Ex­cès de conscience

Le Matin Dimanche - - SUISSE - Xa­vier Alon­so À LIRE EN PAGE 3, 6 et 12 xa­vier.alon­[email protected]­ma­tin­di­manche.ch

De toute évi­dence, quelques-uns de nos po­li­ti­ciens ro­mands souffrent d’un in­dé­niable ex­cès de confiance. Un sen­ti­ment qui les pousse à s’oc­troyer des pas­se­droits, pour cer­tains à confondre leurs in­té­rêts pri­vés avec les né­ces­si­tés de leur charge pu­blique et par­fois à biai­ser avec la vé­ri­té.

La se­maine écou­lée en a ap­por­té de nou­velles preuves. Le Conseil ad­mi­nis­tra­tif de la Ville de Ge­nève s’est dis­tin­gué avec ses notes de frais ro­cam­bo­lesques dont une fac­ture de té­lé­phone de 17 000 francs pour le PDC Guillaume Ba­raz­zone. La conseillère aux États vau­doise PS Gé­ral­dine Sa­va­ry a, elle, ad­mis avoir ac­cep­té une in­vi­ta­tion à l’opé­ra de Gre­nade, tous frais payés (pour une va­leur mo­dique somme toute). Le gé­né­reux mé­cène n’est autre que le mil­liar­daire Fre­de­rik Paul­sen, ce­lui-là même qui a par­ti­ci­pé au fi­nan­ce­ment de plu­sieurs de ses cam­pagnes. Ce même Fre­de­rik Paul­sen dé­ci­dé­ment très proche de l’es­ta­blish­ment vau­dois et de son grand ar­gen­tier Pas­cal Brou­lis.

Ces épi­sodes s’ajoutent à ce­lui du voyage à Abu Dha­bi du conseiller d’état ge­ne­vois Pierre Mau­det. Ce cas est en cours d’au­di­tion par le Mi­nis­tère pu­blic ge­ne­vois et ce­lui du mi­nistre vau­dois a été clas­sé par le pro­cu­reur de son canton sans tou­te­fois écar­ter dans l’opi­nion le soup­çon de col­lu­sion.

Mais ce qui re­lie ces af­faires, c’est que les po­li­ti­ciens mis en ques­tion ont pris conscience len­te­ment, dif­fi­ci­le­ment, à contre­coeur de l’of­fense à l’éthique. Tous ont peu ou prou adop­té le même com­por­te­ment. Non seule­ment four­nir au comp­te­gouttes ex­pli­ca­tions et éclair­cis­se­ments, mais aus­si n’y consen­tir que contraints et for­cés.

Plus gê­nant en­core, cer­tains des po­li­ti­ciens concer­nés ont don­né des ver­sions suc­ces­sives et di­ver­gentes. De vrais nu­mé­ros d’équi­li­bristes. Tant l’élu de droite, qui confond ses cartes de cré­dit, que l’élue de gauche, qui ne prend pas la me­sure du ma­laise de ses élec­teurs ap­pre­nant qu’elle ac­cepte les ca­deaux d’un mil­liar­daire au bé­né­fice d’un for­fait fis­cal, semblent al­ler­giques à la trans­pa­rence.

Tous ces cas laissent pla­ner un doute sur l’éthique de ces hommes et femmes d’état qui af­fichent leurs pri­vi­lèges comme un dû et ne plaident que l’er­reur et l’im­pru­dence. Sans par­ler du sen­ti­ment d’in­jus­tice de­vant l’in­gra­ti­tude de leurs élec­teurs, dont ils se drapent. C’est dé­vas­ta­teur ici, mais en­core da­van­tage en Suisse alé­ma­nique. Dans cha­cune de ces af­faires, au­cun po­li­ti­cien n’a fait preuve spon­ta­né­ment de l’ex­cès de conscience qui, en dé­mon­trant sim­ple­ment sa pro­bi­té, au­rait ré­ta­bli la confiance au­près des élec­teurs, des contri­buables et des membres des par­tis éton­ne­ment apa­thiques.

Tous ces cas laissent pla­ner un doute sur l’éthique de ces hommes et femmes d’état

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