Entre pro et an­ti-brexit la cam­pagne est en­core en cours

Le Matin Dimanche - - MONDE -

Les ma­ni­fes­tants se font plus nom­breux de­vant West­mins­ter. Par­ti­sans d’un se­cond ré­fé­ren­dum ou d’un Brexit dur, ils es­pèrent in­fluen­cer les dé­pu­tés qui votent mar­di. Une fois que nous se­rons re­tom­bés sur nos pieds, grâce à nos gens bien for­més, notre grand mar­ché in­té­rieur, les ac­cords com­mer­ciaux que nous si­gne­rons et notre vo­lon­té, tout ira» Ly­dia Grant, 40 ans, femme au foyer

Les klaxons re­ten­tissent de­vant le pa­lais de West­mins­ter, l’im­po­sant Par­le­ment bri­tan­nique aux murs de cal­caire jaune miel. Des black cabs, les fa­meux taxis noirs de la ca­pi­tale an­glaise, des ca­mions et quelques voi­tures ré­pondent aux pan­cartes ac­cro­chées sur les ram­bardes d’abing­don Street, la rue qui sé­pare le Par­le­ment et l’ab­baye de West­mins­ter: «Leave Means Leave» (Quit­ter si­gni­fie quit­ter), «Be­lieve In Bri­tain» («Croire en le Royaume-uni»), «No Deal, No Pro­blem» («Pas d’ac­cord, pas de sou­ci») et «Tuut For Brexit» («Klaxon­nez en fa­veur du Brexit»).

«Nous sommes là pour rap­pe­ler aux dé­pu­tés de la Chambre des Com­munes qu’ils de­vront res­pec­ter le ré­sul­tat du ré­fé­ren­dum lors du vote de mar­di sur l’ac­cord de The­re­sa May», ex­plique Har­ry Todd, 27 ans, le coor­di­na­teur lo­cal de Leave Means Leave, une or­ga­ni­sa­tion de Brexi­ters ra­di­caux. Qui in­siste: «Le ré­fé­ren­dum était l’exer­cice dé­mo­cra­tique le plus im­por­tant de­puis des dé­cen­nies et les gens veulent voir leur vote se ma­té­ria­li­ser!»

Même si la pre­mière mi­nistre bri­tan­nique a dé­cro­ché un ac­cord plu­tôt avan­ta­geux au­près des vingt-sept autres di­ri­geants eu­ro­péens, la grande ma­jo­ri­té des dé­pu­tés semble au­jourd’hui prête à le re­je­ter. Les uns lui re­prochent de ne pas main­te­nir de liens as­sez étroits avec le mar­ché unique eu­ro­péen. Les autres, comme les vingt-huit membres de Leave Means Leave, veulent une sor­tie sans le moindre ac­cord avec l’union eu­ro­péenne afin de cou­per dé­fi­ni­ti­ve­ment les liens avec l’or­ga­ni­sa­tion.

Har­ry Todd ar­rive tous les ma­tins à 8 h de­vant les grilles de West­mins­ter de­puis une se­maine, après quelques ses­sions or­ga­ni­sées cou­rant dé­cembre. «C’est tôt, mais c’est au ser­vice d’une bonne cause», sou­rit ce na­tif de Sun­der­land, ville in­dus­trielle du nord de l’an­gle­terre. «Nous sommes là pour don­ner une voix à ces gens in­au­dibles, que per­sonne ne veut en­tendre.» Alors que les proeu­ro­péens qua­li­fient les 17,4 mil­lions d’élec­teurs qui se sont pro­non­cés pour une sor­tie de L’UE d’igno­rants ou d’im­pul­sifs, il as­sure que «les gens sont in­for­més et pos­sèdent de bonnes rai­sons d’avoir vo­té pour quit­ter L’UE».

À ses cô­tés, une ving­taine de par­ti­sans du Brexit. L’un d’entre eux éructe son ad­mi­ra­tion pour la di­ri­geante fran­çaise du Front na­tio­nal Ma­rine Le Pen, «une vraie Fran­çaise», et ses ho­mo­logues en Hon­grie, aux Pays-bas et en Au­triche. Ses aco­lytes, bien plus calmes, concentrent leurs cri­tiques sur «le manque de dé­mo­cra­tie de L’UE» et sur l’ac­cord de The­re­sa May, «une tra­hi­son des gens qui ont vo­té pour le Brexit» au dire de Ly­dia Grant, 40 ans.

Cette femme au foyer très ap­prê­tée est ve­nue de­puis le quar­tier cos­su voi­sin de Ken­sing­ton pour ma­ni­fes­ter avec sa fille Bea­trice, 16 ans, et son ma­ri Mat­thew, 53 ans. Ce der­nier, em­ployé d’une so­cié­té mé­di­cale, ad­met que «le pays souf­fri­ra pro­ba­ble­ment pen­dant les pre­mières an­nées qui sui­vront le Brexit, le temps que l’on s’adapte. D’au­tant plus qu’il est pro­bable que de nom­breux Bri­tan­niques sont sur­en­det­tés.» Il re­garde pour­tant l’ave­nir avec op­ti­misme. «Une fois que nous se­rons re­tom­bés sur nos pieds, grâce à nos gens bien for­més, notre grand mar­ché in­té­rieur, les ac­cords com­mer­ciaux que nous si­gne­rons et notre vo­lon­té, tout ira.»

«Je ne veux pas que le pays s’ef­fondre»

À quelques mètres, face à la sta­tue équestre de George V, les adeptes d’un se­cond ré­fé­ren­dum agitent de grands dra­peaux eu­ro­péens et crient ré­gu­liè­re­ment «Stop Brexit». Le tout sous le re­gard d’une poi­gnée de po­li­ciers. En ef­fet, si la re­la­tion entre les deux groupes de ma­ni­fes­tants est plu­tôt bon en­fant, des éner­gu­mènes d’ex­trême droite ont per­tur­bé en dé­but de se­maine ce fra­gile équi­libre et en sont ve­nus aux mains avec le porte-pa­role des proeu­ro­péens, l’in­fa­ti­gable Steve Bray.

De­puis sep­tembre 2017, ce na­tif de 49 ans de Port Tal­bot, une ville in­dus­trielle du Pays de Galles où tous ses «amis ont vo­té pour sor­tir de L’UE», brave la pluie, le froid et le vent chaque jour d’ou­ver­ture du Par­le­ment pour hur­ler en di­rec­tion des élus par­le­men­taires «Bol­locks To Brexit» («M… au Brexit»). «J’ai choi­si cet en­droit pour que tout le monde sache que l’en­semble des Bri­tan­niques ne sou­tiennent pas le Brexit», pré­ci­set-il, un cha­peau haut-de-forme aux cou­leurs of­fi­cielles de L’UE sur la tête. «Je ne veux pas que le pays s’ef­fondre. Sur­tout en rai­son du vote de Bri­tan­niques qui ne com­prennent pas qu’ils se­ront les pre­miers af­fec­tés.»

Non loin de lui, Shei­la Row­ling ac­croche de nou­velles pan­cartes à un lam­pa­daire alors que des voi­tures klaxonnent leur sou­tien en ar­ri­vant à son ni­veau. «Les dé­pu­tés passent nous voir ré­gu­liè­re­ment, ra­con­tet-elle. La ba­ronne Shir­ley Williams, 88 ans, est même ve­nue nous dire: «N’ar­rê­tez ja­mais de vous battre!» Ce­la nous met du baume au coeur.» Et ce même si Steve Bray re­con­naît que si «les dé­pu­tés votent pour l’ac­cord, je l’ac­cep­te­rai et je ren­tre­rai chez moi». Ce n’est pas ce qui est pro­nos­ti­qué pour mar­di.

Les pan­neaux pro ou an­ti-brexit four­millent de­vant le pa­lais de West­mins­ter à l’ap­proche du vote de mar­di.

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