Por­te­rons-nous tous des im­plants mé­di­caux?

Le Matin Dimanche - - BIEN VIVRE - ÉLI­SA­BETH GOR­DON

Ces dis­po­si­tifs qui peuvent être pla­cés dans les di­verses par­ties de notre corps pour pal­lier une fonc­tion dé­faillante ont dé­jà sau­vé bien des vies. Mais ils ne sont pas dé­nués de risques et cer­tains sont des cibles pour d’éven­tuels pi­rates.

Si l’émer­gence des cy­borgs re­lève en­core de la science-fic­tion, l’ère de l’homme im­plan­té est bel et bien une réa­li­té. On es­time que de 5% à 6% des ha­bi­tants des pays in­dus­tria­li­sés portent dé­jà, à l’in­té­rieur de leur corps, un dis­po­si­tif ar­ti­fi­ciel ca­pable de pal­lier le fonc­tion­ne­ment dé­faillant d’un de leurs or­ganes et tis­sus. Au rythme où va la re­cherche dans ce do­maine, le nombre de por­teurs d’im­plants ne pour­ra que croître.

Sous le terme d’im­plants se cachent des dis­po­si­tifs dif­fé­rents, aux fonc­tions très di­verses. Cer­tains, dits «pas­sifs», dé­livrent des mé­di­ca­ments, comme les im­plants contra­cep­tifs. À cette ca­té­go­rie ap­par­tiennent aus­si les cris­tal­lins syn­thé­tiques, em­ployés en cas de ca­ta­racte, et les pro­thèses or­tho­pé­diques qui rem­placent tout ou par­tie d’une ar­ti­cu­la­tion dé­faillante, de l’épaule au ge­nou en pas­sant par les hanches. quer sans fil avec l’ex­té­rieur, ce qui per­met de les ré­gler et de contrô­ler l’état du pa­tient. Mais par ce biais, ils de­viennent des cibles pour le pi­ra­tage. On est certes en­core loin d’as­sis­ter, comme dans un épi­sode de la cé­lèbre sé­rie «Ho­me­land», à l’as­sas­si­nat d’un can­di­dat à l’élec­tion pré­si­den­tielle dont on avait ma­ni­pu­lé à dis­tance le sti­mu­la­teur car­diaque. Mal­gré tout, en 2017, la FDA (l’au­to­ri­té de san­té amé­ri­caine) lan­çait une alerte au­près des por­teurs de cer­tains mo­dèles de pa­ce­ma­kers à ra­dio­fré­quence après avoir consta­té qu’ils pour­raient être pi­ra­tés.

«Pour l’ins­tant, pour in­ter­ve­nir sur le fonc­tion­ne­ment d’un dis­po­si­tif mé­di­cal, il faut être à quelques di­zaines de cen­ti­mètres de son por­teur. Dans ce cas, il est plus fa­cile de sor­tir un cou­teau», dit en riant Gio­van­ni De Mi­che­li. Se­lon lui, «il n’y a pas en­core de dan­ger, mais une pos­si­bi­li­té de dan­ger, ce qui peut po­ser des ques­tions lé­gales». «Tout dis­po­si­tif don­nant des in­for­ma­tions sur son por­teur peut im­pli­quer ce risque à des fins cri­mi­nelles ou com­mer­ciales», sou­ligne An­ge­li­ca Pe­rez For­nos, in­gé­nieure res­pon­sable au Centre uni­ver­si­taire ro­mand d’im­plants co­chléaires (CURIC). Le pro­blème se po­se­ra en­core plus à l’ave­nir à me­sure que se dé­ve­lop­pe­ront les im­plants connec­tés et les cap­teurs pla­cés à l’in­té­rieur du corps pour me­su­rer la com­po­si­tion san­guine en sucre, cho­les­té­rol et autres sub­stances et qui en­ver­ront ces don­nées en temps réel au mé­de­cin trai­tant.

Com­bi­nai­son de tech­no­lo­gies

Connec­tés ou non, les im­plants font l’ob­jet de nom­breuses re­cherches. Cer­taines portent sur leur ali­men­ta­tion élec­trique, qui se fait soit à l’aide de bat­te­ries pla­cées à l’ex­té­rieur du corps, soit par l’in­ter­mé­diaire d’un champ élec­tro­ma­gné­tique gé­né­ré sur la peau. Or, «entre la peau et l’im­plant, il y a une perte ou une dis­si­pa­tion d’éner­gie», ex­plique Gio­van­ni De Mi­che­li. C’est pour­quoi, «ré­cem­ment, des cher­cheurs co­réens ont conçu une an­tenne in­tel­li­gente do­tée d’un sys­tème de trans­mis­sion qui per­met de ré­gler, de l’ex­té­rieur, la quan­ti­té d’éner­gie trans­mise à l’im­plant».

Les ef­forts portent aus­si sur la mi­nia­tu­ri­sa­tion ou en­core sur des dis­po­si­tifs dé­li­vrant des mé­di­ca­ments de ma­nière ci­blée – qui pour­raient même être bio­dé­gra­dables et se ré­sor­ber na­tu­rel­le­ment dans le corps après avoir rem­pli leur rôle. Pour le fu­tur, se­lon An­ge­li­ca Pe­rez For­nos, on s’ache­mine «vers la com­bi­nai­son de dif­fé­rentes tech­no­lo­gies, afin de s’ap­pro­cher le plus pos­sible du vi­vant».

EN COL­LA­BO­RA­TION AVEC PLA­NÈTE SAN­TÉ

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