Joa­chim Son­for­get «veut faire la Suisse en France»

PO­LÉ­MIQUE Le dé­pu­té des Fran­çais de Suisse se lâche sur les ré­seaux so­ciaux. Mais au-de­là des pro­vo­ca­tions, a-t-il en­core quelque chose à pro­po­ser?

Le Matin Dimanche - - MONDE - JEAN-NOËL CUÉNOD

Im­pos­sible de trou­ver élu po­li­tique plus aty­pique que Joa­chim Son-for­get. Sous son bon­net jaune («non, orange», pré­ci­set-il), un monde d’idées semble en per­pé­tuelle ébul­li­tion. Re­la­ter sa ren­contre avec cette per­son­na­li­té vi­brion­nante re­lève du dé­fi ver­ti­gi­neux. S’il semble sau­ter du coq à l’âne, c’est pour mieux vous em­bar­quer dans son es­quif. Frêle, l’es­quif. Pour le mo­ment.

Ra­dio­logue à Lau­sanne, âgé de 35 ans, né en Co­rée du Sud, adop­té par une fa­mille fran­çaise, Joa­chim Son-for­get est dé­pu­té à l’as­sem­blée na­tio­nale. Il y re­pré­sente les Fran­çais de Suisse et du Liech­ten­stein à la fa­veur du tsu­na­mi ma­cro­nien qui avait dé­fer­lé en 2017.

Dé­sor­mais, c’est en tant que non-ins­crit que Son-for­get siège. Il vient de quit­ter la for­ma­tion pré­si­den­tielle La Ré­pu­blique en marche! (LAREM) à la suite d’un tweet vi­sant l’ap­pa­rence de la sé­na­trice éco­lo­giste Es­ther Ben­bas­sa. Dans la fou­lée, il a lan­cé son propre mou­ve­ment, Je suis Fran­çais et Eu­ro­péen (JSFEE), et pré­pare sa liste pour les pro­chaines élec­tions eu­ro­péennes.

L’épi­sode du tweet contre la sé­na­trice ne sau­rait être qua­li­fié au­tre­ment que de fort dé­plai­sant. Son-for­get, qui avait trai­té le pré­sident amé­ri­cain de «gâ­teux», ne fe­rait-il pas à son tour du Trump? Il s’en tire par une pi­rouette: «En po­li­tique, comme dans les duels, ce n’est pas l’arme qui im­porte mais ce­lui qui la tient. Et je ne suis pas Trump, ce­la ne vous au­ra pas échap­pé!»

De Di­de­rot à Boo­ba

Joa­chim Son-for­get, com­bien de di­vi­sions? «En quelques jours, mon site a re­çu 4000 sou­tiens. La plu­part d’entre eux sont des jeunes avec les­quels je par­tage l’hu­mour, l’iro­nie, la sa­tire, une at­ti­tude tout à fait com­pa­tible avec la ré­flexion et l’en­ga­ge­ment. Je l’ai écrit au pré­sident Ma­cron, ma liste va re­cueillir le vote de jeunes qui, d’or­di­naire, s’abs­tiennent», ré­pond cet ad­mi­ra­teur du phi­lo­sophe Di­de­rot et du rap­peur Boo­ba.

Son pro­gramme? Il ne manque pas de Suisse dans les idées: «Je di­rais même qu’il faut faire la Suisse en France! Em­ma­nuel Ma­cron avait été élu sur la pro­messe de rendre le pou­voir au peuple. Mais même lui, mal­gré tous ses ta­lents, n’y par­vient pas. C’est la preuve que les ins­ti­tu­tions ac­tuelles de la Ré­pu­blique fran­çaise ne fonc­tionnent plus. L’es­sen­tiel du pou­voir est confié à une seule tête qui sus­cite l’en­goue­ment et lasse en­core plus vite. Je pré­co­nise donc l’ex­cel­lente so­lu­tion hel­vé­tique, à sa­voir exer­cer l’exé­cu­tif de fa­çon col­lé­giale, avec une pré­si­dence qui change chaque an­née. Il faut aus­si adop­ter le scru­tin à la pro­por­tion­nelle qui per­met, con­trai­re­ment à l’ac­tuel scru­tin ma­jo­ri­taire à deux tours, de re­pré­sen­ter un large éven­tail d’opi­nions. En France, la peur des ex­trêmes, sur­tout du Ras­sem­ble­ment na­tio­nal, a em­pê­ché d’ins­tal­ler du­ra­ble­ment ce sys­tème. Ce qui est ab­surde. Le sys­tème pro­por­tion­nel sus­cite des gou­ver­ne­ments de coa­li­tion et, dans un tel contexte, les ex­tré­mistes sont contraints de mettre de l’eau dans leur vin. On le voit bien en Suisse avec L’UDC. Je suis donc un fervent par­ti­san de la dé­mo­cra­tie de concor­dance. Et dire que ce sys­tème ne convient pas au ca­rac­tère fran­çais est un mau­vais ar­gu­ment. Après tout, les mil­liers de Fran­çais qui tra­vaillent en Suisse ont tout à fait in­té­gré la dis­ci­pline hel­vé­tique.» Per­sonne ne se­ra sur­pris d’ap­prendre que le jeune dé­pu­té fran­çais dé­fend la dé­mo­cra­tie se­mi-di­recte et le sys­tème d’ini­tia­tives et de ré­fé­ren­dums.

Po­pu­liste, Joa­chim Son-for­get? Le mot ne lui fait pas peur: «Le po­pu­lisme tend au po­li­ti­cien un mi­roir qui le ren­voie à son in­com­pé­tence. Le peuple, il ne faut pas le craindre, il faut l’em­bras­ser!»

Est-il en à la fois à droite et à gauche, comme son an­cien men­tor Ma­cron? S’il fus­tige l’aban­don des mi­grants à leur sort et pré­co­nise leur prise en charge par les ins­tances eu­ro­péennes, le jeune par­le­men­taire penche à droite en ma­tière d’ordre pu­blic et juge trop étroite et trop stricte l’ap­pli­ca­tion de la lé­gi­time dé­fense. Très at­ta­ché à la li­ber­té d’en­tre­prendre, il n’en dé­fend pas moins la Sé­cu­ri­té so­ciale à la fran­çaise. Un dis­cours li­bé­ral que dis­si­mule en ce mo­ment la fu­mée po­tache de ses tweets.

«Les mil­liers de Fran­çais qui tra­vaillent en Suisse ont tout à fait in­té­gré la dis­ci­pline hel­vé­tique» Joa­chim Son-for­get, dé­pu­té fran­çais

Fa­brice Cof­fri­ni/afp

Le bouillon­nant dé­pu­té fran­çais a lan­cé son propre mou­ve­ment.

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