Des équi­li­bristes

Nicolas Guil­bert, cra­vache d’or 2018 en Suisse, dé­cor­tique toutes les par­ties du corps sol­li­ci­tées par le jo­ckey en course. Le diable se cache dans une foule de mi­ni­dé­tails.

Le Matin Dimanche - - LA PLANÈTE SPORTIVE - UGO CUR­TY Nicolas Guil­bert

«Le clas­sique, c’est de se bri­ser les cer­vi­cales. Une chute en course, c’est comme se prendre un mur de plein fouet, en étant lan­cé à 45 km/h»

Au pre­mier re­gard, Nicolas Guil­bert a un phy­sique quel­conque, presque ché­tif. Pour­tant, il cache un véritable corps d’ath­lète de haut ni­veau. «Il y a quelques an­nées, je me suis dé­chi­ré les li­ga­ments croisés d’un ge­nou en tom­bant à l’entraînement, se sou­vient le ca­va­lier français, ré­cent vain­queur du cham­pion­nat suisse 2018. Je n’ai presque rien senti. Grâce à ma mus­cu­la­ture, j’ai pu conti­nuer de mon­ter à che­val pen­dant en­core un mois, mal­gré une rup­ture to­tale du li­ga­ment. Ce n’est que lorsque j’ai fait une se­maine de pause que la dou­leur est ar­ri­vée.»

Vous ne ver­rez pour­tant ja­mais un jo­ckey sou­le­ver de la fonte dans un fit­ness. Chaque gramme compte dans ce sport où le poids est ré­gle­men­té, or les muscles pèsent lourd. Taillé pour la com­pé­ti­tion, le corps des ca­va­liers s’aguer­rit au quo­ti­dien du­rant l’entraînement sur les che­vaux.

«J’en monte plu­sieurs tous les ma­tins et je n’ai pas be­soin de me mus­cler spé­ci­fi­que­ment. La course à pied me suf­fit pour com­plé­ter tout ça. Nos muscles ne sont pas épais, comme pour­raient l’être ceux d’un bo­dy­buil­der. Les fibres longues se ren­forcent de ma­nière na­tu­relle. Notre phy­sique élan­cé res­semble davantage à ce­lui des grim­peurs en cyclisme.» Nais­sance: le 30 juillet 1980 à Chan­tilly (ré­gion pa­ri­sienne). Do­mi­cile: Avenches.

Taille: 1,70 mètre.

Poids: 53 ki­los.

Pro­fes­sion: jo­ckey de course et en­traî­neur de­puis cette an­née pour le compte de Faye Schoch.

Pal­ma­rès

Cra­vache d’or suisse 2018 (vain­queur du cham­pion­nat). 132 vic­toires en plat. 42 vic­toires en obs­tacle.

«Il faut ima­gi­ner que les mol­lets et les cuisses sont le sys­tème d’amor­tis­seurs, comme pour une voi­ture. Le but est de gom­mer le bas­cu­le­ment du che­val pour res­ter le plus stable pos­sible. La po­si­tion est si­mi­laire à celle d’un skieur en plein «schuss». Sauf que le ski reste, a prio­ri, beau­coup plus droit. Les ge­noux per­mettent de suivre au mieux le mou­ve­ment du che­val. Les cuisses et les mol­lets com­pensent le reste. Après plu­sieurs cen­taines de mètres, les muscles chauffent vraiment. Les jo­ckeys ont des cuisses très mus­clées.»

«Tout est une ques­tion de fee­ling, no­tam­ment dans le contrôle du mors. Comme pour un pia­niste: s’il tape fort sur une touche, il joue­ra une note sou­te­nue. Si le ca­va­lier tire trop, le che­val va se contrac­ter. Il faut trou­ver le juste mi­lieu. Le mors nous per­met de contrô­ler le che­val. Il ne faut sur­tout pas l’em­pê­cher de res­pi­rer. Si l’air n’ar­rive pas au mo­teur, il ne peut pas avan­cer. Plus le con­tact est lé­ger, mieux c’est.»

Le corps est mis à rude épreuve lors­qu’il s’agit de pous­ser une bête de course vers la vic­toire. «Dans la der­nière ligne droite, on at­teint les 60 km/ h», pré­cise Nicolas Guil­bert.

Lors­qu’on lui de­mande de dé­cor­ti­quer la po­si­tion en course, le ca­va­lier ba­sé à Avenches avoue d’abord quelques dif­fi­cul­tés. «À force, on y ré­flé­chit plus vraiment. La po­si­tion de­vient presque in­née. C’est vraiment un tout. Dif­fi­cile d’iso­ler des par­ties du corps comme ça.» Au fil de la dis­cus­sion, les pièces du puzzle se dé­tachent pour­tant. De la pointe des or­teils, sur les­quelles le jo­ckey tient en équi­libre au bout des étriers, jus­qu’aux yeux, le corps tout en­tier est mis à contri­bu­tion.

«Le but, c’est qu’elles soient le plus légère pos­sible. La se­melle joue un rôle im­por­tant parce qu’elle nous per­met d’avoir un con­tact avec les étriers. Cer­tains aiment une se­melle plus ou moins ri­gide et épaisse. Mais c’est vraiment une ques­tion d’ha­bi­tudes per­son­nelles.»

«Cer­tains jo­ckeys serrent les ta­lons sur les côtes du che­val. Ce­la per­met de le pous­ser un peu vers l’avant. La dif­fé­rence, néan­moins, reste in­fime. Il ne faut sur­tout pas trop ser­rer le che­val si­non on lui coupe la res­pi­ra­tion. Les ta­lons sont en con­tact per­ma­nent mais il est im­por­tant que le reste des jambes soit libre pour as­su­rer le rôle d’amor­tis­seurs.»

«Le re­lâ­che­ment est par­ti­cu­liè­re­ment im­por­tant.

Les épaules dé­clenchent les mou­ve­ments des bras. Le tra­vail ac­tif se fait sur­tout au ni­veau des avant-bras et des mains.» «Les jo­ckeys sont par­ti­cu­liè­re­ment ren­for­cés dans cette par­tie du corps. La cein­ture ab­do­mi­nale sert de char­nière entre les jambes et le haut du corps. Une grande par­tie de la sta­bi­li­té se joue là, avec le po­si­tion­ne­ment du bas­sin.»

«La res­pi­ra­tion, c’est la clé. C’est un réel ap­pren­tis­sage. Avec la pres­sion et l’adré­na­line, le jo­ckey risque de passer la course en apnée. Sans s’en rendre compte. Une fois la ligne d’ar­ri­vée fran­chie, un jeune jo­ckey tremble de par­tout parce qu’il n’a pas as­sez res­pi­ré. Si les muscles ne sont pas as­sez oxy­gé­nés, ils se contractent et c’est l’en­fer.»

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