Gilles Rou­lin a pan­sé ses plaies

Le Matin Dimanche - - SKI ALPIN -

On avait quit­té Gilles Rou­lin la mort dans l’âme. Le 4 no­vembre der­nier, son com­pa­gnon de cham­brée dé­cé­dait dans un ac­ci­dent de pa­ra­pente. Gian Lu­ca Ba­ran­dun était le com­plice du Zu­ri­chois. Un pe­tit mois d’écart – entre mai et juin de l’an­née 1994 – pour deux hommes qui avaient fait toutes leurs classes en­semble. «Lorsque j’ai ap­pris la nou­velle, tout s’est ef­fon­dré, ex­pli­quait Rou­lin. La mort d’un jeune homme si plein de vie est in­com­pré­hen­sible, sur­réa­liste même. La tris­tesse est là, tous les jours. Il y a sou­vent des mo­ments où je me dis: là, il au­rait dit ce­ci ou ce­la – mais il n’est plus là. À chaque fois que je le réa­lise, je suis in­fi­ni­ment triste. De temps à autre, je suis obli­gé de ver­ser une larme, et je me sens un peu mieux.» De­puis, le plus grand es­poir suisse dans les dis­ci­plines de vi­tesse n’avait plus trou­vé goût à sa pas­sion, de­ve­nue tout à coup in­si­gni­fiante. Un en­chaî­ne­ment de contre-per­for­mances, sou­vent au-de­là de la tren­tième place, comme au­tant de vague à l’âme. Et puis tout a chan­gé ce sa­me­di à Wen­gen, comme si le temps qui passe avait com­men­cé à pan­ser la plaie. Dixième de la des­cente du Lau­be­rhorn, le Zu­ri­chois va en­fin mieux. «Quand j’ai fran­chi la ligne d’ar­ri­vée, et que j’ai vu mon ré­sul­tat, mon coeur s’est em­bra­sé. Tout au long de la piste, c’était un com­bat, et en­fin ça a tour­né de nou­veau dans le bon sens.» En 2019, Gilles Rou­lin mè­ne­ra en­core d’autres com­bats, mais le plus dou­lou­reux est sans doute der­rière lui.

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