Ces notes qui font fris­son­ner les cham­pions

Le Matin Dimanche - - FOOTBALL - CYRILL PASCHE

L’hymne de la Ligue des cham­pions, créé en 1992 par le com­po­si­teur bri­tan­nique To­ny Brit­ten, se­rait de­ve­nu la mu­sique la plus connue du monde. Ma­gné­to.

La lé­gende ra­conte que lorsque Ri­chard Wa­gner pré­sen­ta pour la pre­mière fois son opé­ra «Tris­tan und Isolde» en 1865, une spec­ta­trice s’éva­nouit en en­ten­dant l’ac­cord de la mi­neure de sep­tième de do­mi­nante – Ac­cord de Tris­tan – au com­men­ce­ment du pré­lude.

De­puis sa créa­tion en 1992, au­cun foot­bal­leur n’a per­du connais­sance en écou­tant la puis­sante et pé­né­trante mon­tée de cordes de l’hymne de la Ligue des cham­pions, une adap­ta­tion de «Za­rok the Priest», l’un des quatre hymnes com­po­sés par l’al­le­mand Georg Frie­drich Hän­del pour le cou­ron­ne­ment du roi George II en 1727. Mais tous en conviennent: cette mu­sique donne des fris­sons. «Elle est ma­gique», a dit d’elle Zi­né­dine Zi­dane, lé­gende de la com­pé­ti­tion et vain­queur de l’épreuve en tant que joueur (2002) puis comme en­traî­neur du Real Ma­drid (2016, 2017, 2018). «Elle capte tout de suite votre at­ten­tion.»

L’oeuvre re­vi­si­tée de Georg Frie­drich Hän­del a ré­son­né pour la pre­mière fois le 25 no­vembre 1992 si­mul­ta­né­ment à Mi­lan, Bruges, Glas­gow et Por­to. La Coupe des clubs cham­pions ve­nait d’être re­bap­ti­sée en Ligue des cham­pions. Le com­po­si­teur du «tube» pla­né­taire est Bri­tan­nique: To­ny Brit­ten, di­plô­mé du Royal Col­lege of Mu­sic de Londres. Il boucle le dos­sier en moins de six se­maines. «À l’époque, c’était juste un tra­vail comme les autres», ad­met-il. L’UE­FA sou­hai­tait une mu­sique qui re­flé­te­rait la gra­vi­té et l’im­por­tance de la nou­velle com­pé­ti­tion. «Une mu­sique uni­ver­selle, quelque chose qui dé­gage de la di­gni­té et de la puis­sance», a ra­con­té le com­po­si­teur sur ue­fa.com.

«La ma­jo­ri­té pen­sait que nous de­vions uti­li­ser «We are the cham­pions» de Queen, mais nous re­cher­chions quelque chose de plus clas­sique afin de mon­ter en gamme», se sou­vient Craig Thom­son, an­cien di­rec­teur de Team, la com­pa­gnie mar­ke­ting de L’UE­FA. Brit­ten s’ins­pire de «Za­dok the Priest» et trouve dans l’oeuvre de Hän­del une af­fir­ma­tion de pou­voir, de suc­cès et de gran­deur. «L’idée de la C1 était de rendre sa beau­té au jeu, et l’hymne de­vait re­flé­ter cette qua­li­té», se sou­vient-il.

Un or­chestre consé­quent (le Royal Phil­har­mo­nic Or­ches­tra) ren­for­cé par un choeur (ce­lui de l’aca­dé­mie de Saint Mar­tin in the Fields), puis un em­ploi ju­di­cieux des cordes avec cette ir­ré­sis­tible mon­tée en puis­sance ini­tiale, donnent au mor­ceau un as­pect triom­phal. Des pa­roles mi­ni­ma­listes, presque in­au­dibles – Ils sont les cham­pions/sie sind die Bes­ten/theses are the best – en trois langues, et le tour était joué.

«La sim­pli­ci­té est la clé de son suc­cès, sou­ligne Brit­ten. Je ne me se­rais ja­mais dou­té que cette mu­sique se­rait en­core uti­li­sée une ving­taine d’an­nées plus tard, et qu’elle re­pré­sen­te­rait la marque à ce point.» La mu­sique de la Ligue des cham­pions est de­ve­nue aus­si iden­ti­taire que la cou­leur rouge pour Co­ca-co­la ou la vir­gule pour Nike. En la dif­fu­sant avant chaque match à un au­di­toire de masse, L’UE­FA a po­pu­la­ri­sé la nou­velle for­mule de la com­pé­ti­tion en s’ap­puyant sur un mor­ceau de mu­sique clas­sique qui ren­voie au pres­tige, à la gran­deur et au triomphe. Alexandre Co­mi­set­ti fut l’un des pre­miers

Tho­mas Ei­sen­huth/ima­go

Ri­tuel d’avant-match en Ligue des cham­pions.

DR

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