La Suisse ro­mande se mo­bi­lise pour la cause fé­mi­niste

À la veille de la Jour­née pour l’éli­mi­na­tion de la vio­lence à l’égard des femmes, les Ro­mands sont des­cen­dus dans les rues de plu­sieurs villes.

Le Matin Dimanche - - SUISSE -

Une fillette lève un poing et bran­dit une pan­carte co­lo­rée avec l’ins­crip­tion «Girl Po­wer». Ce sa­me­di après-mi­di, un mil­lier de per­sonnes (2000 se­lon les or­ga­ni­sa­teurs, 800 se­lon la po­lice) ont mar­ché comme elle dans les rues ge­ne­voises. À la veille de la Jour­née pour l’éli­mi­na­tion de la vio­lence à l’égard des femmes, des cor­tèges ont éga­le­ment eu lieu à Fri­bourg, Neu­châ­tel et Lau­sanne.

Ap­pe­lée «La rue est à nous toutes», la marche ge­ne­voise était ani­mée par une fan­fare afro-fé­mi­niste pa­ri­sienne, 30 nuances de noir (es).

L’évé­ne­ment était or­ga­ni­sé par le fes­ti­val Les Créa­tives qui met en avant la créa­tion fé­mi­nine. Le but était d’in­ves­tir les rues, «un es­pace créé pour et par les hommes». «Dans le cadre de notre fes­ti­val, nous avons me­né des pro­jets sur l’ap­pro­pria­tion de la ville par les femmes, précise Do­mi­nique Ro­vi­ni, co­di­rec­trice des Créa­tives. Les femmes y ont un sen­ti­ment d’in­sé­cu­ri­té même si la vio­lence se dé­roule sur­tout dans la sphère pri­vée.»

Dans la foule, des pan­cartes an­noncent que «non» est un mes­sage clair et qu’un string n’est pas un consen­te­ment. Une quin­qua­gé­naire ra­conte qu’elle a été bat­tue. D’autres ma­ni­fes­tantes évoquent les mains ba­la- deuses dans le bus, les sif­fle­ments, les in­sultes lors­qu’elles ne ré­pondent pas à un homme dans la rue… «Une fois, l’un d’eux nous a même pro­po­sé mille francs», ra­content deux jeunes filles.

So­li­da­ri­té mas­cu­line

Les hommes sont bien pré­sents dans le cor­tège. «J’ai as­sis­té à des scènes de vio­lence, ra­conte Car­los. Je veux mon­trer mon sou­tien aux vic­times et dire que tous les hommes ne sont pas de tels ma­chos.» D’autres dé­noncent les in­éga­li­tés. «Nous sa­vons avant de com­men­cer à tra­vailler que nous ga­gne­rons moins que les hommes», glissent deux étu­diantes de 23 ans. Éli­sa­beth, 57 ans, ajoute: «J’étais dé­jà là à la Grève des femmes du 14 juin 1991. Hé­las, la lutte doit conti­nuer et les chan­ge­ments sont trop lents. Mais je suis heu­reuse de voir qu’il y a beau­coup de jeunes au­jourd’hui. La re­lève est as­su­rée.»

La marche se ter­mine de­vant la salle de l’al­ham­bra, non loin du lieu où des femmes ont été agres­sées cet été à la sor­tie d’une boîte de nuit. Pré­sente au dé­fi­lé, la dé­pu­tée Anne-ma­rie von Arx-ver­non (PDC) ap­pelle d’ailleurs le Grand Con­seil à adop­ter un pro­jet de loi contre les vio­lences sexistes qu’elle a dé­po­sé suite à ce drame avec trois autres femmes de son par­ti.

Ce sa­me­di, d’autres dé­fi­lés ont réuni plus de 300 per­sonnes à Fri­bourg et 250 à Neu­châ­tel, se­lon des dé­comptes four­nis par L’ATS. À Lau­sanne, plus d’un mil­lier de ma­ni­fes­tants ont par­ti­ci­pé à une marche noc­turne éclai­rée par des flam­beaux et des bou­gies.

«Grâce au mou­ve­ment #Me­too, les femmes osent par­ler un peu plus fa­ci­le­ment, com­mente Va­nes­sa Mon­ney, membre du Col­lec­tif vau­dois de la Grève des femmes. Nous al­lons conti­nuer à faire pres­sion, car les choses doivent bou­ger.» Les vio­lences sexistes vont des in­sultes jus­qu’au meurtre, comme on l’a vu à Yver­don-les-bains. «En Suisse, en­vi­ron 25 femmes sont tuées chaque an­née par leur conjoint ou ex-conjoint. De telles vio­lences se re­trouvent dans toutes les couches de la so­cié­té.»

Va­nes­sa Mon­ney exige la mise en oeuvre de la Conven­tion d’is­tan­bul sur la pré­ven­tion et la lutte contre la vio­lence à l’égard des femmes et la vio­lence do­mes­tique. «Les États doivent faire de la pré­ven­tion, pro­té­ger les vic­times et pour­suivre les au­teurs.» La Vau­doise évoque aus­si la suite. Des col­lec­tifs ont été créés pour or­ga­ni­ser une ma­ni­fes­ta­tion le 14 juin 2019 en Suisse. «Nous vou­lons que les femmes et les hommes so­li­daires s’ar­rêtent ce jour-là, que ce soit toute la jour­née ou un pe­tit mo­ment. Il y au­ra des dé­brayages au tra­vail mais aus­si à la mai­son.» CA­RO­LINE ZUERCHER

La prise de conscience n’at­tend pas le nombre des an­nées. Mais il reste bien du che­min avant que le com­bat soit ga­gné.

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