«La Suisse ne pour­ra pas tou­jours comp­ter sur la chance»

Le Matin Dimanche - - SUISSE -

ALEXANDRE VAUTRAVERS

Coor­di­na­teur du mas­ter en sé­cu­ri­té de l’uni­ver­si­té de Ge­nève

Les ar­res­ta­tions de deux Ge­ne­vois ra­di­ca­li­sés au Ma­roc sèment le trouble. Le point avec Alexandre Vautravers, coor­di­na­teur du mas­ter en sé­cu­ri­té de l’uni­ver­si­té de Ge­nève.

Ces ar­res­ta­tions si­gni­fien­telles que le risque d’at­ten­tats aug­mente en Suisse?

Si l’on ne peut pas re­lier di­rec­te­ment la vio­lence en Afrique du avec les risques propres à l’eu­rope cen­trale, il y a deux choses qui sont pré­oc­cu­pantes. Pre­miè­re­ment, nous n’avons pas là af­faire à des per­sonnes iso­lées, mais à des in­di­vi­dus ac­tifs dans un ou plu­sieurs ré­seaux: cer­tains font de la pro­pa­gande; d’autres se chargent du re­cru­te­ment; d’autres en­core pré­parent les at­ten­tats et/ou les com­mettent. Deuxiè­me­ment, il ne fau­drait pas que cet acte ne pro­voque un nou­veau cycle de vio­lence en ins­pi­rant ceux prêts à pas­ser à l’acte, comme c’est sou­vent le cas en ma­tière de ter­ro­risme.

Le fait que ces gens soient re­liés à la Suisse n’est pas ras­su­rant. Ce­la vous in­quiète-t-il?

Je note que la ma­jo­ri­té des at­ten­tats com­mis en France, en Suède, en Bel­gique ou en­core en Grande-bre­tagne sont le fait de gens qui y ont vé­cu et en pos­sèdent même par­fois le pas­se­port. Ces in­di­vi­dus étaient très cri­tiques en­vers leur pays. C’est la même chose ici où les per­sonnes ra­di­ca­li­sées font de la pro­pa­gande contre la Suisse. Un évé­ne­ment peut cris­tal­li­ser leur at­ten­tion – comme ce fut le cas pour les ca­ri­ca­tures da­noises de Ma­ho­met – et leur don­ner une rai­son de pas­ser à l’acte.

La Suisse est-elle plus à risque au­jourd’hui qu’hier?

Par chance, la Suisse a évi­té jus­qu’à au­jourd’hui que soit com­mis un tel acte ter­ro­riste sur son sol. Mais on ne pour­ra pas tou­jours comp­ter sur la chance. Les ter­ro­ristes ne s’en prennent pas seule­ment aux an­ciennes puis­sances co­lo­niales ou aux pays fai­sant la guerre en Sy­rie. Le groupe Daech est en guerre contre l’oc­ci­dent et la Suisse est bien an­crée dans le monde oc­ci­den­tal.

Que pré­co­ni­sez-vous pour li­mi­ter les risques?

Les ser­vices de ren­sei­gne­ment doivent fonc­tion­ner en ré­seau. Membre fon­da­teur d’in­ter­pol, la Suisse est ac­tive à l’in­ter­na­tio­nal pour lut­ter contre le ter­ro­risme. Fonc­tion­ner en ré­seau est es­sen­tiel pour être ca­pable d’iden­ti­fier les membres d’une cel­lule, de suivre les ren­contres de per­sonnes, au tra­vers des fron­tières na­tio­nales. À cet égard, le ren­for­ce­ment des bases de don­nées Schen­gen et la col­la­bo­ra­tion des ser­vices de po­lice ou de ren­sei­gne­ment, ont per­mis d’être plus ef­fi­cace dans la lutte contre les ter­ro­ristes. NI­CO­LAS PINGUELY

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