«Ne pié­geons pas les femmes dans un dé­bat pour ou contre les mu­sul­mans»

Le Matin Dimanche - - ACTEURS -

Les ré­cents actes de vio­lence contre des femmes à Ge­nève et à Zu­rich, où des étran­gers sont soup­çon­nés, prouvent qu’il faut quit­ter l’an­gé­lisme de gauche et re­mettre en ques­tion cer­taines cultures et re­li­gions?

À Ge­nève, nous igno­rons l’iden­ti­té des agres­seurs. Il me pa­raît mal­ve­nu de me pro­non­cer à ce stade sur leur ori­gine. Le fait que des femmes à gauche aient ma­ni­fes­té contre les vio­lences dont les femmes sont vic­times dans l’es­pace pu­blic montre au contraire que nous re­fu­sons l’an­gé­lisme. Je pense que la seule ré­ponse aux cultures pa­triar­cales c’est l’édu­ca­tion. À l’école d’abord, dans les lieux de for­ma­tion et par des cam­pagnes de pré­ven­tion.

Sur la bur­qa, votre po­si­tion est am­bi­guë. Vous n’y êtes pas clai­re­ment op­po­sée?

Les fé­mi­nistes sont elles-mêmes di­vi­sées. Cer­taines es­timent que c’est une li­ber­té pour la femme de por­ter la bur­qa. Je ne par­tage pas ce point de vue. Je suis pour l’in­ter­dic­tion mais je ne crois pas qu’il faille l’ins­crire dans la Consti­tu­tion mais dans une loi.

Mais pour­quoi ne pas mettre quelque chose d’aus­si im­por­tant dans la Consti­tu­tion? La vo­ta­tion de sep­tembre veut bien y mettre les vé­los!

Sou­te­nir l’ini­tia­tive po­pu­laire contre la bur­qa sans autre dé­bat, c’est don­ner rai­son aux ini­tiants, le co­mi­té d’eger­kin­gen, proche de L’UDC. Pour moi, ce sont les pre­miers ad­ver­saires de tous les droits des femmes. Je n’ai au­cune en­vie de fi­gu­rer à leurs cô­tés. Une in­ter­dic­tion de la bur­qa dans la loi se­rait beau­coup plus ra­pide et ef­fi­cace. Ce­la per­met­trait aus­si de me­ner cette dis­cus­sion sans en faire un dé­bat an­ti­mu­sul­man.

Pour vous, on ne peut pas ques­tion­ner l’is­lam sur la place pu­blique?

Bien sûr que si. Mais on doit ques­tion­ner, en gé­né­ral, le rôle du re­li­gieux dans notre so­cié­té. Quand des sys­tèmes au­to­crates se ren­forcent, c’est sys­té­ma­ti­que­ment ac­com­pa­gné d’un re­tour du re­li­gieux. Ce­la se passe aux États-unis, en Rus­sie, en Po­logne, en Tur­quie, etc. Je n’ai pas en­vie que les femmes soient pié­gées dans un dé­bat pour ou contre les mu­sul­mans.

Vous avez sou­te­nu le pro­jet Pré­voyance 2020. Mais, main­te­nant, vous re­je­tez l’âge de la re­traite des femmes à 65 ans. Pour­quoi?

Dans Pré­voyance 2020, cette hausse était com­pen­sée par d’autres me­sures et je consi­dé­rais que les femmes, en tout cas les plus pré­caires, sor­ti­raient épar­gnées de la ré­forme. On n’est plus du tout dans ce cas de fi­gure. Au­jourd’hui, c’est très clair: s’il n’y a pas une amé­lio­ra­tion très nette de l’éga­li­té des sa­laires, il est hors de ques­tion d’en­trer en ma­tière sur la re­traite des femmes à 65 ans.

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