dos­sier. Les rai­sons de cette dé­ci­sion sont pour l’heure in­con­nues. À Ge­nève, tout du moins, la «bombe» d’yves Bou­vier pour sa dé­fense a fait un flop. ÉLISABETH ECKERT

Jean Ca­tuffe/getty Images

Le mil­liar­daire russe Dmi­tri Ry­bo­lov­lev.

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