Der­rière le nom, il reste le mythe

Le Matin Dimanche - - MOTOCYCLISME - JEAN-CLAUDE SCHERTENLEIB

VA­LENCE On le di­sait gla­cial, il était sur­tout in­ti­mi­dant. Par sa pres­tance, par la force de ses cer­ti­tudes. Par son rang. Des an­nées plus tard, Gia­co­mo Agos­ti­ni se rap­pe­lait en­core de sa pre­mière ren­contre avec le comte Do­me­ni­co Agus­ta, dans l’antre de Cas­ci­na Cos­ta, lorsque le Com­men­da­tore avait in­ti­mé au res­pon­sable de son dé­par­te­ment «course» de faire ve­nir ce jeune homme de Ber­ga­mo qui, quelques jours plus tôt au gui­don d’une Mo­ri­ni, avait brillé pour ses dé­buts au GP des Na­tions, à Mon­za. Ce­lui qui al­lait de­ve­nir le re­cord­man ab­so­lu de vic­toires en GP avait at­ten­du de longues heures dans l’an­ti­chambre. À Ma­ra­nel­lo, près de Bo­logne, un autre «Com­men­da­tore» agis­sait de la même ma­nière avec ses can­di­dats pi­lotes, En­zo Fer­ra­ri…

Agus­ta spé­cia­liste en aé­ro­nau­tique

Qui était ce ca­pi­taine d’in­dus­trie sou­dai­ne­ment pris de pas­sion pour la mo­to? Au dé­but du siècle der­nier, son père, Gio­van­ni Agus­ta, fonde une en­tre­prise qui se spé­cia­lise dans la construc­tion aé­ro­nau­tique; lors­qu’il dé­cède sou­dai­ne­ment, son épouse et leurs deux fils, Do­me­ni­co et Cor­ra­do, re­prennent le flam­beau. Et du­rant la Deuxième Guerre mon­diale, Agus­ta tra­vaille pour l’ar­mée. Mais en 1945, les Al­liés in­ter­disent aux pays vain­cus de pour­suivre leurs ac­ti­vi­tés aé­ro­nau­tiques et Do­me­ni­co Agus­ta trouve le pro­duit idéal de la re­con­ver­sion: la mo­to, dans un pays ex­sangue, qui a be­soin de moyens de trans­port. «Cos­tru­zio­ni Ae­ro­nau­tiche Gio­van­ni Agus­ta» de­vient MV («Mec­ca­ni­ca Ver­ghe­ra») Agus­ta, qui se spé­cia­lise d’abord dans la pro­duc­tion de mo­tos lé­gères, tout en se fai­sant connaître par des suc­cès de plus en plus nom­breux sur les cir­cuits du cham­pion­nat du monde, créé en 1949. 275 vic­toires en GP plus tard, les titres à ré­pé­ti­tion d’agos­ti­ni, le mythe est à tout ja­mais gra­vé dans le marbre de l’his­toire.

Le comte Do­me­ni­co Agus­ta suc­combe à un in­farc­tus dé­but 1971, le pi­lote icône de la marque va bien­tôt dé­cou­vrir la sa­veur de l’in­dus­trie ja­po­naise et la crise que connaît l’in­dus­trie mo­to­cy­cliste ita­lienne n’épargne pas le mythe. L’en­tre­prise est au bord de la faillite et, dès le dé­but des an­nées no­nante, elle va passer de re­pre­neurs en re­pre­neurs; les frères Cas­ti­glio­ni, d’abord, dé­jà, puis le groupe ma­lai­sien Pro­ton, avant dif­fé­rentes so­cié­tés d’in­ves­tis­se­ments. Il y a dix ans, c’est Har­ley-da­vid­son qui ra­chète le groupe Mv-agus­ta pour plus de 70 mil­lions, ce qui per­met d’ef­fa­cer la dette qui se monte alors à 50 mil­lions. Entre-temps, la su­perbe F4 a vu le jour, mais les fi­nances res­tent pré­caires parce que le

En 2019, Dominique Ae­ger­ter dé­fen­dra les cou­leurs de la marque MV Agus­ta, une icône du sport mo­to­cy­cliste. Mais il y a bien long­temps que le Com­men­da­tore Do­me­ni­co Agus­ta est au ciel.

mar­ché est for­cé­ment li­mi­té pour ce genre de pur-sang.

Les frères Cas­ti­glio­ni ont la dent dure et le coeur tri­co­lore. Après Ca­gi­va, après une aven­ture avec Du­ca­ti, voi­là qu’ils re­prennent MV Agus­ta Mo­tor S.P.A en 2010, avant de par­tir à la chasse aux par­te­naires. Ac­tuel­le­ment, ce sont des in­ves­tis­seurs russes qui sont ma­jo­ri­taires et la marque vient de créer la sen­sa­tion au Sa­lon de Mi­lan en pré­sen­tant sa Bru­tale 1000, la na­ked bike la plus puis­sante et la plus ra­pide du mar­ché. Ixième re­nais­sance? Les pu­ristes l’es­pèrent.

Ae­ger­ter doit ame­ner 300 000 eu­ros

Et les spor­tifs? Le re­tour de la marque en GP l’an pro­chain est le fait d’une struc­ture pri­vée, le team For­ward Ra­cing dont le boss, Gio­van­ni Cu­za­ri, est bien connu de la jus­tice tes­si­noise. Mes­sage com­pris? Dominique Ae­ger­ter rou­le­ra sur une mo­to au nom my­thique, mais pas sur l’or! Pour fi­na­li­ser le pro­jet, il doit ap­por­ter une somme ron­de­lette – plus de 300 000 eu­ros – qu’il doit payer ra­pi­de­ment, parce que les caisses de sa fu­ture équipe sont vides et que For­ward Ra­cing ne bé­né­fi­cie pas du meilleur sta­tut dans le sys­tème, mais bien d’une en­trée «com­mer­ciale»; c’est dire que l’équipe re­çoit C’est le nombre de vic­toires en GP de la marque MV Agus­ta. Le nom de Gia­co­mo Agos­ti­ni reste très lié à l’écu­rie ita­lienne et à son suc­cès. moins de sou­tien fi­nan­cier de Dor­na, no­tam­ment lors­qu’il s’agit des déplacements outre-mer. Co­rol­laire: «Lors de nos pre­miers contacts, au mi­lieu de l’an­née, on me pro­met­tait un salaire; dé­sor­mais, c’est à moi d’ame­ner une somme im­por­tante tout en ayant très peu de place à dis­po­si­tion, soit sur la mo­to, soit sur ma com­bi­nai­son, pour faire ap­pa­raître mes spon­sors per­son­nels», glisse Ae­ger­ter.

Pi­lote d’une marque my­thique, mais en­core smi­card!

Ki­mi­ma­sa Maya­ma/keystone

En 2019, Dominique Ae­ger­ter rou­le­ra sur une mo­to au nom my­thique, mais pas sur l’or.

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.