Potes de frais

Le Matin Dimanche - - SUISSE - Ré­dac­trice en chef [email protected]­ma­tin­di­manche.ch Ariane Dayer

Ils ont exi­gé la pré­sence d’un avo­cat. C’est énorme. Il y avait là cinq élus, choi­sis par les Ge­ne­vois, une Cour des comptes, char­nière du sys­tème ge­ne­vois, mais les pre­miers se sont sen­tis au­to­ri­sés à ne pas ré­pondre aux ques­tions de la deuxième. Leurs ater­moie­ments, leurs ar­gu­ties, leur mau­vaise vo­lon­té ont re­tar­dé le pro­ces­sus: l’en­quête sur les notes de frais an­non­cée en fé­vrier 2018 n’a pu com­men­cer qu’en juillet. Pour un ré­sul­tat ef­fa­rant: ce que se per­mettent les conseillers ad­mi­nis­tra­tifs dé­passe tout bon sens. On n’ose même plus par­ler de ré­pu­blique ba­na­nière, ce se­rait in­sul­ter les ba­nanes.

Mais pour qui se prennent ces po­li­ti­ciens? Quel mot n’ont-ils pas com­pris dans la dé­fi­ni­tion que donne le La­rousse pour élec­tion: choix qu’on ex­prime par l’in­ter­mé­diaire d’un vote? La plon­gée dans les 46 pages du rap­port de la Cour des comptes est sai­sis­sante. Lors­qu’on est élu à la tête de la ville de Ge­nève, on at­teint une sorte d’ordre di­vin, tout est per­mis. Des frais qui peuvent dé­pas­ser 40 000 francs par an. Le rem­bour­se­ment de cham­pagne et d’al­cool fort dans des ca­ba­rets, de taxis de­puis des do­mi­ciles pri­vés en pleine nuit, des consom­ma­tions prises dans des bu­vettes de plage, des re­pas pour une per­sonne, la pseu­do-confu­sion de cartes de cré­dit cu­rieu­se­ment tou­jours dans le même sens. Au­tant de fa­cé­ties por­tées sur des notes de frais sou­vent sans pièces jus­ti­fi­ca­tives, non contrô­lées par des tiers. Pour des gens, rap­pe­lons-le, qui gagnent 20 644 francs par mois, à quoi se ra­joutent une al­lo­ca­tion de vie chère de

6193 francs par an et le droit à un té­lé­phone, une place de parc cou­verte dans l’hy­per­centre, l’ac­cès au ser­vice de voi­ture avec chauf­feur, un abon­ne­ment CFF de­mi-ta­rif et un abon­ne­ment aux TPG. La Cour des comptes en dé­duit jo­li­ment une exem­pla­ri­té «va­cillante», «to­ta­le­ment ab­sente» pour­rait aus­si conve­nir.

Le pire, c’est que, de­puis que les chiffres sont sor­tis, les conseillers ad­mi­nis­tra­tifs osent se trou­ver de bonnes rai­sons: Ge­nève est une «ville in­ter­na­tio­nale», leur fonc­tion est «com­plexe». In­vrai­sem­blable. Ceux qui n’ont pas tout dé­pen­sé en «frais de bouche» peuvent bien rembourser quelques di­zaines de mil­liers de francs, rien ne les ra­chè­te­ra. Les ef­fets col­la­té­raux de leurs in­dé­cences sont ca­tas­tro­phiques. Y a-t-il en­core du sens à par­ti­ci­per à une élec­tion si ceux qui s’y portent la vivent comme un chèque en blanc plu­tôt que comme une responsabilité?

Y a-t-il en­core du sens à payer nos impôts si l’argent pu­blic a si peu de va­leur? Les élus ont bu du cham­pagne, c’est la dé­mo­cra­tie qui va trin­quer.

Les ef­fets col­la­té­raux de leurs in­dé­cences sont ca­tas­tro­phiques

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