Le pré­sident de Crans­mon­ta­na est prêt à dé­non­cer le mil­liar­daire

Le Matin Dimanche - - SUISSE -

Ni­co­las Fé­raud ne veut plus cau­tion­ner une si­tua­tion qu’il qua­li­fie de «prise d’otage». Sans so­lu­tion ra­pide, il s’en re­met­tra à la jus­tice pour de­man­der des ré­pa­ra­tions à l’in­ves­tis­seur et pro­prié­taire des re­mon­tées mé­ca­niques. Crans-mon­ta­na ne res­te­ra pas une zone de non-droit. Soit les torts sont ré­pa­rés, soit nous in­ten­te­rons une ac­tion ci­vile»

Mais jus­qu’à ce jour, toutes nos exi­gences en la ma­tière sont res­tées lettres mortes.»

On le rap­pelle, c’est la prise de pou­voir à hau­teur de plus de 85% des re­mon­tées mé­ca­niques qui est contes­tée. Pour y par­ve­nir, le mil­liar­daire a fait en­trer au ca­pi­tal une so­cié­té an­nexe qui lui ap­par­te­nait dé­jà, dont la va­leur au­rait été net­te­ment sur­éva­luée. Elle a en­suite été re­vue à la baisse, pro­vo­quant une perte de plus de 28 mil­lions au bi­lan de CMA en juin.

Une obli­ga­tion lé­gale rap­pe­lée

Ac­tion­naires mi­no­ri­taires, les Mu­ni­ci­pa­li­tés ont vu à la fois leur par­ti­ci­pa­tion dans la so­cié­té s’amoin­drir et la va­leur de leurs ac­tions di­mi­nuer. Un au­dit – que les trois Com­munes concer­nées de Crans-mon­ta­na, Lens et Icogne n’ont pour l’heure pas vou­lu ré­vé­ler en en­tier – dé­taille cette ma­noeuvre.

Ce rap­port évoque quatre po­ten­tielles in­frac­tions pé­nales com­mises par le prin­ci­pal in­ves­tis­seur et le con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion (es­cro­que­rie, fausses consta­ta­tions, ges­tion dé­loyale des in­té­rêts pu­blics et faux dans les titres) se­lon des do­cu­ments en notre pos­ses­sion. Ni­co­las Fé­raud ne le conteste pas. Or les élus ont en prin­cipe le de­voir de dé­non­cer de telles in­frac­tions. Le mi­nis­tère pu­blic se­rait même te­nu de les pour­suivre d’of­fice. Pour l’heure, seule une lettre du pro­cu­reur gé­né­ral rap­pe­lant aux Com­munes ces obli­ga­tions a été adres­sée. Le conseiller d’état Ch­ris­tophe Dar­bel­lay, mé­dia­teur dans le conflit et sou­mis aux mêmes de­voirs, en a re­çu un exem­plaire. En juin der­nier, l’una­ni­mi­té des élus com­mu­naux avait choi­si de dé­non­cer, avant de brus­que­ment chan­ger d’avis.

Cette in­ac­tion, Ni­co­las Fé­raud ne la sup­porte plus et ne tient pas à cou­vrir ce que d’au­cuns qua­li­fient d’omer­ta. Pour lui, «Crans-mon­ta­na ne se­ra pas une zone de non-droit». Le ton tranche avec ce­lui de Da­vid Ba­gnoud, pré­sident dé­mo­cra­te­chré­tien de la Com­mune voi­sine de Lens cette se­maine dans «Le Nou­vel­liste». Ce der­nier, rap­pe­lant que la ré­pa­ra­tion est éga­le­ment né­ces­saire, as­sure pour­tant que «les Con­seils com­mu­naux n’es­timent pas avoir l’obli­ga­tion de dé­non­cer» en jus­tice. Et d’adres­ser une pique à Ni­co­las Fé­raud, l’es­ti­mant à l’ori­gine de la re­la­tion ten­due avec l’in­ves­tis­seur tchèque en rai­son d’un ren­dez-vous man­qué à fin 2016.

Une dé­ci­sion im­mi­nente

Ni­co­las Fé­raud n’en­tend pas s’étendre sur le su­jet, si­non qu’il n’a pas sou­hai­té par­ti­ci­per à un apé­ri­tif où «d’an­ciens pré­si­dents de Com­munes non ré­élus ont fait des pro­messes fi­nan­cières à Ra­do­van Vi­tek à quelques jours de la fin de leur man­dat». Le tor­chon brûle. Car la po­si­tion de Da­vid Ba­gnoud est in­con­for­table, lui qui sié­geait au con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion des re­mon­tées mé­ca­niques au mo­ment des faits re­pro­chés. Une dé­non­cia­tion le vi­se­rait aus­si.

Cette se­maine, coup de ton­nerre: le mil­liar­daire an­nonce une nou­velle aug­men­ta­tion de ca­pi­tal de 50 mil­lions de la so­cié­té, après une ré­duc­tion de la va­leur des ac­tions. Une ma­noeuvre obli­ga­toire car l’en­tre­prise est ex­sangue. S’il re­con­naît que cette pro­po­si­tion est né­ces­saire pour les re­mon­tés mé­ca­niques, Ni­co­las Fé­raud n’ou­blie pas pour­quoi la so­cié­té se trouve dans cette obli­ga­tion lé­gale de pro­cé­der à cet as­sai­nis­se­ment. La sur­éva­lua­tion de 28 mil­lions pèse en ef­fet lourd dans la ba­lance. «C’est une si­tua­tion cau­sée par l’ac­tion­naire ma­jo­ri­taire. Et nous n’avons au­cune ga­ran­tie sur la ma­nière dont se­ra réa­li­sée cette aug­men­ta­tion de ca­pi­tal. Je le ré­pète, la prio­ri­té est de ré­pa­rer les dom­mages. Sans ce­la, il y au­ra une pro­cé­dure ci­vile de notre part pour faire va­loir nos droits.» C’est une ques­tion de jours, as­sure-t-il. Et dans un tel cas de fi­gure, l’exa­men du vo­let pé­nal ne fait pas de doute.

Bloom­berg/get­ty Images Keystone/jean-ch­ris­tophe Bott (2)

Ra­do­van Vi­tek est sous la me­nace d’une plainte de Ni­co­las Fé­raud (à dr.), le pré­sident de la nou­velle com­mune fu­sion­née.

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