Tout est dans la ca­fe­tière

Les spé­cia­listes des épreuves de dos s’en­traînent par­fois avec un go­be­let sur le front. Le but: main­te­nir la tête im­mo­bile en plein ef­fort. Un coach dé­crypte l’exer­cice.

Le Matin Dimanche - - CHRONIQUES - JU­LIEN CALOZ

L’exer­cice a sur­pris et amu­sé, cet été aux Cham­pion­nats d’eu­rope de na­ta­tion. En plein échauf­fe­ment avant les épreuves de dos, le jeu­di 9 août à Glas­gow, la na­geuse al­le­mande Jen­ny Men­sing a en­chaî­né les mou­ve­ments de bras sans faire tom­ber le go­be­let qu’elle avait soi­gneu­se­ment po­sé sur son front.

Le pho­to­graphe de l’agence Reu­ters, Ste­fan Wer­muth, a pris plu­sieurs cli­chés de ce nu­mé­ro que les for­çats des lignes d’eau connaissent bien, car il en­traîne les na­geurs à gar­der la tête par­fai­te­ment droite. «La tête sert de gou­ver­nail à la di­rec­tion que l’on veut don­ner au corps. Si elle bouge, l’ath­lète au­ra de la peine à sta­bi­li­ser son corps et à l’em­me­ner dans la bonne di­rec­tion», sen­si­bi­lise Laurent Trin­cat, en­traî­neur de na­ta­tion de­puis 20 ans.

Le go­be­let sert de voyant rouge: s’il tombe, le na­geur sait im­mé­dia­te­ment que des mou­ve­ments pa­ra­sites freinent sa pro­gres­sion. «C’est un feed­back en di­rect», se fé­li­cite Trin­cat, pas mé­con­tent de l’ef­fet qu’il pro­duit sur ses élèves, «car cer­tains ont par­fois du mal à se rendre compte de leur pos­ture in­ap­pro­priée». La mé­thode se veut tou­te­fois pé­da­go­gique. Elle ne vise pas à pu­nir mais à cor­ri­ger. Les go­be­lets, en car­ton ou en plas­tique, ne sont ja­mais vides. Les en­traî­neurs les lestent d’un peu d’eau pour ne pas qu’ils bas­culent au pre­mier re­mous.

C’est dire si les es­poirs de la dis­ci­pline trinquent. Mais ils ap­prennent vite. Ils peuvent as­su­rer un ser­vice im­pec­cable dès l’âge de douze ou treize ans.

Le Ge­ne­vois Ro­man Mi­tyu­kov (18 ans) a dé­cou­vert l’exer­cice sur le tard mais il l’a très vite ap­pri­voi­sé. «Il m’a fal­lu deux ou trois ten­ta­tives pour trou­ver l’équi­libre et c’était bon», ra­conte le ré­cent mé­daillé de bronze sur 200 m dos aux Eu­ro­péens ju­nior. Le plus dur était tou­te­fois à ve­nir. «Ce qui est dif­fi­cile, c’est de main­te­nir une grande am­pli­tude dans les mou­ve­ments des épaules et des bras sans faire tom­ber le go­be­let», ren­seigne Trin­cat. Le tech­ni­cien du Ge­nève Na­ta­tion pré­cise en­core qu’il n’a pas tou­jours be­soin de sor­tir la vais­selle pour en­sei­gner la pos­ture idéale à ses ouailles. «On ap­prend aux na­geurs à sen­tir l’eau au ni­veau des oreilles ou du front, ain­si qu’au bas­sin.» C’est-à-dire à re­trou­ver une forme de lé­gè­re­té quand la tête se fait trop lourde.

«La tête sert de gou­ver­nail à la di­rec­tion que l’on veut don­ner au corps» Laurent Trin­cat, en­traî­neur au Ge­nève Na­ta­tion

Ste­fan Wer­muth/reu­ters

La na­geuse al­le­mande Jen­ny Men­sing a joué les équi­li­bristes lors des Eu­ro­péens de Glas­gow.

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