Trop de four­rures sont mal éti­que­tées

Le manque de contrôle des au­to­ri­tés en ma­tière d’éti­que­tage rend par­fois le tra­çage des four­rures dif­fi­cile, voire im­pos­sible pour les ache­teurs.

Le Matin Dimanche - - SUISSE -

L’hi­ver, on la voit par­tout dans les rues. Il ne s’agit pas de la neige, mais de la four­rure. Ca­puches, cols de veste, bottes, bon­nets et chap­kas sont pa­rés de poils pour te­nir plus chaud. Ces der­niers peuvent pro­ve­nir de la­pins, vi­sons, re­nards ou coyotes. «Les gens pensent à tort ache­ter de la four­rure syn­thé­tique alors qu’il s’agit en­core sou­vent de vraie four­rure. Il est très dif­fi­cile de faire la dif­fé­rence à vue d’oeil», ex­plique Luc Four­nier, pré­sident de la Ligue suisse contre l’ex­pé­ri­men­ta­tion ani­male et pour le droit des ani­maux (LSCV).

Les com­mer­çants ven­dant de la four­rure en Suisse ont pour­tant l’obli­ga­tion d’in­di­quer sur leurs étiquettes le nom de l’es­pèce ani­male, sa pro­ve­nance ain­si que ses condi­tions de dé­ten­tion ou de cap­ture de­puis l’en­trée en vi­gueur, en 2013, de l’or­don­nance du Conseil fé­dé­ral sur la dé­cla­ra­tion des four­rures. La Suisse est d’ailleurs le seul pays d’eu­rope do­té d’une telle lé­gis­la­tion. Mais il s’avère que de nom­breux ma­ga­sins ne res­pectent pas les règles, se­lon plu­sieurs constats de la LSCV.

Dans son en­quête me­née au­près de 71 com­merces, elle ré­vèle que 90% des éta­blis­se­ments contrô­lés ne res­pec­taient pas les normes en 2017. Dans le vi­seur des dé­fen­seurs de la cause ani­male: l’of­fice fé­dé­ral de la sé­cu­ri­té ali­men­taire et des af­faires vé­té­ri­naires (OSAV), char­gé d’ef­fec­tuer les contrôles. «L’OSAV ne fait pas son tra­vail cor­rec­te­ment. En 2013, il avait an­non­cé 600 contrôles par an, or seuls 235 ont été réa­li­sés en- tre 2014 et 2017», s’in­digne Luc Four­nier. À ces re­proches, Nathalie Ro­chat, porte-pa­role de L’OSAV, ré­pond qu’un manque de per­son­nel em­pêche l’of­fice fé­dé­ral de contrô­ler tous les ma­ga­sins, rai­son pour la­quelle il pro­cède à des contrôles au ha­sard dans toute la Suisse.

À Lau­sanne, Giu­seppe De Pao­la, sty­liste en four­rure de­puis qua­rante-six ans, a su­bi l’un de ces contrôles. L’ar­ti­san, qui se four­nit prin­ci­pa­le­ment dans des éle­vages en Ita­lie, se rap­pelle: «Une dame est ve­nue, elle a vé­ri­fié toutes mes étiquettes, puis j’ai re­çu l’ordre de les chan­ger, ce que j’ai fait.» Quant à sa­voir si cette me­sure fut ef­fi­cace, il en doute. «Les clients se fichent de l’ori­gine. S’ils veulent une four­rure, ils l’achètent», avoue-t-il sans se dé­mon­ter. Et de pour­suivre: «Les éco­los ont fait bien plus de mal à notre business que ces obli­ga­tions d’éti­que­tage.»

Pour l’as­so­cia­tion pro­fes­sion­nelle suisse de la four­rure Swiss­fur, de tels man­que­ments nuisent à l’image de la pro­fes­sion. «Nos membres sont en règle, ce sont les bou­tiques de vê­te­ments et de mode qui, à notre grand re­gret, ne dé­clarent pas cor­rec­te­ment l’ori­gine par­fois pro­blé­ma­tique de leurs pro­duits», ac­cuse Tho­mas Aus der Au, four­reur à Zu­rich rat­ta­ché à Swiss­fur. L’or­ga­ni­sa­tion a été la pre­mière en Eu­rope à in­tro­duire une dé­cla­ra­tion vo­lon­taire en 1996 pour plus de trans­pa­rence vis-à-vis des consom­ma­teurs.

Si les ma­ga­sins spé­cia­li­sés se sont mis aux normes, il semble que de nom­breuses bou­tiques doivent en­core mieux in­di­quer les pro­ve­nances. Se­lon Nathalie Ro­chat, «il est pré­vu d’adap­ter dif­fé­rents points de l’or­don­nance afin que les consom­ma­teurs soient en­core mieux informés». L’OSAV étu­die d’autres so­lu­tions, comme l’ex­ter­na­li­sa­tion des ac­ti­vi­tés de contrôles aux can­tons, à la po­lice ou à des or­ga­ni­sa­tions pri­vées. VIR­GI­NIE MA­RET

Même si beau­coup de consom­ma­teurs l’ignorent, la four­rure qui orne les ca­puches est très sou­vent d’ori­gine ani­male.

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