La po­li­tique, c’est autre chose

Le Matin Dimanche - - SUISSE - Ariane Dayer À LIRE EN PAGE 4 [email protected]­ma­tin­di­manche.ch

Non, ce n’est pas ce­la, la po­li­tique. Ce n’est pas vi­der de sens le man­dat qu’on doit rem­plir au point d’en­cou­ra­ger des té­moins à men­tir à la jus­tice quand on est res­pon­sable de la Sé­cu­ri­té et de la Po­lice. Ce n’est pas prendre son par­ti en otage pour des mo­tifs per­son­nels au point de le di­vi­ser et le bles­ser pro­fon­dé­ment pour de nom­breuses an­nées. Ce n’est pas se mettre en rup­ture avec les ins­tances lo­cales, can­to­nales, fé­dé­rales de la cou­leur po­li­tique qui vous a por­té et mis en lu­mière. Ce n’est pas fra­gi­li­ser les can­di­da­tures de ses pairs pour les pro­chaines élec­tions.

La po­li­tique, ce n’est pas for­cer ses col­lègues de gou­ver­ne­ment à un gym­kha­na sans cesse re­nou­ve­lé. Abou­tis­sant no­tam­ment, pour li­mi­ter les dé­gâts de cré­di­bi­li­té, à la créa­tion d’un dé­par­te­ment maous qui se­ra vite in­gou­ver­nable, re­grou­pant des do­maines aus­si lourds que la sé­cu­ri­té, l’em­ploi et la san­té. Ce n’est pas dés­écu­ri­ser et ef­fri­ter la confiance de mil­liers de fonc­tion­naires.

Ce n’est pas non plus ri­di­cu­li­ser du­ra­ble­ment son can­ton au point d’en faire une sorte de vil­lage d’as­té­rix où il n’y au­rait plus que le ven­deur de pois­son. Ce n’est pas se re­trou­ver en si­tua­tion de rup­ture avec tout, une grande par­tie de ses élec­teurs, de son par­ti, de ses ca­ma­rades de com­bat, du Conseil d’état, du Grand Conseil, et en duel avec les ins­tances ju­di­ciaires.

As­siste-t-on au­jourd’hui au nou­veau drame d’un en­fant pro­dige? On n’avait en tout cas ja­mais vu le cas pous­sé aus­si loin. Car c’est peut-être ce­ci, l’af­faire Mau­det, la chute af­fli­geante d’un homme qui s’est tel­le­ment construit dans la dif­fé­rence qu’il a fi­ni par croire qu’elle était tout ce qu’il est et doit être. Il a tant vou­lu se mon­trer autre, dé­ca­lé, pro­fi­lé qu’il croit en­core au­jourd’hui que ce qu’il fait – te­nir contre tout bon sens – n’est qu’une suite lo­gique de sa dé­non­cia­tion de l’es­ta­blish­ment. Une dé­mons­tra­tion ultime de sa per­ti­nence per­son­nelle face à la ba­na­li­té des autres. Une rai­son d’être, en somme.

Mais, non, ce n’est pas ce­la la po­li­tique. Il ne faut pas seule­ment ga­gner, il faut convaincre. Sou­vent pé­ni­ble­ment, à pas de four­mi, perdre et conti­nuer quand même, au­tre­ment, creu­ser le sillon avec une seule obli­ga­tion: res­ter cré­dible et réunir. De­puis trop long­temps main­te­nant, Pierre Mau­det est iso­lé, en­fer­ré, pa­thé­tique. Avoir rai­son tout seul? Non, Mon­sieur le Conseiller d’état, ce n’est pas ce­la, la po­li­tique.

De­puis trop long­temps main­te­nant, Pierre Mau­det est iso­lé, en­fer­ré

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