En­traî­neur et joueur, l’équi­libre tac­ti­co-sen­ti­men­tal

Le Matin Dimanche - - FOOTBALL -

À moins de s’ap­pe­ler Mes­si, Ro­nal­do ou Ibra­hi­mo­vic, qui font tout au moins trem­bler le coach quand ils ne com­posent pas eux-mêmes l’équipe, une paire idéale ma­na­ger-star re­pose sur une foule de va­riables et un équi­libre sou­vent pré­caire.

Par quels mots doux, ac­cord ou sub­ter­fuge un Ro­ber­to Man­ci­ni a-t-il su ma­ter Ma­rio Ba­lo­tel­li? Sa ver­sion: «J’ai tou­jours cher­ché à beau­coup lui par­ler. Ma­rio écou­tait tou­jours. Par­fois, des phrases en­traient par une oreille et res­sor­taient de l’autre.» Et com­ment se fait-il qu’un Ha­tem Ben Ar­fa n’ait prê­té une oreille at­ten­tive qu’aux ordres de Claude Puel? Pour Car­los Va­re­la, «un bon duo, c’est avant tout de la com­pré­hen­sion tac­tique. J’ai connu ça avec Ger­not Rohr. Par­tout, quand il chan­geait de club, il vou­lait bos­ser avec moi. À chaque fois, je re­ce­vais une offre de contrat dans les dix jours. C’est lo­gique, il jouait dé­fen­sif et avait be­soin d’un mec qui lui re­monte le bal­lon sur 40 mètres. J’étais ce­lui-là à YB. Beau­coup re­cherchent un pro­fil. Je pense à Ch­ris­tian Gross avec Zu­berbüh­ler. Gross vou­lait un grand gar­dien, qui sache dé­ga­ger dans les 16 mètres ad­verses. Quand il l’a trou­vé, il ne l’a plus lâ­ché. Sa car­rière, Zu­bi la doit sur­tout à cette re­la­tion.»

Plus ré­cem­ment, Mau­ri­zio Sar­ri a re­fu­sé de prendre les rênes de Chel­sea s’il n’em­me­nait pas Jor­gin­ho dans ses va­lises na­po­li­taines. Idem pour Guar­dio­la, trim­bal­lant Thia­go Al­can­ta­ra de Bar­ce­lone à Mu­nich. Les exemples sont lé­gion. «Soit tu prends di­rec­te­ment le mec qui cor­res­pond, soit tu perds huit mois à for­mer un autre joueur à la men­ta­li­té qui te cor­res­pond», dit un jour le Ca­ta­lan. Pour cer­tains, le choix est vite fait.

Mais un lea­der est aus­si un re­lais. «Dans une équipe, tu en as tou­jours quatre ou cinq, pré­cise Di­dier Tho­lot. Un ma­na­ger ne peut pas gé­rer 25 joueurs au quo­ti­dien. Alors il le fait à tra­vers ses cadres. Si ces re­lais ne sont pas en sou­tien du ma­na­ger, c’est com­pli­qué.» C’est là que l’hu­main entre en jeu. Tho­lot re­con­naît qu’il n’a ja­mais su co­ha­bi­ter avec un Ma­thieu Val­bue­na (à Li­bourne). «C’est la vie, ça ne fonc­tion­nait pas. Il a pris son en­vol par la suite.» Et l’an­cien bu­teur fran­çais, qui dis­tingue aus­si sa forte re­la­tion avec Gross lors de son pas­sage à Bâle, de ci­ter en exemple la splen­dide paire Klopp-sa­lah qui illu­mine Li­ver­pool. «Les désac­cords font par­tie du quo­ti­dien du foot. Mais quand c’est juste, hon­nête et ou­vert, alors on avance. Quand tu éta­blis un sché­ma tac­tique, tu dois faire com­prendre que c’est le choix des joueurs, car c’est ce­lui qui leur convient le mieux à eux aus­si.»

Wal­ter Fer­nan­dez re­con­naît que plu­sieurs joueurs lui ont dé­jà de­man­dé de par­tir après un seul match pas­sé sur le banc. «J’en ai connu plein. Et d’autres qui ne se dé­fi­le­ront ja­mais après un ré­sul­tat contraire. Beau­coup d’en­traî­neurs ont leur joueur­clé. Ce n’est pas tou­jours le meilleur, mais un élé­ment qui amène de l’hon­nê­te­té in­tel­lec­tuelle dans le ves­tiaire. Un tel joueur ca­pable de col­ma­ter les brèches n’a pas de prix.»

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