Ces gestes peu hy­gié­niques à évi­ter

Le Matin Dimanche - - BIEN VIVRE - LY­SIANE CH­RIS­TEN

On sous-es­time trop sou­vent les consé­quences mi­cro­bio­lo­giques de cer­taines de nos ha­bi­tudes. Sept mau­vais ré­flexes sous la loupe.

Qui n’a ja­mais por­té à ses na­rines un vieux mou­choir usa­gé qui traî­nait dans sa poche? Cette vi­laine ha­bi­tude s’ins­crit par­mi les nom­breux gestes non-hy­gié­niques que nous réa­li­sons au quo­ti­dien. Par­fois sup­por­tés par notre or­ga­nisme, ces mau­vais ré­flexes en­traînent pour­tant ré­gu­liè­re­ment des in­fec­tions ou des ma­la­dies. Ce­ci no­tam­ment en cas d’épi­dé­mie ou chez ceux dont les dé­fenses im­mu­ni­taires sont af­fai­blies, comme les per­sonnes âgées et les nour­ris­sons. Alors, par­mi nos pe­tites ma­nies, quels sont les gestes à évi­ter pour pré­ser­ver sa san­té? Dif­fi­cile de trou­ver un en­droit plus conta­mi­né qu’une poche qui contient des mou­choirs usa­gés! Car le fait de se mou­cher per­met d’éva­cuer les mi­crobes pié­gés dans le mu­cus. Sto­ckés près de nos doigts dans ce mor­ceau de pa­pier, ils se tiennent ain­si prêts à co­lo­ni­ser à nou­veau notre nez dès les uti­li­sa­tions sui­vantes… où la main de la pro­chaine per­sonne que l’on va sa­luer. «Les mi­crobes peuvent sur­vivre plu­sieurs heures, voire quelques jours lorsque hu­mi­di­té et cha­leur leur offrent des condi­tions fa­vo­rables», ex­plique Lau­rence Senn, mé­de­cin res­pon­sable de l’uni­té d’hy­giène, pré­ven­tion et contrôle de l’in­fec­tion du CHUV. «C’est pour­quoi il faut plu­tôt pri­vi­lé­gier les mou­choirs à usage unique et ne pas ou­blier de les je­ter», conseille-t-elle.

Près d’un quart des Suisses ne se lave pas les mains sys­té­ma­ti­que­ment après être al­lé aux toi­lettes, ré­vé­lait en 2015 un son­dage réa­li­sé par l’en­tre­prise BVA. Pour­tant, ce geste, très im­por­tant en cas de pan­dé­mie, «per­met­trait de ré­duire de

30% le nombre d’in­fec­tions des voies res­pi­ra­toires», se­lon le Dr Fré­dé­ric Sald­mann, spé­cia­liste en hy­giène ali­men­taire et car­dio­lo­gique à Pa­ris.

Pour évi­ter de trans­mettre des mi­crobes, «le la­vage des mains doit être ef­fec­tué à des mo­ments clés de la jour­née, comme après être al­lé aux toi­lettes, mais aus­si lorsque l’on rentre chez soi à la fin d’une jour­née de tra­vail, avant de cui­si­ner, ou après avoir éter­nué», ex­plique la

Dre Ch­ris­tiane Pe­ti­gnat, mé­de­cin ad­jointe au mé­de­cin can­to­nal du can­ton de Vaud.

Et quel chro­no­mé­trage pour le la­vage? «Au­cun temps op­ti­mal n’a été dé­mon­tré, as­sure Lau­rence Senn. Le plus im­por­tant est de bien frot­ter avec du sa­von avant de rin­cer à l’eau. Et dans des cas ex­trêmes, évi­ter les bagues où peuvent se lo­ger des bac­té­ries.» Si la plu­part des éta­blis­se­ments pro­posent des sèche-mains élec­triques ou des ser­viettes en pa­pier in­di­vi­duelles, il ar­rive en­core de trou­ver des linges suspendus dans les WC col­lec­tifs. «Mieux vaut évi­ter de les uti­li­ser car, avec l’hu­mi­di­té, le risque de conta­mi­na­tion par des vi­rus ou des bac­té­ries est pré­sent», ex­plique Lau­rence Senn.

Quelle faune y trouve-t-on? Des sta­phy­lo­coques do­rés, entre autres, «ces bac­té­ries qui peuvent pro­vo­quer des in­fec­tions cu­ta­nées comme des fu­roncles ou des ab­cès et que portent 40% de la po­pu­la­tion. Aux États-unis par exemple, de nom­breux cas de trans­mis­sion ont été rap­por­tés dans les clubs spor­tifs ou les fit­ness du­rant les quinze à vingt der­nières an­nées. C’est pour­quoi il faut re­non­cer à po­ser ses af­faires sur des bancs mouillés ou à lais­ser traî­ner son linge par terre», pour­suit la doc­to­resse. Êtes-vous de ceux qui ne baissent ja­mais le cou­vercle des toi­lettes? Si oui, sa­chez que la chasse d’eau ti­rée a un ef­fet aé­ro­sol et pro­jette des gouttes dans l’air. «En ana­ly­sant les car­reaux des murs ini­tia­le­ment sté­riles, le sol ou en­core le pa­pier toi­lette, des cher­cheurs ont trou­vé une co­lo­ni­sa­tion de bac­té­ries et de vi­rus res­pi­ra­toires», ex­plique Fré­dé­ric Sald­mann, ci­tant une étude amé­ri­caine. «Des germes fé­caux peuvent ain­si se re­trou­ver jusque sur la brosse à dents!» pré­vient-il.

Pour Lau­rence Senn, «le plus im­por­tant est de bais­ser le cou­vercle lorsque l’on tire la chasse après être al­lé à la selle, et avant tout en cas de gas­tro-en­té­rite, afin d’évi­ter de conta­mi­ner toute la fa­mille». Si échan­ger un ver­nis à ongles ne pose au­cun pro­blème, ce n’est pas le cas d’un mas­ca­ra ou d’un rouge à lèvres. «Comme les brosses à dents, ces ob­jets doivent être ré­ser­vés à un usage per­son­nel uni­que­ment, pré­cise Lau­rence Senn. Car ces ar­ticles de beau­té sont uti­li­sés proche des mu­queuses, telles la bouche ou la conjonc­tive (ndlr: mem­brane trans­pa­rente qui recouvre l’oeil et l’in­té­rieur des pau­pières). En contact avec ces zones à risques, ils pour­raient trans­mettre des in­fec­tions, tels des or­ge­lets, ou le vi­rus de l’her­pès.»

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