«Mes fauves étaient condam­nés à la pri­son à per­pé­tui­té»

Le Matin Dimanche - - BIEN VIVRE - GENEVIÈVE COMBY

Is­su d’une cé­lèbre li­gnée de gens du cirque, le Fran­çais An­dré-jo­seph Bou­glione a re­non­cé à pré­sen­ter des ani­maux. Il dé­nonce au­jourd’hui une tra­di­tion cruelle et ob­so­lète.

Il fut long­temps domp­teur de fauves. Après avoir vé­cu et tra­vaillé toute sa vie avec des ani­maux, le Fran­çais An­dré-jo­seph Bou­glione a fait le choix ra­di­cal de ne plus en pré­sen­ter dans son cirque. Une dé­ci­sion mû­re­ment ré­flé­chie dont il parle sans langue de bois, alors qu’en Suisse, Knie dé­barque sur l’arc lé­ma­nique, sans fauves et sans élé­phants, mais pas sans éner­ver les dé­fen­seurs des bêtes, qui ont dé­po­sé une pé­ti­tion ré­cla­mant l’in­ter­dic­tion de tous les ani­maux sau­vages dans les cirques.

Quel a été le dé­clic qui vous a fait re­non­cer aux ani­maux?

Tout est par­ti d’une ré­flexion au­tour de mon mé­tier, de son cô­té ob­so­lète: com­ment conti­nuer à ex­hi­ber en spec­tacle des ani­maux dont une grande par­tie est en voie d’ex­tinc­tion à l’état sau­vage, alors que la sen­si­bi­li­té de l’opi­nion pu­blique a chan­gé? À par­tir du mo­ment où 67% de la po­pu­la­tion est fa­vo­rable à une in­ter­dic­tion des ani­maux dans les cirques, comme c’est le cas en France, on ne peut plus conti­nuer à se re­ven­di­quer «po­pu­laire».

Lors d’une ma­ni­fes­ta­tion pour les droits des ani­maux, vous avez été in­ter­pel­lé par une pan­carte. Elle di­sait

«Oui au cirque sans ani­maux».

Il y a tou­jours eu une très grande mé­fiance entre le monde du cirque et le monde de la pro­tec­tion ani­male. Ce pan­neau m’a fait re­mar­quer que ces gens n’étaient pas an­ti­cirque. Dans le mé­tier – et pour moi aus­si, dire «pas d’ani­maux au cirque», c’était être an­ti­cirque. Mais à cô­té des ani­maux, il y a les clowns, les ma­gi­ciens, les acro­bates, la danse, le chant… des tas de choses. D’ailleurs, au dé­part le cirque s’est créé sans les ani­maux. Il y avait juste une ca­va­le­rie. Les pre­miers ani­maux «exo­tiques» sont ar­ri­vés au mi­lieu du XIXE siècle, à l’époque co­lo­niale. Ils étaient, en réa­li­té, des bu­tins ser­vant à mon­trer les ri­chesses des nou­velles co­lo­nies afin de faire rê­ver les gens. Au­jourd’hui, on pour­rait pro­po­ser autre chose, non?

Les cirques qui tra­vaillent avec des ani­maux disent vo­lon­tiers que, chez eux, ils sont trai­tés avec res­pect.

Vous com­pre­nez en­core cet ar­gu­ment? Oui. C’était le mien. Dans quelques cas, c’est vrai. Mais en France, sur trois cents cirques, très peu sont cor­rects.

Est-il pos­sible de domp­ter un ani­mal sau­vage sans exer­cer une cer­taine vio­lence? Oui, c’est pos­sible. On peut tout à fait ob- te­nir des ré­sul­tats sa­tis­fai­sants, voire ex­tra­or­di­naires, sans vio­lence. Le pro­blème, c’est qu’il y a eu un manque de trans­mis­sion dans le mé­tier de domp­teur. Au­jourd’hui, rares sont ceux qui connaissent cette mé­thode. Il y a plein d’ama­teurs, qui font n’im­porte quoi avec les ani­maux, souvent par bê­tise, par igno­rance. Mais même sans mau­vais trai­te­ments, on donne une mau­vaise image à la so­cié­té.

Vous avez dé­cou­vert que cer­tains com­por­te­ments que vous pen­siez nor­maux sont en fait des signes de stress? Oui, par exemple avec les élé­phants.

J’ai été éle­vé dans l’idée que s’ils se ba­lan­çaient, c’était par­fai­te­ment nor­mal, ils sou­la­geaient ain­si le poids qui pe­sait sur les pattes, puis­qu’ils mar­chaient peu. Mais à l’état sau­vage, ce genre de com­por­te­ments n’existe pas, c’est donc un pro­blème lié à la cap­ti­vi­té. Hon­nê­te­ment, les per­sonnes qui me di­saient ça en étaient convain­cues. Moi-même j’en étais en­core convain­cu il y a peu.

Qu’est-ce qui vous a fait chan­ger d’avis? En par­ler. Avec des scien­ti­fiques no­tam­ment. Mais il faut aus­si sa­voir d’où viennent les élé­phants. En Suisse, vous avez le grand pri­vi­lège d’avoir le Cirque Knie qui pos­sède un zoo où les pa­chy­dermes se re­pro­duisent. Les Knie ont d’ailleurs ar­rê­té de les faire par­ti­ci­per aux spec­tacles et je sa­lue leur geste. Ce­pen­dant, il n’est pas fa­cile de faire se re­pro­duire des élé­phants en cap­ti­vi­té. La plu­part de ceux que l’on voit dans les cirques ont été cap­tu­rés à l’état sau­vage. En Afrique, par exemple,

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