See­wald a choi­si le Grand Raid en so­lo

Le Matin Dimanche - - VTT - STÉ­PHANE COMBE GRI­MENTZ

L’al­le­mand An­dreas See­wald a dé­cro­ché son pre­mier Grand Raid, hier, entre Ver­bier et Gri­mentz. Sur les sen­tiers va­lai­sans, il n’y avait que lui et sa bé­cane. Un jour de grâce.

Il s’en est fal­lu de peu pour que le cou­ra­geux ran­don­neur ve­nu cam­per à la Croix de Coeur, tôt sa­me­di ma­tin, ne manque le dé­part to­ni­truant d’an­dreas See­wald. Em­mi­tou­flé dans son sac de cou­chage, il a failli man­quer la pre­mière es­car­mouche de l’al­le­mand. Heu­reu­se­ment, le fu­tur vain­queur a dé­ci­dé d’at­tendre les som­mets de Ver­bier pour lan­cer les hos­ti­li­tés. Car tel un cor­beau mo­derne face à des di­zaines de re­nards, See­wald avait ju­ré qu’on ne le re­pren­drait plus.

C’était jour de Grand Raid hier en Va­lais, et quoi de plus nor­mal, fi­na­le­ment, que d’as­sis­ter à la che­vau­chée fan­tas­tique d’un homme qui s’en est ap­pro­prié le (29e du) nom. Une of­fen­sive per­ma­nente, une jour­née qui porte le sceau de la tech­nique, tri­co­tage in­so­lent entre des ro­chers et ra­cines que les bruines et on­dées noc­turnes avaient trans­for­mé en un hu­mide bal­let d’ombre et lu­mière.

Seul le re­cord n’est pas tom­bé

An­dreas See­wald s’y est ébroué comme ja­dis sur son pre­mier tri­cycle, lors­qu’il ta­po­tait dans les flaques. Spé­cia­liste de ma­ra­thon, apôtre du dé­ni­ve­lé, le Ba­va­rois a trou­vé sur les co­teaux et som­mets va­lai­sans de quoi ras­sa­sier un ap­pé­tit en­core nais­sant. Ja­mais en­core il n’avait été à pa­reille fête. Le voi­là ré­com­pen­sé sans au­cun contra­dic­teur.

Pro­me­nés en hé­li­co­ptère – le Pasde-lo­na avait sou­dain l’air plus abor­dable, avant que les larmes de dou­leur aper­çues ne viennent le re­mettre à sa juste place ––, les jour­na­listes ont pu consta­ter l’éten­due des dé­gâts: du noir par­tout, co­lo­ris d’une te­nue qui éclip­sa toutes les autres. Celle du dos­sard 8, qui mit tout le monde d’ac­cord. Un Al­le­mand bien dé­ci­dé à faire sien le mythe. Le re­cord? Il s’en mo­quait bien. Au point, plu­sieurs mi­nutes après son ar­ri­vée, de nous re­tour­ner la ques­tion: «Mais je l’ai bat­tu ou pas, alors?» Né­ga­tif, pour deux mi­nutes.

Au Grand Raid, les condi­tions et le par­cours changent, les cou­reurs passent mais les images res­tent. La convic­tion mise dans le pé­da­lage de See­wald en fait par­tie. Jus­qu’à l’ou­tre­cui­dance. «Il est par­ti trop vite pour battre le re­cord, c’est in­dis­cu­table. Pour­tant, les condi­tions étaient par­faites», a lâ­ché Urs Hu­ber à l’ar­ri­vée, lui l’heu­reux dé­ten­teur de la meilleure marque et seul homme, tou­jours, à avoir re­joint l’ar­ri­vée du grand par­cours en moins de six heures. L’ar­go­vien, triple fac­tu­ré au ni­veau de la cla­vi­cule, a pris le dé­part mais s’est re­plié à la Croix de Coeur, aus­si vite que le sac de cou­chage du joyeux pro­me­neur.

Es­ther Süss, comme le bon vin

Vain­queur l’an der­nier, l’ita­lien Sa­muele Por­ro a com­pris si tôt sa dé­faite qu’il a cou­ru pour la deuxième place. «En 2017, on avait pu rou­ler à deux avec mon com­pa­triote Ra­gnio­li. Cette an­née, le pre­mier était beau­coup trop fort.» Co­rol­laire, il a sim­ple­ment contrô­lé pour res­ter deuxième, ter­mi­nant dans le même temps ou presque que lors de sa vic­toire. Deux mondes.

Un constat qui vaut aus­si pour la course des dames, avec une Es­ther Süss de ga­la, qui, du haut de ses 44 ans (!), a res­sor­ti son ha­bit de ga­la, ce­lui qui l’avait vue de­ve­nir cham­pionne du monde de VTT ma­ra­thon, presque dans une autre vie (2010). L’ar­go­vienne a si­gné un nou­veau meilleur temps, en 7 h 30’45. «Il y avait elle et les autres», confir­mait Flo­rence Dar­bel­lay, autre vain­queur sor­tante bat­tue et désa­bu­sée. «Ce qu’elle fait, à 44 ans, c’est tout bon­ne­ment ex­cep­tion­nel, même si la ma­tu­ri­té peut ser­vir sur de telles épreuves d’en­du­rance», ac­cepte la Va­lai­sanne, qui a elle-même sé­rieu­se­ment en­clen­ché le mode VTT tar­di­ve­ment, à 32 ans.

Un âge qui tranche aus­si avec ce­lui du jeune lau­réat. An­dreas See­wald fê­te­ra ses 27 ans dans deux jours. Et si sa «caisse» gran­dit en­core à l’ave­nir, le voi­là par­ti pour du­rer et ten­ter quelques belles échap­pées. Celle d’hier était une aven­ture cal­cu­lée, mais au­rait pu tour­ner au cal­cul aven­tu­reux. «Je suis le pre­mier sur­pris de ce que je suis par­ve­nu à faire», conclut-il en­core, tran­si par l’ef­fort, au coeur d’un vil­lage de Gri­mentz qui sut sa­luer la per­for­mance. Avec dix mi­nutes d’avance, l’al­le­mand a di­rec­te­ment clas­sé son cru dans les plus belles le­çons de l’épreuve, un chef-d’oeuvre en na­ture bien vi­vante, où la glis­sade est tou­jours fa­vo­rable et les jambes lé­gères. Au point de re­lé­guer les ex­cel­lents Suisses Kon­ny Loo­ser et Ch­ris­toph Sau­ser (un autre di­no­saure) aux 3e et 4e places, à plus de douze mi­nutes. Et en­core, See­wald ne vou­lait pas ré­veiller le ran­don­neur de la Croix de Coeur.

An­dreas See­wald a réa­li­sé une vé­ri­table dé­mons­tra­tion sur l’exi­geant par­cours du Grand Raid. Meilleur Suisse, Kon­ny Loo­ser a ter­mi­né à plus de 12 mi­nutes de l’al­le­mand. Cô­té dames, Es­ther Süss, à 44 ans, s’est rap­pe­lée au bon sou­ve­nir en si­gnant un nou­veau meilleur temps, en 7 h 30’45.

Pho­tos:epa/laurent Gillie­ron

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