Au coeur du Ma­roc en side-car

Le Matin Dimanche - - VOYAGES -

Si l’on s’éloigne des sen­tiers bat­tus, les en­vi­rons de Mar­ra­kech dé­voilent leurs se­crets les mieux gar­dés. À trois heures d’avion, un road trip in­so­lite à vivre tout en dou­ceur, avec l’at­las en toile de fond.

TEXTES: CLA­RA GÉ­LIOT PHO­TOS: ÉRIC MAR­TIN

Ja­dis, on avait dé­cou­vert la ville, «Le Rou­tard» dans une main, l’ap­pa­reil pho­to dans l’autre. Mar­chant dans les pas d’un guide of­fi­ciel, on avait feint de se perdre dans le la­by­rinthe de la mé­di­na et pris du re­cul pour ad­mi­rer le mi­na­ret de la Kou­tou­bia. Le soir, on avait dor­mi dans des riads peu­plés de tou­ristes qui par­laient des langues dif­fé­rentes mais avaient sai­si les mêmes pho­tos du four­mille­ment noc­turne de la place Je­ma’a el-fna, de l’in­imi­table bleu de la Vil­la Ma­jo­relle et des étals ocre des épices des souks de la Ville rouge. Il était res­té de ce sé­jour une image à la fois exo­tique et fa­mi­lière d’un pays dont on se sen­tait proche par le coeur et éloi­gné par la culture. Ce sou­ve­nir qui éveillait tous les sens était pour­tant tein­té d’un lé­ger re­gret, ce­lui d’avoir vu ce qu’on était ve­nu voir. Une bonne rai­son de lais­ser au pla­card nos vieux cli­chés et de re­prendre l’avion pour dé­cou­vrir un nou­veau Mar­ra­kech, vê­tu, cette fois, du simple ha­bit de voya­geur.

Plu­tôt que la va­lise ca­bine, un sac souple et lé­ger s’im­pose à pré­sent pour en­tas­ser shorts, lu­nettes de so­leil, mais aus­si écharpes, gants et te­nues de soi­rée, in­dis­pen­sables à l’éclec­tique échap­pée. Après quelque trois heures de vol, un sen­ti­ment d’aven­ture nous sub­merge lors­qu’on snobe bus tou­ris­tiques et voi­tures des tour-opé­ra­teurs pour sau­ter dans le pa­nier d’un des side-cars Ural de l’en­tre­prise In­si­ders. Char­gées d’his­toire et do­tées d’un look ré­tro, ces mo­tos qui ont ga­gné ja­dis le res­pect des mi­li­taires russes, per­mis à la po­lice mar­rak­chi de faire ré­gner l’ordre dans les an­nées 50 et 60 et gui­dé ré­cem­ment Syl­vain Tes­son sur la route de Na­po­léon, al­laient de­ve­nir de fa­bu­leux com­pa­gnons de route.

Aux gui­dons des en­gins ka­ki et orange, Tho­mas et Fé­lix. Plu­tôt que de se pré­sen­ter comme des guides, ces en­tre­pre­neurs aven­tu­riers s’iden­ti­fient à ces «amis d’amis que l’on ai­me­rait re­trou­ver dans un en­droit que l’on ne connaît pas». Des étran­gers in­té­grés, en somme, qui se sont don­né pour mis­sion de faire dé­cou­vrir aux vi­si­teurs leur ville d’adop­tion. Deux for­mules, Es­sen­tial ou Pre­mium, adaptent à chaque bud­get le choix d’hé­ber­ge­ment. «Tout est fait sur me­sure. Que ce soit pour un tour d’une heure ou une ex­pé­di­tion d’un mois, nous com­men­çons notre his­toire avec une feuille blanche que nous rem­plis­sons avec nos clients. Tous nos tours sont construits au­tour d’eux, en fonc­tion de leurs centres d’in­té­rêt, de leurs at­tentes et de leur ni­veau de connais­sance de la des­ti­na­tion», ex­plique Tho­mas Cha­brières, qui a fon­dé son en­tre­prise en Chine en 2008 avant de la dé­ve­lop­per au Ma­roc il y a deux ans.

À son cô­té, on se laisse em­bar­quer, nez au vent, pour une pre­mière vi­rée au sud de Mar­ra­kech. Sur le che­min, une halte s’im­pose à la zaouïa de Ta­mes­loht. In­con­nue des tou­ristes, cette an­cienne école co­ra­nique a conser­vé, mal­gré son état dé­la­bré, la beau­té de l’ar­chi­tec­ture du XVIE siècle. La mé­moire de son fon­da­teur per­dure grâce à ses des­cen­dants qui y ha­bitent en­core. L’un d’eux, Mou­lay Ha­fid, se charge des vi­sites pri­vées. C’est ici que Jim­my Page et Ro­bert Plant, de Led Zep­pe­lin, ont en­re­gis­tré dans les an­nées 90 avec des mu­si­ciens gnaouas les mor­ceaux de «No Quar­ter».

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