L’en­fer­me­ment et une com­mu­ni­ca­tion ver­rouillée ont fait ger­mer la crise

Le Matin Dimanche - - FOOTBALL - PE­TER GILLIÉRON Pré­sident de L’ASF

On pour­rait écrire un ro­man sur le manque de sé­rieux de la plus puis­sante des fé­dé­ra­tions du sport suisse. Présent tout au long du tour­noi, le com­men­ta­teur Phi­lippe von Burg pointe du doigt: «Je ne m’ex­plique pas comment l’hô­tel de To­gliat­ti a pu être pro­po­sé et va­li­dé par L’ASF. En Afrique du Sud, l’équipe avait mal vé­cu son iso­le­ment. Hitz­feld l’avait ac­té. Et c’est lo­gi­que­ment que, quatre ans plus tard, au Bré­sil, le lieu était de­ve­nu beau­coup plus ou­vert et convi­vial. Je ne com­prends pas qu’avec les mêmes per­sonnes au pou­voir, la fé­dé­ra­tion soit re­ve­nue en ar­rière.» Il au­ra pour­tant fal­lu at­tendre long­temps avant que les pre­mières cri­tiques sur le camp de base se fassent en­tendre. Un choix bien en lien avec un ver­rouillage de l’in­for­ma­tion as­su­mé et va­li­dé jus­qu’en haut lieu. C’est bien dans cette es­pèce de vase clos per­ma­nent qu’ont ger­mé les ran­coeurs les plus per­ni­cieuses, dès le stage de Lu­ga­no. Dans les sa­lons cos­sus du cinq-étoiles, Pe­ter Gilliéron et sa cour n’ont rien per­çu des pre­miers signes. Qui ne dit mot consent. Sur le ter­rain, la pré­pa­ra­tion s’est bien pas­sée. La Suisse a te­nu l’es­pagne en échec, bat­tu le Japon. Le ge­nou de Xhaka a gué­ri. Rus­sie, nous voi­là… Avec une équipe plus forte que ja­mais, clame-t-on alors.

Dé­con­nec­tés de la réa­li­té

Après le nul contre le Bré­sil, une sorte de douce eu­pho­rie s’est ins­tal­lée. «On est tous un peu tom­bés dans le piège», nous avoue un jour­na­liste ro­mand qui, pour­tant, a cou­vert de nom­breuses Coupes du monde. «Au fil du tour­noi, on est tous de­ve­nus un peu sup­por­ters. C’est hu­main quand tu vis en vase clos pen­dant si long­temps: il est dif­fi­cile de gar­der une cer­taine dis­tance.»

Pe­ter Gilliéron a-t-il été frap­pé du même syn­drome pour va­li­der l’ap­proche sur­réa­liste du match contre la Ser­bie? «À force de vivre dans un cer­tain confort, on perd sans doute un peu de lu­ci­di­té», pour­suit notre in­ter­lo­cu­teur aver­ti. Il fal­lait être sa­cré­ment dé­con­nec­té pour consi­dé­rer que cette ren­contre était un match comme les autres. C’est pour­tant bien ce qui s’est pas­sé. «Le contexte po­li­tique n’était même pas un thème!» se pince en­core Phi­lippe von Burg.

On connaît la suite. L’aigle à deux têtes de Xhaka, Sha­qi­ri et Licht­stei­ner. Et là en­core, la ges­tion pas­sive de la crise or­ches­trée par le pré­sident de L’ASF. À l’au­tomne 2014, la Fé­dé­ra­tion, consi­dé­rant qu’il s’agis­sait d’un manque de res­pect en­vers les sup­por­ters suisses, avait de­man­dé aux joueurs de ne plus cé­lé­brer leur but de cette fa­çon sous le maillot de la Na­ti. Quatre ans plus tard, Pe­ter Gilliéron et Cie jouent les amné­siques en mi­ni­mi­sant le geste de Sha­qi­ri, Xhaka et Licht­stei­ner. En vi­trine, on nous pro­pose l’image d’une équipe plus unie que ja­mais. Mais il ap­pa­raît au­jourd’hui que le ves­tiaire n’avait clai­re­ment pas cette uni­té de fa­çade.

Il y a eu un avant et un après Suisse - Ser­bie. «L’équipe est sans doute morte ce soir-là», ré­sume Sa­muel Bur­ge­ner. «La suite n’a fait que le confir­mer.» Pour­tant, lors de la confé­rence de presse pos­té­li­mi­na­tion, Pe­ter Gilliéron se conten­te­ra de dire «qu’il y a eu des bonnes choses et des moins bonnes lors de cette Coupe du monde». Il lui a fal­lu du temps pour com­prendre et sai­sir l’am­pleur du dé­sastre. Il se mur­mure qu’il pour­rait dé­mis­sion­ner cette se­maine.

To­to Mar­ti/rdb/du­kas

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