Le pré­sident du PLR doute de la sin­cé­ri­té de Mau­det

Le Matin Dimanche - - SUISSE -

ALEXANDRE DE SE­NAR­CLENS

Pré­sident du PLR Ge­nève

L’as­sem­blée gé­né­rale ex­tra­or­di­naire du PLR qui s’est dé­rou­lée mar­di soir dans un cli­mat élec­trique a lais­sé le par­ti ge­ne­vois en proie à de pro­fondes di­vi­sions. Par une très courte ma­jo­ri­té, les mi­li­tants ont dé­ci­dé d’ac­cor­der leur confiance à Pierre Mau­det. Le pré­sident, Alexandre de Se­nar­clens, a af­fir­mé à l’is­sue des dé­bats qu’il quit­te­rait bien ses fonc­tions, comme il l’avait pro­mis en cas de sou­tien au conseiller d’état. Mais le ca­pi­taine d’un na­vire qui coule ne se doit-il pas de res­ter à son bord jus­qu’à la fin? Alexandre de Se­nar­clens es­time qu’il ne peut plus rien faire. «Je me suis don­né corps et âme pour le par­ti mais, de­puis six mois, ma vie est ryth­mée par l’af­faire Mau­det. Beau­coup de gens au­raient lais­sé tom­ber avant, jus­ti­fie le dé­pu­té. Je ne suis de toute évi­dence plus la per­sonne adé­quate pour dé­fendre Pierre Mau­det.»

Une nou­velle as­sem­blée gé­né­rale de­vrait se te­nir en mars pour que le PLR ge­ne­vois élise un nou­veau chef. Mar­di, les dé­bats ont par­fois pu être hou­leux. Ils pour­raient l’être de nou­veau dans deux mois lors de ce qui pour­rait consti­tuer le 2e round. «C’est bien sûr pos­sible, il y a un risque que des clans se créent, re­con­naît le pré­sident dé­mis­sion­naire. Il faut l’évi­ter en nous re­cen­trant sur les grands su­jets car nous n’avons pas une pro­blé­ma­tique idéo­lo­gique mais conjonc­tu­relle, qui re­pose sur les ré­ponses à ap­por­ter au cas de notre mi­nistre.»

Pour le pré­sident des li­bé­raux-ra­di­caux, le par­ti, pour se re­cons­truire, doit au­tant que faire se peut tour­ner la page du ma­gis­trat pour­sui­vi par la jus­tice. «Nous de­vons conti­nuer à faire de la po­li­tique sans lui. Nous avons été très ac­ca­pa­rés par l’af­faire le con­cer­nant», in­dique Alexandre de Se­nar­clens. Pour ce der­nier, Pierre Mau­det de­vrait ai­der son par­ti à avan­cer, ce qui pas­se­rait in­évi­ta­ble­ment par une dé­mis­sion de sa part. Mais le pré­sident n’y croit plus, il est ré­si­gné. «Nous avons af­faire à quel­qu’un qui s’ac­croche, qui se re­nie lui­même ain­si que toutes les va­leurs qu’il a pu dé­fendre, re­grette le dé­pu­té. Il ne pense mal­heu­reu­se­ment qu’à lui. Ce qui m’in­ter­pelle est qu’il semble to­ta­le­ment her­mé­tique au mal qu’il cause à sa fa­mille po­li­tique alors qu’il était au­pa­ra­vant un ras­sem­bleur. Je trouve ce­la très cho­quant.»

Mar­di soir, Pierre Mau­det a pris la pa­role à trois re­prises de­vant une salle pleine à cra­quer de plus de 700 mi­li­tants du PLR. Il a pré­sen­té ses ex­cuses, a pro­mis qu’il ne fe­rait plus les mêmes er­reurs et qu’il tien­dra compte des cri­tiques ex­pri­mées par les siens. Alexandre de Se­nar­clens n’a, lui, pas été convain­cu et il juge que le conseiller d’état n’était pas sin­cère. «Il n’y a au­cune prise de conscience de sa part. Tout ce­la est très construit, tra­vaillé. Il est dans un jeu comme au théâtre», cri­tique le dé­pu­té. Pour lui, si Pierre Mau­det l’a em­por­té, c’est parce que, his­to­ri­que­ment, il a tou­jours été plus dif­fi­cile de ras­sem­bler pour ob­te­nir le re­jet d’une per­sonne lors d’une as­sem­blée que, dans le cas in­verse, pour ob­te­nir un sou­tien.

En­fin, le fu­tur ex-pré­sident du PLR ge­ne­vois évoque des re­la­tions ten­dues avec son ma­gis­trat au cours de ces der­niers mois, sans pour au­tant re­con­naître des pres­sions. «Nous avons eu des échanges ré­gu­liers mais, évi­dem­ment, quand on ne va pas dans son sens, il vous contourne», glisse Alexandre de Se­nar­clens. JU­LIEN CULET

Pe­ter Schnei­der/keystone

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