«Je ne connais­sais pas à Pierre Mau­det un tel cô­té grippe-sou»

Le Matin Dimanche - - SUISSE - JU­LIEN CULET

Les ad­ver­saires du mi­nistre dans la tour­mente craignent qu’il s’ac­croche jus­qu’à la re­traite qu’il pour­ra tou­cher en juin pro­chain. Son rap­port à l’ar­gent in­ter­roge jusque dans son propre camp.

Pierre Mau­det au­rait-il un pro­blème avec l’ar­gent? Au coeur de son propre camp, cer­tains l’ac­cusent d’être ra­din après la ré­vé­la­tion, cette se­maine dans la «Tri­bune de Ge­nève», que le mi­nistre ne payait pas sa contri­bu­tion obli­ga­toire à son par­ti, le PLR. Ce­la s’ajoute à l’af­faire de son voyage à Abu Dha­bi en 2015, of­fert par le prince hé­ri­tier de l’émi­rat. On soup­çonne alors le mi­nistre lâ­ché de toute part de vou­loir res­ter à son poste coûte que coûte jus­qu’au 29 juin pro­chain, date à la­quelle il au­ra droit à une pen­sion à vie. Celle-ci s’élè­ve­ra à 89 161 francs par an, soit 7430 francs par mois, d’après les chiffres du Dé­par­te­ment des fi­nances. Cette re­traite est ac­cor­dée aux ma­gis­trats res­tés au moins huit ans au Con­seil d’état. S’il démissionne avant, il tou­che­ra une in­dem­ni­té de 437 802 fr. Ces mon­tants dé­pendent de son sa­laire, qui est ac­tuel­le­ment de 265 273 fr. 25 par an.

L’élu étant un pro­fes­sion­nel de la po­li­tique et n’ayant presque pas eu de car­rière pro­fes­sion­nelle, cer­tains craignent qu’il at­tende le 29 juin dans le but de tou­cher cette rente. «Je n’ose pas ima­gi­ner que Pierre Mau­det s’ac­croche au pou­voir pour cette rai­son, mais je me de­mande si ce­la n’est pas en­vi­sa­geable, au vu des der­nières ré­vé­la­tions», s’in­quiète Tho­mas Wenger, chef du groupe so­cia­liste au Grand Con­seil. Et pour L’UDC, Pierre Mau­det ne de­vrait pas avoir droit à cette pen­sion puis­qu’il par­ti­rait à cause d’une af­faire ju­di­ciaire.

Une as­so­cia­tion payait sa contri­bu­tion

Cette crainte est ren­for­cée par le fait qu’une as­so­cia­tion de sou­tien pre­nait en charge chaque an­née la contri­bu­tion obli­ga­toire au PLR de 10 000 francs de Pierre Mau­det. Ce der­nier au­rait des our­sins dans les poches, d’après les plus cri­tiques. «On s’aper­çoit qu’il n’y a pas de pe­tits pro­fits pour lui», juge Tho­mas Wenger. La ma­noeuvre fait en tout cas bon­dir au sein du PLR. «Je ne lui connais­sais pas un tel cô­té grippe-sou. Pour­quoi n’a-t-il pas don­né cette somme via son compte per­son­nel?» ré­agit un membre qui se dit «beau­coup bles­sé» par les af­faires. «Je dé­couvre des fa­cettes de lui que j’igno­rais», avance-t-il.

Ses proches af­firment pour­tant que le mi­nistre n’a ni la vo­lon­té de s’en­ri­chir ni des en­nuis d’ar­gent. Il n’au­rait par ailleurs pas de pro­blème pour payer sa dé­fense. «J’ai eu l’oc­ca­sion de le cô­toyer pen­dant une di­zaine d’an­nées, je n’ai ja­mais eu l’im­pres­sion qu’il avait comme sou­ci pre­mier ses sa­laires et ses re­ve­nus, té­moigne le dé­pu­té PLR Ro­lin Wavre, chef de la cam­pagne du Genevois pour le Con­seil fé­dé­ral. Je le vois comme quel­qu’un dont l’ob­jec­tif est l’ac­tion po­li­tique.» D’autres in­diquent qu’il ne se re­po­se­rait de toute fa­çon pas sur une éven­tuelle rente: «Ce n’est pas dans son ca­rac­tère. Il pour­rait trou­ver du tra­vail dans le do­maine de l’éco­no­mie, où il au­ra été un très bon mi­nistre.» «Mais re­trou­ver du tra­vail de­mande aus­si une bonne ré­pu­ta­tion. Or, plus le temps passe, plus les ré­vé­la­tions égra­tignent son image», nuance Tho­mas Wenger.

Contac­té, Pierre Mau­det ré­fute être mo­ti­vé par la pers­pec­tive d’une rente à vie. «Je n’ai ja­mais pen­sé à cal­cu­ler le jour ou j’au­rai droit à une pen­sion de re­traite», se dé­fend le conseiller d’état. Il pro­met vou­loir se battre pour l’ac­tion du Con­seil d’état. Ques­tion­né sur son rap­port à l’ar­gent, il as­sure avoir un train de vie mo­deste. «Pour moi, l’ar­gent est un moyen, pas un but, in­dique Pierre Mau­det. Je n’aime pas gas­piller l’ar­gent. Je n’ai pas un mode de vie somp­tueux, mais plu­tôt sobre: je suis lo­ca­taire, je n’ai pas de for­tune per­son­nelle, j’ai très peu de loi­sirs.» Le mi­nistre le jus­ti­fie par son «édu­ca­tion pro­tes­tante: je sais faire la dif­fé­rence entre un dé­sir et un be­soin. Et c’est vrai que ce­la peut me don­ner un pe­tit cô­té Oncle Pic­sou, même si j’aime aus­si faire preuve de gé­né­ro­si­té en pri­vé.»

Laurent Gui­raud

Les huit ans qu’il a pas­sés au Con­seil d’état per­met­traient à Pierre Mau­det de per­ce­voir une rente à vie de 7430 francs par mois. S’il démissionne avant, il tou­che­ra une in­dem­ni­té de 437 802 francs.

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