Car­net de voyage

Le Matin Dimanche - - VOYAGES -

chant al­longe ses obliques sur les murs im­ma­cu­lés de la ville co­lo­niale à leurs pieds.

Sucre, qui voit len­te­ment fi­ler ses forces vives vers San­ta Cruz, éco­no­mi­que­ment plus ac­tive, n’a vé­cu ses heures de gloire que grâce à la for­mi­dable ri­chesse ca­chée dans le Cer­ro Ri­co (le mont riche) de Po­tosí, à 150 ki­lo­mètres. Ce cône presque par­fait, où des mil­liers de mi­neurs s’ac­tivent en­core, est l’el­do­ra­do que les Es­pa­gnols ont tant cher­ché dans l’em­pire in­ca. À dé­faut d’or, ils y ont trou­vé des fi­lons d’ar­gent dont on dit qu’ils pou­vaient at­teindre 70 ki­los de mé­tal pré­cieux pour une tonne de roche ex­traite!

«L’his­toire, les su­per­sti­tions et les lé­gendes se mêlent tou­jours chez nous, ra­conte Willy, an­cien mi­neur qui guide au­jourd’hui ceux qui s’aven­turent à l’in­té­rieur du Cer­ro Ri­co. La lé­gende veut qu’un In­dien qui s’était éga­ré sur la mon­tagne avec ses la­mas fut obli­gé d’y pas­ser la nuit. Il al­lu­ma un feu et, au pe­tit ma­tin, il dé­cou­vrit, dans les braises froides, des fils d’ar­gent fon­du.»

Des fi­lons d’ar­gent dans la mon­tagne

La vé­ri­té est moins ro­ma­nesque. Die­go Huall­pa, un In­dien qui tra­vaillait et ser­vait de guide et de tra­duc­teur aux conquis­ta­dors des­cen­dant du Pé­rou, dé­cou­vrit l’exis­tence de fi­lons d’ar­gent dans la fa­meuse mon­tagne en 1545. Sans qu’on sache s’il prit la peine de le pré­ci­ser aux Es­pa­gnols, il en­tre­prit d’ex­ploi­ter le gi­se­ment. Ra­pi­de­ment, il s’as­so­cia à un ami nom­mé Huan­ca pour or­ga­ni­ser sa mine. Voyant la for­tune sor­tir de terre, ce der­nier ré­cla­ma un pour­cen­tage plus im­por­tant. Ce que Huall­pa lui au­rait re­fu­sé… Lien de cause à ef­fet, les Es­pa­gnols ap­prirent tout de l’en­tre­prise pri­vée de Huall­pa. Et on s’em­pres­sa de lui rap­pe­ler que le vrai pro­prié­taire des terres et de ce qui en sor­tait ne pou­vait être que Charles Quint, l’em­pe­reur d’al­le­magne, roi d’es­pagne et du Haut-pé­rou. «Le Cer­ro Ri­co a été la mon­tagne d’ar­gent sur la­quelle s’est construite la puis­sance de la cou­ronne d’es­pagne pen­dant son âge d’or, ex­plique Willy. L’ex­ploi­ta­tion des mines de Po­tosí a trans­for­mé cette ville en une ca­pi­tale mon­diale tout en fai­sant la for­tune de Ma­drid. On pré­ten­dait qu’avec tout l’ar­gent ex­trait du Cer­ro Ri­co, il était pos­sible de construire un énorme pont re­liant Po­tosí à Ma­drid.»

La plus grande ci­té du Nou­veau Monde

En 1611, la ville comp­tait presque

200 000 ha­bi­tants, l’im­po­sant comme la plus grande ci­té du Nou­veau Monde. Par com­pa­rai­son, Pa­ris était peu­plée de

300 000 âmes à la même époque. La ruée vers l’ar­gent a trans­for­mé pro­fon­dé­ment cette ré­gion de la fu­ture Bo­li­vie. Les In­diens tra­vaillaient dans des condi­tions abo­mi­nables. On uti­li­sait même des es­claves ve­nus d’afrique dans les mines.

Mais l’al­ti­tude (le som­met du Cer­ro Ri­co culmine à 4782 mètres), l’ex­trac­tion au mer­cure et les condi­tions d’hy­giène mé­diocres les «rendent peu pro­duc­tifs», se­lon les écrits des ré­gis­seurs de l’époque. Une fa­çon de dire qu’ils meurent en grand nombre, ma­lades, épui­sés ou in­toxi­qués. Ce qui, évi­dem­ment, ne peut sa­tis­faire leurs maîtres. Les ex­ploi­tants leur confient alors des tâches an­nexes, le tri des mi­ne­rais ou la fonte, no­tam­ment pour fa­bri­quer les pièces de la Mai­son de la mon­naie qui ouvre ses portes en 1575. Au XVIE siècle, la moi­tié de l’ar­gent mon­dial sort du Cer­ro Ri­co. Il faut ima­gi­ner une ter­mi­tière où cha­cun creuse sa ga­le­rie (on y compte au­jourd’hui plus de 600 en­trées). C’est un re­paire d’am­bi­tieux et d’aven­tu­riers, d’in­gé­nieurs ha­biles et de riches ex­ploi­tants qui cô­toient des ou­vriers pauvres aux­quels il est lais­sé les par­ties les moins pro­duc­tives.

Le quar­tier des mi­neurs de Po­tosí, comme une ville dans la ville au pied de la mon­tagne, a gar­dé son nom his­to­rique et évo­ca­teur: le cal­vaire. Les mi­neurs viennent tou­jours y ache­ter la dy­na­mite, les pelles et les pioches, mais aus­si l’al­cool et les feuilles de co­ca qui leur per­mettent de res­ter long­temps sous terre sans man­ger. «Avant de des­cendre, ils font leurs of­frandes au Tio (ndlr: l’oncle). Dans les croyances in­diennes, c’est le diable qui garde les sous-sols», re­prend Willy. Au bout d’un tun­nel sombre et étroit, le Tio est là, étrange sta­tue rouge en­tou­rée de bou­teilles d’al­cool, une cigarette au bec et des UTILE

La meilleure sai­son pour par­tir est d’avril à no­vembre, même s’il peut faire froid pen­dant l’hi­ver aus­tral (juillet et août). Sur le plan mé­di­cal, si vous crai­gnez le mal des mon­tagnes, pen­sez que l’es­sen­tiel du sé­jour a lieu au-des­sous de

3000 mètres (à l’ex­cep­tion de Po­tosí, ville per­chée à 4067 mètres).

Dé­ca­lage ho­raire: moins 5 heures (il est mi­di en Suisse et 7 heures en Bo­li­vie).

De­vise: la mon­naie lo­cale est le bo­li­via­no (BOB). 100 BOB égalent à

14,50 CHF env. OR­GA­NI­SER SON VOYAGE Voya­geurs du monde, à Ge­nève, pro­pose un sé­jour de 16 jours in­ti­tu­lé «Villes co­lo­niales, dé­serts et lac Ti­ti­ca­ca». Il com­mence à San­ta Cruz, ville des plaines tro­pi­cales, puis conti­nue avec la vi­site des villes co­lo­niales de Sucre, de Po­tosí, de l’em­blé­ma­tique sa­lar (lac de sel) d’uyu­ni, de La Paz, ca­pi­tale ad­mi­nis­tra­tive la plus haute du monde. De là, on gagne le lac Ti­ti­ca­ca, fron­ta­lier avec le Pé­rou, avant une der­nière halte dans le vil­lage de Co­pa­ca­ba­na (aux an­ti­podes de son ho­mo­nyme bré­si­lien) et re­tour à San­ta Cruz. De 7000 à 8700 fr. avec vols in­ter­na­tio­naux et in­té­rieurs com­pris, se­lon la sai­son, les hé­ber­ge­ments et ac­ti­vi­tés (022 518 94 04, Voya­geurs­du­monde.ch).

Ci-des­sus et à dr.: la pe­tite ville de Ta­ra­bu­co, ber­ceau du que­chua, la langue des In­cas. Chaque an­née, les In­diens yam­pa­ras y re­vêtent les cos­tumes tra­di­tion­nels pour cé­lé­brer la dé­route des Es­pa­gnols le 12 mars 1816, pen­dant la guerre d’in­dé­pen­dance.À g.: le cra­tère de 8 km de dia­mètre du vol­can Ma­ra­gua. Cette for­ma­tion na­tu­relle éton­nante dont les contre­forts sont en forme de pé­tales est par­fois ap­pe­lée Om­bli­go de Chu­qui­sa­ca (nom­bril de Chu­qui­sa­ca).

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.