Pa­ris lance son of­fen­sive pour gri­gno­ter la Ci­ty de Londres

Le Matin Dimanche - - ECONOMIE -

La Dé­fense». En ce jeu­di 18 octobre, l’équipe de Pa­ris La Dé­fense, la nou­velle en­ti­té pu­blique des­ti­née à la pro­mo­tion du quar­tier des af­faires de la capitale fran­çaise, s’est dé­ployée à Londres pour faire du pied aux en­tre­prises in­quiètes des im­pli­ca­tions du Brexit. Un ti­ming idéal pour at­ti­rer l’at­ten­tion des mé­dias bri­tan­niques: à Bruxelles, la pre­mière mi­nistre bri­tan­nique, The­re­sa May, et ses ho­mo­logues eu­ro­péens tra­vaillent en vue d’un com­pro­mis sur les mo­da­li­tés d’un éven­tuel ac­cord.

C’est dans un an­glais im­pec­cable, une qua­li­fi­ca­tion pas si ré­pan­due chez les hauts re­pré­sen­tants du commerce fran­çais, que la di­rec­trice gé­né­rale de l’ins­ti­tu­tion, Marie-cécile Guillaume, réa­lise son allocution puis ré­pond aux ques­tions. D’em­blée, elle as­sure que les siens «au­raient pré­fé­ré que le Brexit n’ait pas lieu, même si ce­la ouvre des pos­si­bi­li­tés à Pa­ris La Dé­fense. Si un se­cond ré­fé­ren­dum de­vait avoir lieu et que les Bri­tan­niques dé­ci­daient de rester au sein de L’UE, nous di­rions: «Cham­pagne!»

Cette en­trée en ma­tière très di­plo­ma­tique dé­montre que les res­pon­sables de l’en­ti­té fran­çaise ont bien sai­si l’in­con­fort de leur po­si­tion: faire la pro­mo­tion à Londres du quar­tier d’af­faires pa­ri­sien afin de ti­rer pro­fit du Brexit, ce qui au­rait comme consé­quence pre­mière d’af­fai­blir la capitale bri­tan­nique et le Royaume-uni. Le su­jet est d’au­tant plus sen­sible de ce côté de la Manche que la France y est per­çue comme la prin­ci­pale cause de la ri­gi­di­té de L’UE dans les né­go­cia­tions sur le Brexit.

Ce sen­ti­ment dif­fus a été ac­cen­tué par la pu­bli­ca­tion l’an der­nier par la presse d’un rap­port in­terne de la Ci­ty of Lon­don, la Mu­ni­ci­pa­li­té du quar­tier des af­faires du centre de Londres. Suite à son voyage en France et au Luxem­bourg en juillet 2017, son re­pré­sen­tant spé­cial au­près de L’UE, Je­re­my Browne, avait pré­ve­nu ses di­ri­geants que «nous de­vons gar­der les yeux ou­verts sur le fait que la France voit le Royaume-uni et la Ci­ty de Londres comme des ad­ver­saires, et non comme des par­te­naires. Ils sont clairs comme de l’eau de roche sur leurs ob­jec­tifs sous-ja­cents: l’af­fai­blis­se­ment du Royaume-uni et la dé­gra­da­tion conti­nue de la Ci­ty de Londres».

Mau­dits «Frog­gies»

Il n’en fal­lait pas plus pour ali­men­ter les pré­ju­gés sur les Fran­çais au­près d’une presse et de po­li­ti­ciens heu­reux de pou­voir ta­per sur ces mau­dits «Frog­gies», le sur­nom des man­geurs de gre­nouilles. D’au­tant plus que ces tensions ont été at­ti­sées il y a un mois lors du conseil européen de Salz­bourg par le pré­sident fran­çais, Em­ma­nuel Ma­cron, lors­qu’il a qua­li­fié de «men­teurs» les po­li­ti­ciens fa­vo­rables au Brexit. Une sor­tie qui a, à leurs yeux, confir­mé leur condes­cen­dance et leur ar­ro­gance.

De fait, si Ar­naud de Bres­son, dé­lé­gué gé­né­ral de Pa­ris Eu­ro­place, l’or­ga­ni­sa­tion de pro­mo­tion du mar­ché fi­nan­cier pa­ri­sien, a vou­lu ras­su­rer son au­di­toire en ga­ran­tis­sant que «Londres res­te­ra un centre fi­nan­cier mon­dial», il a ra­pi­de­ment pré­ci­sé que la ville «per­dra des en­tre­prises et Pa­ris en ga­gne­ra». Avant d’ex­pli­quer en apar­té: «Il y a deux ans, lorsque je ve­nais faire la pro­mo­tion de Pa­ris, on me di­sait: «Ja­mais!» Au­jourd’hui, je sens une vé­ri­table ac­cé­lé­ra­tion de l’in­té­rêt des en­tre­prises du sec­teur fi­nan­cier pour Pa­ris et j’ai no­té une ac­cé­lé­ra­tion du nombre de de­mandes d’agré­ments» pour l’ins­tal­la­tion d’en­ti­tés fi­nan­cières en France.

L’ef­fet Ma­cron

La rai­son prin­ci­pale, se­lon les deux prin­ci­paux in­ter­ve­nants? L’autre ef­fet Ma­cron, ce­lui de ses pre­mières ré­formes. Son pré­dé­ces­seur, François Hol­lande, avait plom­bé l’image du pays en dé­cla­rant «mon vé­ri­table ad­ver­saire, c’est la fi­nance». Le nou­veau lo­ca­taire de l’ély­sée «a ap­por­té plus de flexi­bi­li­té dans la loi du tra­vail, a re­ti­ré les pro­duits fi­nan­ciers du cal­cul de l’im­pôt sur la for­tune et fait pas­ser de cinq à huit ans la du­rée de ré­duc­tions d’im­pôts dont bénéficient les ar­ri­vants», se ré­jouit Ar­naud de Bres­son.

Coïn­ci­dence, le ma­tin même, Ci­ty UK, l’or­ga­ni­sa­tion por­te­pa­role du sec­teur bri­tan­nique de la fi­nance, or­ga­nise elle aus­si une pré­sen­ta­tion. Miles Ce­lic, son di­rec­teur exé­cu­tif, ré­itère ses in­quié­tudes. «Pour moi, le plus grand risque pour la po­si­tion du Royaume-uni comme centre fi­nan­cier mon­dial de pre­mier plan est ce­lui d’un dé­clin sur le long terme.» Mais il se range derrière l’avis de l’ex­pé­ri­men­té Mar­co Maz­zuc­chel­li, pas­sé par des postes de di­rec­tion à Mor­gan Stan­ley, Cre­dit Suisse, RBS et Ju­lius Baer: «Les grands ga­gnants du Brexit se­ront les États-unis et l’asie, pas l’eu­rope!» Une is­sue qui ne sa­tis­fe­rait per­sonne sur le conti­nent européen.

Les re­pré­sen­tants fran­çais du quar­tier de la Dé­fense tra­versent la Manche pour ama­douer les grandes en­tre­prises.

Pho­tos istock

Les pro­mo­teurs pa­ri­siens du quar­tier de La Dé­fense (pho­to du bas) cour­tisent les en­tre­prises qui en­vi­sagent de quit­ter la Ci­ty lon­do­nienne (pho­to du haut) suite au Brexit.

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