Une jo­lie fleur me­nace les co­lo­nies suisses

Le Matin Dimanche - - LA UNE - FRÉ­DÉ­RIC RAVUSSIN

Les agri­cul­teurs la louent pour ses ver­tus d’en­grais vert et les pro­me­neurs l’ad­mirent pour la cou­leur qu’elle donne aux ternes champs d’au­tomne: la pha­cé­lie – cette plante vio­la­cée qui fleu­rit entre oc­tobre et no­vembre dans nos cam­pagnes – n’a pour­tant pas que des fans. Les api­cul­teurs la re­gardent même d’un oeil cir­cons­pect, quand il n’est pas mau­vais. En cause, les dé­gâts qu’elle oc­ca­sionne dans les co­lo­nies d’abeilles à l’en­trée de l’hi­ver.

Tous ne sont ce­pen­dant pas prompts à vou­loir lui faire bouf­fer les pis­sen­lits par la ra­cine, à cette fleur im­por­tée voi­là un quart de siècle de Ca­li­for­nie du Sud et du Mexique. «Le nec­tar que les abeilles pré­lèvent et ra­mènent à la ruche est meilleur que le si­rop qu’on donne», sou­ligne ain­si Sa­muel Roy, api­cul­teur à Trey­co­vagnes (VD), près d’yver­don. Quand l’an­née est sèche, comme ce­la a été le cas en 2018, la pha­cé­lie ne nui­rait ain­si pas à ses ruches, dit-il, car son nec­tar n’est pas trop hu­mide.

Ins­pec­teur can­to­nal des ru­chers et api­cul­teur pro­fes­sion­nel à Daillens, dans le Gros-de­vaud, Franck Cro­zet n’est pas vrai­ment d’ac­cord. C’est un eu­phé­misme: «J’ai re­tour­né des cadres dans mes ruches il y a une quin­zaine de jours et ils dé­gou­li­naient d’eau. Le nec­tar de la pha­cé­lie est trop hu­mide pour nos abeilles. C’est tout.»

Mais au fond, en quoi cette hu­mi­di­té est-elle tant re­dou­tée par les api­cul­teurs? «Parce qu’en consom­mant un nec­tar trop mouillé, les abeilles se gorgent d’eau. Leur di­ges­tion s’en trouve af­fec­tée, ce qui peut dé­clen­cher une dys­en­te­rie dans la co­lo­nie», ré­pond Sa­muel Roy. Franck Cro­zet af­firme de son cô­té que de ma­nière gé­né­rale cette hu­mi­di­té ex­ces­sive est né­faste à la sur­vie de la co­lo­nie dans la ruche en hi­ver. «Au prin­temps, j’ai consta­té de grosses pertes dans mes co­lo­nies si­tuées à proxi­mi­té de champs de pha­cé­lies. «Quand les abeilles la bu­tinent, il y a de gros pro­blèmes», re­prend-il, vin­di­ca­tif. Franck Cro­zet en­tend bien les avan­tages que cette plante amène à l’agri­cul­ture. Ce que d’autres es­pèces se­mées comme in­ter­cul­ture en fin d’été – trèfle blanc, mou­tarde ou tour­ne­sol – ap­portent aus­si. «La pha­cé­lie est de loin la pire. Ces autres plantes sont moins pro­blé­ma­tiques, même si ce n’est pas en au­tomne qu’il nous faut des fleurs, re­prend-il. La bio­di­ver­si­té, c’est une chose, mais on ne doit pas im­por­ter des plantes qui n’ont rien à faire ici. Ses ef­fets sont ca­tas­tro­phiques, sur­tout si

Ex­cellent en­grais du­rable, la pha­cé­lie cause, se­lon les pro­duc­teurs de miel, d’im­por­tants dé­gâts dans les ruches.

Jean-paul Guin­nard - Istock

La pha­cé­lie, une plante im­por­tée, semble avoir de nom­breux im­pacts né­ga­tifs sur nos abeilles.

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