Boxers

Le Matin Dimanche - - CHRONIQUES - Béa­trice Guel­pa Jour­na­liste

Mi­ko grogne de­vant les élé­phants qui s’ébrouent sur l’écran. Sa maî­tresse, une jeune femme aux che­veux vio­lets, a du mal à le cal­mer. «Mais non, c’est rien! C’est juste la té­lé.» Le boxer âgé de 2 ans et de­mi n’a pas l’air convain­cu. Conti­nue. «T’as peur des élé­phants? C’est ça? C’est vrai que t’en croises pas sou­vent…» Ras­su­rante, elle ta­pote joyeu­se­ment son Mi­ko. Lance d’une voix dy­na­mique qu’un boxer, c’est comme un ado. Au moins jus­qu’à 4 ans. Elle s’y connaît. Elle a tou­jours eu des boxers.

«C’est des grands gen­tils! Ils aiment tout le monde, les adultes, les en­fants, les autres ani­maux!» Tout. Sauf la té­lé. Mi­ko bou­gonne en­core de­vant les tigres. Sa maî­tresse ré­pète avec pa­tience que les tigres c’est comme des gros chats. «Et des chats, on en a à la mai­son!» Le chien fixe l’écran, l’air de dire: là tu exa­gères un peu, mais fi­nit par se faire à l’ar­gu­ment. S’apaise.

Il a un pro­blème à une patte, un cous­si­net dé­chi­ré. Il s’est je­té contre un grillage avant Noël. «Il a vu quel­qu’un qu’il ai­mait bien», sou­pire la jeune femme. Elle ne s’en est pas aper­çue tout de suite. «Les boxers, c’est très ré­sis­tant à la dou­leur. Ils ne disent rien. Pas comme les do­ber­mans…» Des grands co­mé­diens, les do­ber­mans, se­lon elle. Elle est bien pla­cée pour le sa­voir: son ma­ri, lui, a op­té pour cette race de chien. «Un boxer, quand il couine, il faut tout de suite al­ler chez le vé­to. On sait que c’est grave.»

Elle vit en France. Pour­tant, elle pré­fère ve­nir chez ce vé­té­ri­naire. La qua­li­té des soins n’est pas la même, dit-elle. Au fi­nal, ça re­vient moins cher en Suisse. «On n’est pas obli­gé d’y re­tour­ner 25 fois! Le vac­cin pour la rage, par exemple: en France c’est chaque an­née. En Suisse, c’est bon pour quatre ans, et c’est exac­te­ment le même!» Elle en est sûre: la Suisse, c’est mieux. Re­con­nais­sante aux vé­tos con­fé­dé­rés d’avoir sau­vé un de ses chiens at­teint d’une ma­la­die de peau. «Les Fran­çais lui ont fait prendre des an­ti­bio­tiques pen­dant un an! Chaque jour je de­vais le dou­cher pour évi­ter que ses plaies ne s’in­fectent…» Un jour, elle dé­cide de fran­chir la fron­tière. Le Suisse fait une ana­lyse de peau, trouve le bon diag­nos­tic: une sorte de gale trans­mise par la mère. «Ça a du­ré un quart d’heure! En France, ça m’avait dé­jà coû­té 5000 eu­ros.» L’as­sis­tante vient cher­cher la jeune femme. Mi­ko se jette sur elle. «Co­pine! C’est ma co­pine!» Elle s’en va en ba­billant avec son ado.

Un homme d’un cer­tain âge la rem­place avec un bor­der ter­rier gris qu’il pré­sente d’en­trée: «C’est Chic­co! Chic­co, comme un grain de ca­fé.» Puis, après une pe­tite pause, il ajoute: «On a cru que c’était une an­née en C, mais on s’était trom­pé, c’était D. Du coup, of­fi­ciel­le­ment, c’est Don Chic­co!» Il sou­rit, ex­plique que le bor­der vient d’un éle­vage en Ita­lie. «Pa­do­ra? Je sais plus… Un en­droit où ils cultivent du riz en tout cas. On a été le cher­cher avec le GPS et on était contents de l’avoir, je peux vous dire, parce qu’on était com­plè­te­ment per­dus!» Le sou­ve­nir reste in­tact, pour­tant c’était il y a onze ans. «À 11 ans, ça vaut le coup de faire des contrôles de temps en temps», re­prend l’homme. Les dents, l’ar­throse, une prise de sang. La rou­tine.

Avant, lui aus­si avait des boxers. Trois en tout. «Mais avec l’âge, 33 ki­los à por­ter, c’est dif­fi­cile…» Il pose sa veste po­laire mar­ron sur un siège, le chien s’ins­talle, confor­table. Un ca­niche entre. Le bor­der l’ignore. Son maître hausse les épaules. «Les autres ani­maux ne l’in­té­ressent pas. Il n’aime que les hu­mains… C’est étrange n’est-ce pas?» Puis il lance un re­gard tendre sur le siège d’à cô­té: «Ce sont des chiens mer­veilleux! Leur seul dé­faut, c’est qu’ils ba­vardent tout le temps.» Chic­co gé­mit. Son maître exulte: «Vous voyez! Les gens me disent qu’il pleure, mais pas du tout! Après, il com­mence à mo­du­ler si vous ne l’écou­tez pas.» Et ef­fec­ti­ve­ment, l’ani­mal émet un drôle de son. Un co­mé­dien, Don Chic­co? Presque un do­ber­man…

Avant, lui aus­si avait des boxers. Trois en tout. «Mais avec l’âge, 33 ki­los à por­ter, c’est dif­fi­cile…»

Chaque se­maine, notre jour­na­liste ra­conte la vie et ses ren­contres dans un ca­bi­net vé­té­ri­naire ro­mand

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