Sa­gesse

Par Ro­sette Po­let­ti

Le Matin Dimanche - - PSYCHOLOGIE -

Je vous pro­pose pour l’été d’évo­quer des tra­di­tions ou spi­ri­tua­li­tés qui nous sont moins connues. Au­jourd’hui: la sa­gesse de l’egypte an­tique.

La sa­gesse de l’egypte an­tique est une forme de lit­té­ra­ture conte­nant des maximes et des pré­ceptes éthiques et mo­raux. On compte dix-sept oeuvres de ce genre. Ces maximes ou pré­ceptes sont sou­vent nom­més «ins­truc­tions» ou «en­sei­gne­ments». par­mi les plus connus, ceux d’amé­né­mo­pé ont pro­ba­ble­ment été ré­di­gés vers 1300-1075 av. J.-C. Ce qui est par­ti­cu­liè­re­ment in­té­res­sant pour nous, Oc­ci­den­taux, c’est à quel point, nombre de ces en­sei­gne­ments se re­trouvent dans la Bible.

Ho­no­rer les pa­rents

La Bible dit: «Ho­nore ton père et ta mère, afin que tes jours se pro­longent dans le pays que l’éter­nel ton Dieu te donne!» (Exode 20:12) L’ins­truc­tion égyp­tienne dit: «Donne à ta mère le double de la nour­ri­ture qu’elle t’a don­née. Nour­ris-la comme elle t’a nour­ri: tu as été pour elle une lourde charge, mais elle ne t’a pas aban­don­né. Quand tu es né après les mois de ges­ta­tion, elle est res­tée liée à toi, son sein dans ta bouche pen­dant trois ans!» (Ins­truc­tion d’ami).

Long­temps cette gra­ti­tude en­vers les pa­rents a pré­va­lu dans notre so­cié­té. Ces der­nières dé­cen­nies, on a com­men­cé à rendre les pa­rents res­pon­sables de tous les maux de leurs en­fants. C’est par­fois vrai, il y a des pa­rents qui n’au­raient pas dû l’être, il n’en reste pas moins que le fait d’être en bons termes avec ses pa­rents, mal­gré leurs er­reurs, est un gage de san­té émo­tion­nelle. Il y a 3000 ans, les an­ciens Égyp­tiens le sa­vaient dé­jà!

La mé­di­sance

La Bible dit: «Te­nons notre langue en bride» ou en­core: «Ne par­lez pas mal les uns des autres!» (Jacques 1 et 4) Dans les Ins­truc­tions d’amé­né­mo­pé: «Garde ta langue libre de pa­roles mau­vaises et tu se­ras ai­mé par les hommes. Mets la bonne re­marque sur ta langue, tan­dis que la mau­vaise reste ca­chée dans ton ventre.»

3000 ans n’ont pas suf­fi pour que ces pa­roles changent les men­ta­li­tés! Prendre conscience que nous n’avons pas le droit de ju­ger qui que ce soit! Ce­la ne nous ap­par­tient pas! Il me semble pour­tant que cer­tains par­mi les jeunes gé­né­ra­tions se sen­si­bi­lisent pe­tit à pe­tit à cette né­ces­si­té: ac­cep­ter l’autre tel qu’il est, lais­ser être! L’autre est autre!

Les sou­cis et les in­quié­tudes

Dans Matthieu 6-25, il est dit: «C’est pour­quoi, je vous dis, ne vous in­quié­tez pas pour votre vie, de ce que vous man­ge­rez, ni pour votre corps, de quoi vous se­rez vê­tus!» Qui de vous, par ses in­quié­tudes, peut ajou­ter une seule cou­dée à la du­rée de sa vie? Ne vous in­quié­tez pas du len­de­main, car le len­de­main au­ra soin de lui-même. À chaque jour suf­fit sa peine!

La sa­gesse de l’egypte an­tique dit: «Ne laisse pas le sou­ci fleu­rir, l’an­goisse triom­phe­rait, si le coeur se tra­casse pour son pos­ses­seur, il crée pour lui la ma­la­die. Quand le sou­ci est ap­pa­ru, le coeur cherche la mort. Un jour n’est pas comme l’autre pour ce­lui dont le coeur est pré­oc­cu­pé.

La mort et la vie de de­main, nous ne connais­sons pas leur na­ture. Au­jourd’hui avec son gagne-pain est ce que l’homme sage de­mande!

Ni l’im­pie, ni l’homme pieux ne peuvent chan­ger la du­rée de vie qui leur a été as­si­gnée.»

L’an­goisse du len­de­main, les sou­cis in­nom­brables ta­raudent l’es­prit hu­main de­puis tou­jours. Nous sommes le jouet de grandes forces qui nous dé­passent: les ca­tas­trophes na­tu­relles, les ma­la­dies, les po­li­ti­ciens pa­ra­noïaques qui veulent im­pri­mer leur pas­sage quitte à dé­clen­cher guerres éco­no­miques et apo­lo­gie de la haine! Il y a et il y a tou­jours eu des rai­sons de craindre le len­de­main. Pour­tant, comme l’écri­vait le da­laï­la­ma, il y a deux jour­nées dont on ne de­vrait pas se pré­oc­cu­per: hier, qui est mort, et de­main, que nous ne connais­sons pas, mais que nous pou­vons pré­pa­rer en vi­vant plei­ne­ment, po­si­ti­ve­ment et avec cette at­ten­tion le jour d’au­jourd’hui.

Sur le par­tage et la gé­né­ro­si­té

Dans la Bible (Luc 3:11), il est dit: «Que ce­lui qui a deux che­mises par­tage avec ce­lui qui n’en a pas et que ce­lui qui a de quoi man­ger fasse de même.» «L’homme au re­gard bien­veillant se­ra bé­ni parce qu’il donne de son pain au plus faible!» (Pro­verbes 22:9)

Dans la sa­gesse de l’egypte an­tique: «Ne mange pas de pain tan­dis qu’un autre est à cô­té, sans tendre ta main vers lui. Quant à la nour­ri­ture, elle est tou­jours là, c’est l’homme qui ne dure pas. Un homme est riche, un autre pauvre, mais la nour­ri­ture de­meure pour ce­lui qui la par­tage.»

La Bible doit beau­coup à l’egypte an­tique, comme un groupe de théo­lo­giens l’ex­plique dans un ou­vrage col­lec­tif: «Ce que la Bible doit à l’égypte». Nous sommes tous construits de toutes les sa­gesses qui nous ont pré­cé­dés.

Voi­ci en­core quelques ci­ta­tions d’amé­né­mo­pé: «Fais le bien et tu pros­pé­re­ras. Ne trempe pas ta plume pour in­sul­ter un homme!»

«Le pi­lote qui voit loin ne fe­ra pas cou­ler son ba­teau.»

«Ne sois pas avide, si­non ton nom pue­ra. La ri­chesse de l’homme gé­né­reux est plus grande que celle de l’homme avide.»

Voi­là de quoi mé­di­ter en ces beaux jours d’été! Très belle se­maine à tous!

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