La rup­ture d’un bar­rage sème la mort et la dé­so­la­tion dans l’état du Mi­nas Ge­rais

La rup­ture d’un bar­rage mi­nier a fait au moins 34 morts et près de 300 dis­pa­rus. Les sau­ve­teurs pour­suivent les re­cherches dans l’es­poir de re­trou­ver des sur­vi­vants.

Le Matin Dimanche - - MONDE -

«Mon ne­veu de 5 ans m’a de­man­dé si son père était mort. Qu’est-ce que je vais lui dire?» Oli­via Rios, proche d’un dis­pa­ru

Les au­to­ri­tés bré­si­liennes ont fait état hier d’un bi­lan pro­vi­soire de 34 morts après la cou­lée de boue pro­vo­quée par la rup­ture la veille d’un bar­rage du géant mi­nier Vale dans le sud-est du pays, mais les es­poirs de re­trou­ver les près de 300 dis­pa­rus étaient minces, la pluie ren­dant en outre les re­cherches en­core plus dif­fi­ciles.

Les in­tem­pé­ries n’ont pas em­pê­ché le bal­let fu­nèbre des hé­li­co­ptères, qui tour­noyaient sans re­lâche dans le ciel à la re­cherche de sur­vi­vants, mais étaient le plus sou­vent ame­nés à his­ser des corps in­ani­més. Près de Bru­ma­din­ho, dans l’état de Mi­nas Ge­rais, sur plus de 150 mètres de large s’étend un fleuve noi­râtre de boue, qui par en­droits dé­vale la pente comme le font les ra­pides. Des ha­bi­tants in­diquent les en­droits où se trou­vaient des mai­sons.

Fa­milles dans l’an­goisse

Les se­cou­ristes ont re­trou­vé un au­to­car des­ti­né aux em­ployés de Vale to­ta­le­ment en­glou­ti, avec plu­sieurs corps sans vie à l’in­té­rieur, qui n’ont pas pu être ex­traits et n’ont pas en­core été comp­ta­bi­li­sés of­fi­ciel­le­ment.

De nom­breux proches de sa­la­riés de la mine at­ten­daient des nou­velles avec an­xié­té et ne ca­chaient pas leur ré­volte face au peu d’in­for­ma­tions ob­te­nues au­près des au­to­ri­tés.

«Ils ne veulent rien dire! Ce sont nos fils, nos ma­ris, et per­sonne ne dit rien. Mon ne­veu de 5 ans m’a de­man­dé si son père était mort. Qu’est-ce que je vais lui dire?» a dé­cla­ré Oli­via Rios.

À la re­cherche de son ma­ri, Sue­ly de Oli­vei­ra Cos­ta était re­te­nue par des agents de sé­cu­ri­té, qui l’em­pê­chaient d’ac­cé­der au site et lui de­man­daient de «se cal­mer». «Comment vou­lez-vous que je sois calme s’il est dé­jà mort?» s’est-elle écriée.

Aide hu­ma­ni­taire dé­ployée

«Hier, nous étions mo­bi­li­sés pour des mis­sions de se­cours, mais au­jourd’hui nous dé­bu­tons une nou­velle phase, le tra­vail hu­ma­ni­taire, pour ve­nir en aide aux sans-abri et à toutes les personnes désem­pa­rées», a ex­pli­qué Wal­ter Mo­raes, de la Croix-rouge.

L’ar­mée a an­non­cé dans un com­mu­ni­qué qu’en­vi­ron 1000 mi­li­taires avaient été mo­bi­li­sés sur dé­ci­sion du pré­sident Bol­so­na­ro et étaient prêts à être dé­ployés dans la zone.

Le chef de l’état, qui a sur­vo­lé la zone à bord d’un hé­li­co­ptère mi­li­taire dans la ma­ti­née, a confié par la suite sur Twit­ter qu’il était dif­fi­cile de contem­pler ce pay­sage sans s’émou­voir.

«Nous fe­rons tout ce qui est en notre pou­voir pour nous oc­cu­per des vic­times, li­mi­ter les dé­gâts, en­quê­ter et ré­cla­mer jus­tice pour évi­ter de nou­velles tra­gé­dies», a af­fir­mé le pré­sident.

Jair Bol­so­na­ro a éga­le­ment ré­vé­lé que le pre­mier mi­nistre is­raé­lien Be­nya­min Ne­ta­nya­hou, qui était ve­nu à son in­ves­ti­ture à Brasí­lia le 1er jan­vier, l’avait appelé hier pour lui pro­po­ser de l’aide dans la re­cherche des dis­pa­rus.

Une amende pour Vale

Cette tra­gé­die af­fecte une nou­velle fois l’état du Mi­nas Ge­rais, dé­vas­té en no­vembre 2015 par une autre rup­ture de bar­rage à Ma­ria­na, qui avait fait 19 morts et d’énormes dé­gâts en­vi­ron­ne­men­taux.

«La tra­gé­die en­vi­ron­ne­men­tale de­vrait être moindre que celle de 2015, mais la tra­gé­die hu­maine bien plus im­por­tante», a re­con­nu ven­dre­di le PDG de Vale Fa­bio Sch­varts­man, dont l’en­tre­prise était éga­le­ment im­pli­quée dans le drame, étant co­pro­prié­taire de la mine de Sa­mar­co avec le groupe an­glo-aus­tra­lien BHP.

À l’époque, des cen­taines de ki­lo­mètres car­rés avaient été sub­mer­gés par un tsu­na­mi de boue, qui avait tra­ver­sé deux États bré­si­liens et s’était ré­pan­du sur 650 ki­lo­mètres jus­qu’à l’océan At­lan­tique à tra­vers le lit du fleuve Rio Doce, l’un des plus im­por­tants du Bré­sil.

Le site in­ter­net d’in­for­ma­tions G1 a af­fir­mé que la jus­tice du Mi­nas Ge­rais avait or­don­né de blo­quer des comptes ban­caires de l’en­tre­prise to­ta­li­sant un mil­liard de réaux (233 mil­lions d’eu­ros) en pré­vi­sion de l’in­dem­ni­sa­tion des vic­times.

L’agence gou­ver­ne­men­tale Iba­ma, qui dé­pend du Mi­nis­tère de l’en­vi­ron­ne­ment, a par ailleurs in­fli­gé à Vale une amende de 250 mil­lions de réaux (en­vi­ron 58 mil­lions d’eu­ros). AFP

Un fleuve de boue de plus de 150 mètres de large s’étend près de Bru­ma­din­ho après la rup­ture du bar­rage mi­nier du géant Vale.

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