Peur pour la France

Ré­dac­teur en chef ad­joint

Le Matin Dimanche - - SUISSE - Xa­vier Alon­so

Une for­mule est res­tée cé­lèbre: «La France a peur». En fé­vrier 1976, un pré­sen­ta­teur de jour­nal té­lé­vi­sé l’a ser­vie en ou­ver­ture de son JT suite à l’ar­res­ta­tion d’un dan­ge­reux cri­mi­nel. Le pays gou­ver­né par Va­lé­ry Gis­card d’es­taing était en ces temps pas si loin­tains une puis­sance mon­diale qui dé­cou­vrait à peine le chô­mage de masse. Plus de qua­rante ans après, ce n’est plus des meur­triers dont la France a peur, mais d’elle-même. Deux France se font fa­ceà-face, cha­cune en­fer­mée dans la vio­lence de ses cer­ti­tudes.

Em­ma­nuel Ma­cron a été élu pré­sident de la Ré­pu­blique sur l’es­poir d’un re­nou­vel­le­ment de la vie po­li­tique et d’un re­dres­se­ment éco­no­mique. Notre grand voi­sin n’a en ef­fet ces­sé de re­cu­ler sur ces points. La peur d’em­ma­nuel Ma­cron, c’est le dé­clas­se­ment. Sa so­lu­tion, entre ré­formes éco­no­miques et ré­ha­bi­li­ta­tion de la sta­ture pré­si­den­tielle, est de re­don­ner de la gran­deur à son pays. Con­fon­dant par­fois la sta­ture de l’un et la sienne propre. Et dé­mon­trant sou­vent son in­ca­pa­ci­té à écou­ter les as­pi­ra­tions de ses conci­toyens.

La re­lé­ga­tion, c’est celle que vivent des mil­lions de Fran­çais. De­puis neuf sa­me­dis, les «gi­lets jaunes» battent le pa­vé pour dire leur ras-le-bol des pe­tites re­traites, des bas re­ve­nus et d’une fis­ca­li­té qui les laisse ex­sangues. Cet élan s’est ex­pri­mé par­fois avec des flam­bées de vio­lence, et des ré­cu­pé­ra­tions des ex­trêmes de droite comme de gauche, qui ne doivent pas ca­cher la lé­gi­ti­mi­té des re­ven­di­ca­tions: vivre mieux. Et pour y ar­ri­ver pous­ser à la dé­mis­sion ce­lui qui les a dé­çus. La se­maine qui s’ouvre se­ra cru­ciale pour notre grand voi­sin. Le dé­bat na­tio­nal vou­lu par Em­ma­nuel Ma­cron pour désa­mor­cer la crise dé­bute le mar­di 15 jan­vier. La veille, de­main lun­di, il au­ra adres­sé sa lettre à 65 mil­lions de Fran­çais. Le chef d’état l’a pro­mis im­par­tiale. Rien n’y fait pour­tant: la mé­fiance des uns et la mau­vaise vo­lon­té des autres n’au­gurent rien de bon.

En ef­fet, il y a d’un cô­té l’an­ti­jeu ré­cur­rent de l’op­po­si­tion po­li­tique fran­çaise et de l’autre les at­tentes des «gi­lets jaunes» qui es­timent illé­gi­time l’exer­cice du pou­voir et sa re­pré­sen­ta­tion par­le­men­taire.

Cette grande consul­ta­tion n’a été ac­cep­tée par la classe po­li­tique que sous la contrainte. Que se pas­se­ra-t-il si les conclu­sions de ce grand dé­bat na­tio­nal sont en contra­dic­tion avec la po­li­tique en­vi­sa­gée par Ma­cron? En France, le gou­ver­nant n’exé­cute pas les vo­lon­tés po­pu­laires, il di­rige et trace un che­min avec au­to­ri­té. Aux peurs de tous s’ajoute un mal­en­ten­du: les «gi­lets jaunes» ne contestent pas l’au­to­ri­té du chef, ils en veulent un autre. Il y a de quoi avoir peur pour la France.

La mé­fiance des uns et la mau­vaise vo­lon­té des autres n’au­gurent rien de bon

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