L’ad­mi­nis­tra­tif gri­gnote tou­jours plus nos primes

Le Matin Dimanche - - ECONOMIE - PE­TER BUR­KHARDT

Alors que le tra­vail de ges­tion des dos­siers se sim­pli­fie, les coûts aug­mentent dans beau­coup de caisses ma­la­die.

Si vous avez conclu une as­su­rance de base chez Hel­sa­na, vous payez en moyenne 258 francs en pa­pe­ras­se­rie. La bu­reau­cra­tie d’hel­sa­na est la plus chère de Suisse. À la CSS, l’as­su­ré s’en tire à 124 fr. par an.

Pour Mon­sieur Prix, Ste­fan Meie­rhans, ces dif­fé­rences «de­vront être ex­pli­quées». Il sou­ligne «qu’heu­reu­se­ment, les as­su­rés peuvent pro­fi­ter de la concur­rence entre les caisses».

Chez Hel­sa­na, la dou­lou­reuse aug­mente d’an­née en an­née. En 2015, les coûts ad­mi­nis­tra­tifs s’éle­vaient à 201 francs, alors qu’en 2016, ils at­tei­gnaient 219 fr. La part des frais de ges­tion a ain­si aug­men­té de 4,5% à 5,4% en trois ans. Seules de très pe­tites caisses (In­gen­bohl, Klug ou Kol­ping) ou la mo­deste EGK af­fichent des chiffres plus éle­vés par as­su­ré. On constate éga­le­ment un ac­crois­se­ment chez Sa­ni­tas, Vi­sa­na, Swi­ca et KPT. En moyenne suisse, la hausse est de 8 francs dans l’as­su­rance de base en 2017. Vu que le nombre d’as­su­rés aug­mente, ces frais de­vraient plu­tôt bais­ser.

Fe­lix Sch­neuw­ly, spé­cia­liste à Com­pa­ris, es­time que «les grandes caisses de­vraient avoir un net avan­tage en termes de coûts. Ap­pa­rem­ment, elles n’ex­ploitent pas toutes les pos­si­bi­li­tés de la nu­mé­ri­sa­tion. Il y a en­core énor­mé­ment d’éco­no­mies pos­sibles». Il cite le contrôle des fac­tures, le tra­fic des paie­ments et l’ana­lyse des pres­ta­tions.

Chez Swi­ca, on ré­torque que la nu­mé­ri­sa­tion ne se tra­duit pas uni­que­ment par un gain d’ef­fi­ca­ci­té, mais aus­si par des frais sup­plé­men­taires. Les ha­bi­tudes ont chan­gé, les as­su­rés en­voient dé­sor­mais en flux conti­nu leurs fac­tures, alors qu’avant ils ras­sem­blaient les fac­tures pa­pier à la fin de l’an­née. En outre, les ré­gle­men­ta­tions lé­gales plus sé­vères et les exi­gences crois­santes des au­to­ri­tés de sur­veillance enflent les frais de ges­tion.

Hel­sa­na se dé­fend aus­si: «Nous ti­rons dé­jà lar­ge­ment par­ti de la nu­mé­ri­sa­tion, dé­clare le porte-pa­role Ste­fan Hei­ni. Seuls 3% des quelque 16 mil­lions de fac­tures sont en­core trai­tées ma­nuel­le­ment.» Alors pour­quoi cette hausse? Se­lon Hel­sa­na, c’est dû aux in­ves­tis­se­ments im­por­tants dans un nou­veau sys­tème in­for­ma­tique et le ser­vice client. Mais ce­ci n’ex­plique pas tout.

Il est pos­sible de maî­tri­ser ces coûts, preuves en sont la CSS et le Groupe Mu­tuel. Phi­lo­me­na Co­la­trel­la, pa­tronne de la CSS, in­dique avoir fait su­bir, sur cinq ans, «une cure d’amai­gris­se­ment stricte à nos frais ad­mi­nis­tra­tifs». Elle a ra­bo­té les bud­gets pu­bli­ci­té et spon­so­ring. En au­to­ma­ti­sant dé­comptes et pour­suites, la CSS a ré­duit ses frais et son per­son­nel ad­mi­nis­tra­tif mal­gré un vo­lume de fac­tures plus éle­vé.

Lors de la cam­pagne contre la caisse unique, les as­su­reurs avaient af­fir­mé que leurs frais ad­mi­nis­tra­tifs ne dé­pas­saient pas 5%. Et qu’il ne fal­lait donc pas cher­cher à faire des éco­no­mies chez eux, mais de voir com­ment les 95% res­tants étaient dé­pen­sés en fa­veur des mé­de­cins, des phar­ma­ciens, des hô­pi­taux, des homes et des fa­bri­cants de mé­di­ca­ments. Or, se­lon Fe­lix Sch­neuw­ly, les caisses prennent ce­la trop à la légère: «Elles ne doivent pas se conten­ter de poin­ter du doigt les autres in­ter­ve­nants, mais aus­si gé­rer plus par­ci­mo­nieu­se­ment l’ar­gent. Pour celles et ceux qui paient les primes, peu im­porte où l’éco­no­mie est faite. Chaque pourcent en moins compte.»

Anthony Anex/ Keystone

Pour Fe­lix Sch­neuw­ly, spé­cia­liste à Com­pa­ris, «il y a en­core énor­mé­ment d’éco­no­mies pos­sibles».

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