Toutes ces sé­che­resses vont chan­ger le vi­sage de la Suisse

Les vagues de cha­leur à ré­pé­ti­tion trans­forment dé­jà la na­ture et les ha­bi­tudes de ceux qui y tra­vaillent.

Le Matin Dimanche - - ZOOM - DO­MI­NIQUE BOTTI

Il a fait chaud cet été. Très chaud. Et cette ca­ni­cule se­ra sui­vie par d’autres: les vagues de cha­leur se ré­pé­te­ront et elles du­re­ront tou­jours plus long­temps, af­firment les ex­perts. Face à ce­la, notre en­vi­ron­ne­ment se trans­forme. Le sol de nos cam­pagnes, brû­lé par le sol, rap­pe­lait par­fois l’at­mo­sphère du Sou­dan du Sud. Le Doubs qua­si à sec avait l’al­lure d’un Rio an­da­lou. La Suisse af­fi­chait un air du sud.

Ce ré­chauf­fe­ment a aus­si un im­pact à long terme, es­time le pro­fes­seur ho­no­raire en cli­ma­to­lo­gie ge­ne­vois Mar­tin Be­nis­ton: «Nous consta­tons des chan­ge­ments de­puis les an­nées 1990 dé­jà.» Ces trans­for­ma­tions prennent du temps; elles ne sont pas vi­sibles tout de suite par un oeil in­ex­pé­ri­men­té. Mais ces bou­le­ver­se­ments pro­vo­que­ront des ré­vo­lu­tions dans le pay­sage. «Cer­tains de nos vé­gé­taux et cer­tains de nos arbres pour­raient ne pas sur­vivre à ces ca­ni­cules», es­time l’uni­ver­si­taire.

La faune en su­bi­ra les consé­quences. Elle de­vra trou­ver d’autres sources de nour­ri­ture ou se dé­pla­cer pour ac­com­pa­gner ces trans­for­ma­tions. «Les ani­maux sont évi­dem­ment beau­coup plus mo­biles que la flore», pour­suit Mar­tin Be­nis­ton. Les ex­perts ont dé­jà re­mar­qué que cer­taines es­pèces se sont dé­pla­cées en al­ti­tude pour re­trou­ver les condi­tions cli­ma­tiques qu’elles ont per­du en plaine.

Les pay­sans doivent aus­si chan­ger leurs ha­bi­tudes. Claude Baeh­ler, éle­veur à Cham­by (VD) et pré­sident de l’as­so­cia­tion vau­doise Pro­mé­terre, a été sur­pris par la longue du­rée de cette ca­ni­cule et la cha­leur noc­turne: «Les bêtes n’ar­ri­vaient plus à se ra­fraî­chir la nuit.» Il s’est aus­si ren­du compte que la sé­che­resse a da­van­tage sé­vi en Suisse orien­tale et cen­trale. «Notre ré­gion de la Ri­vie­ra a bé­né­fi­cié de plu­sieurs orages au bon mo­ment.» Cet été, l’ap­pro­vi­sion­ne­ment en four­rage a été l’ob­ses­sion des éle­veurs. Ces der­niers se sont or­ga­ni­sés en ré­seau, via les chambres can­to­nales agri­coles, pour trou­ver le meilleur foin et au meilleur prix. Chaque sé­che­resse est un coup dur qui fa­vo­rise la so­li­da­ri­té du monde pay­san. «C’est vrai que dans ces mo­ments, nous nous en­trai­dons», pour­suit Claude Baeh­ler.

L’éle­veur vau­dois re­la­ti­vise quelque peu. La vague de cha­leur s’est épui­sée ces der­niers jours sans faire trop de dé­gâts. Certes les sols sont brû­lés, mais ils ne sont pas per­dus. Et les pre­mières pluies vont les ré­veiller. «Les sols sont en­core chauds, riches en ac­ti­vi­tés mi­cro­biennes. Il ne de­mande que de l’eau. L’herbe va re­pous­ser», dé­taille-t-il. Se­lon lui, 30% du four­rage se sont éva­po­rés du­rant la sé­che­resse. Un bel au­tomne plu­vieux doit per­mettre de ré­cu­pé­rer 15% de four­rage. Les plaines peuvent donc s’en ti­rer à bon compte. «Dans les al­pages, en re­vanche, ce se­ra plus dif­fi­cile. L’herbe au­ra da­van­tage de peine à re­pous­ser», conclut-il.

Ro­bert Sie­gen­tha­ler

Le so­leil a man­gé l’herbe verte et grasse des pâ­tu­rages de Cour­te­doux (JU). Le bé­tail n’avait plus que la pous­sière à se mettre sous la dent.

Jean-guy Py­thon

Le 4 août der­nier, il n’y avait plus une goutte d’eau dans le Doubs, à la fron­tière fran­co-suisse.

Me­la­nie Du­chene/keystone

En Suisse orien­tale ou cen­trale, où la sé­che­resse s’est fait par­ti­cu­liè­re­ment sen­tir, les champs ont par en­droits per­du leur ré­colte.

Ce banc de pois­sons n’a pas sur­vé­cu à la ca­ni­cule. La faune a aus­si beau­coup souf­fert de ces coups de cha­leur.

Me­la­nie Du­chene/keystone

Cer­tains in­sectes ont ado­ré ce so­leil de plomb. Comme les bos­tryches qui en ont pro­fi­té pour co­lo­ni­ser les fo­rêts.

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