«Avec toutes ces initiatives sur notre ali­men­ta­tion, on risque l’in­di­ges­tion»

Le Matin Dimanche - - SUISSE -

L’as­so­cia­tion Slow Food lance une ini­tia­tive pour que l’état en­cou­rage la for­ma­tion à l’ali­men­ta­tion des jeunes. Est-ce le texte de trop sur la «bonne bouffe»?

faire dans toutes les branches: pas seu­le­ment en cui­sine, mais aus­si en géo­gra­phie, en sciences ou en fran­çais. Il faut fa­vo­ri­ser le plai­sir de man­ger.»

L’abon­dance de vo­ta­tions sur ce thème ne risque-t-il pas de las­ser la po­pu­la­tion? «Non, ré­pond l’ex-conseiller na­tio­nal po­piste vau­dois. D’une cer­taine fa­çon, elle vote dé­jà trois fois par jour, en choi­sis­sant ce qu’elle mange. L’ali­men­ta­tion est un point cen­tral de notre vie et de notre ave­nir. Et la ques­tion de l’édu­ca­tion à l’ali­men­ta­tion n’a pas été abor­dée par les autres initiatives.» Pour lui, il s’agit d’un thème nou­veau.

«Les gens vont se re­bel­ler»

«Avec toutes ces initiatives, les gens vont faire une in­di­ges­tion, ré­torque Yves Ni­deg­ger (UDC/GE). Tout le monde surfe sur ce thème, c’est un peu aber­rant. On est dans une so­cié­té post-fa­mi­liale, où ce ne sont plus les pa­rents qui disent ce qui est bien ou mal à leurs en­fants, mais l’état. Les gens vont fi­nir par en avoir marre. Ils vont fi­nir par se re­bel­ler en fai­sant des or­gies de foie gras ar­ro­sées de Co­ca.»

Pré­si­dente d’une as­so­cia­tion alé­ma­nique de consom­ma­teurs, Ba­bette Sigg voit dans ce texte les mêmes tra­vers que dans ce­lui sur les ali­ments équi­tables. «On es­saie d’une fa­çon dé­tour­née de nous dire ce qu’il faut man­ger, et ça m’énerve. Se nour­rir sai­ne­ment, c’est im­por­tant, mais c’est à moi de dé­ci­der, pas à l’état, ajoute celle qui est aus­si pré­si­dente des femmes PDC. Il faut res­pec­ter ceux qui veulent man­ger au fast­food, fu­mer ou ne pas faire de sport.»

Pour Benoît Ge­ne­cand (PLR/GE), toutes En un an, trois textes qui touchent à l’ali­men­ta­tion au­ront été sou­mis au vote. Quatre autres sont en dis­cus­sions. ces pro­po­si­tions sont sur­tout la consé­quence d’une so­cié­té d’abon­dance qui se cherche des pro­blèmes. «Nous ne sommes plus me­na­cés par quelque chose de sé­rieux, alors on se re­garde le nom­bril. Et qu’est-ce qu’il y a sous le nom­bril? L’es­to­mac.» Concer­nant cette nou­velle ini­tia­tive, il s’étonne. «Fran­che­ment, qui ne sait pas qu’il faut évi­ter les graisses et les sucres et qu’il est im­por­tant de man­ger des fruits et lé­gumes?»

Le dé­bat au­gure de belles passes d’armes, car en face, agri­cul­teurs et éco­lo­gistes ne pensent pas que le thème est épui­sé. «L’ali­men­ta­tion, ça nous touche tous. C’est un do­maine qui compte des as­pects cultu­rel, so­cial, éco­lo­gique ou de san­té pu­blique, es­time Adèle Tho­rens (Verts/vd). D’ailleurs les pers­pec­tives ne sont pas les même se­lon les initiatives. Les mes­sages sont dif­fé­rents, et la po­pu­la­tion est ca­pable de voir cette com­plexi­té.»

Jacques Bour­geois (PLR/FR), pré­sident de l’union suisse des pay­sans, voit aus­si d’un bon oeil ce nou­veau texte. «Le goût, c’est pri­mor­dial. Ça fait ap­pel aux pro­duits du ter­roir, aux ali­ments de sai­son, à l’agri­cul­ture de proxi­mi­té. Et il est tou­jours bon de rap­pe­ler aux en­fants que der­rière une brique de lait, il n’y a pas la Mi­gros, mais une fa­mille pay­sanne.»

Aux ac­cu­sa­tions de main­mise éta­tique, Jo­sef Zi­sya­dis ré­pond que «pour choi­sir son ali­men­ta­tion, il est né­ces­saire d’être au­to­nome. Or si on ne sait pas cui­si­ner, on n’a pas le choix: on doit se conten­ter des plats dé­jà pré­pa­rés.» Et d’af­fir­mer que cette ini­tia­tive amè­ne­ra au fi­nal plus de li­ber­té à la po­pu­la­tion.

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