La Suisse re­fuse les don­nées des Pa­na­ma Pa­pers

Le Matin Dimanche - - ECONOMIE -

La jus­tice n’exa­mi­ne­ra pas les don­nées of­fertes par l’al­le­magne. Contrai­re­ment à ses ho­mo­logues eu­ro­péens.

La fine-fleur des en­quê­teurs eu­ro­péens s’était réunie le 20 sep­tembre der­nier à Wies­ba­den, près de Franc­fort, pour une sorte de dis­tri­bu­tion de ca­deau de Noël avant l’heure. Des of­fi­ciers de po­lice et des pro­cu­reurs de 17 pays avaient ré­pon­du à l’in­vi­ta­tion du «Bun­des­kri­mi­na­lamt». Les Al­le­mands avaient pré­pa­ré pour chaque pays un disque dur à em­por­ter à la mai­son: une co­pie des Pa­na­ma Pa­pers, que les au­to­ri­tés al­le­mandes s’étaient pro­cu­rés au­près du lan­ceur d’alerte.

Ce der­nier les avait d’abord trans­mis à nos confrères de la «Süd­deutsche Zei­tung», ce qui avait dé­bou­ché sur une en­quête jour­na­lis­tique in­ter­na­tio­nale sans pré­cé­dent sous l’égide du Con­sor­tium international des jour­na­listes d’in­ves­ti­ga­tion, à la­quelle la cel­lule en­quête de Ta­me­dia avait par­ti­ci­pé. Les ré­vé­la­tions des mé­dias avaient conduit la jus­tice dans de très nom­breux pays à ou­vrir des en­quêtes. Celles-ci ont no­tam­ment dé­bou­ché sur l’ar­res­ta­tion d’un ba­ron de la drogue, la dé­mis­sion puis la condam­na­tion du pré­sident pa­kis­ta­nais ou, tout ré­cem­ment, l’in­cul­pa­tion de l’ancien pré­sident du Sal­va­dor. À tra­vers le monde, plus de 700 mil­lions de dol­lars d’amendes ont été pro­non­cés, es­sen­tiel­le­ment pour fraude fis­cale.

Une analyse ap­pro­fon­die par les en­quê­teurs de­vrait avoir des consé­quences beau­coup plus im­por­tantes en­core. Voi­là pro­ba­ble­ment pour­quoi, seize des pays dé­pê­chés à Wies­ba­den ont em­por­té les sup­ports de don­nées pro­po­sés. Un seul n’y était pas au­to­ri­sé: le re­pré­sen­tant suisse de l’of­fice fé­dé­ral de la po­lice Fed­pol. Le po­li­cier a re­çu de Berne l’ordre de ne pas ac­cep­ter les «Pa­na­ma Pa­pers».

Dans la fou­lée, Fed­pol avait ex­pli­qué qu’elle «vé­ri­fiait» tou­jours ce qui se pas­sait et qu’elle était «en contact» avec les au­to­ri­tés al­le­mandes. Quatre mois plus tard, le «Bun­des­kri­mi­na­lamt» n’a tou­jours rien vu ve­nir. Se­lon les en­quê­teurs al­le­mands, les Suisses ne les ont plus ja­mais contac­tés à ce su­jet.

En fait, les dés étaient je­tés dès le dé­part. Le Mi­nis­tère pu­blic de la Confé­dé­ra­tion avait très ra­pi­de­ment dé­ci­dé que les «Pa­na­ma Pa­pers» ne de­vaient en au­cun cas être ac­cep­tés, la «re­ce­va­bi­li­té» de telles preuves de­vant une cour étant ex­clue ou trop fra­gile. Cette po­si­tion est en­core et tou­jours va­lide. «Fed­pol n’a ré­cep­tion­né au­cun document», confirme au­jourd’hui une porte-pa­role de l’of­fice fé­dé­ral de la po­lice.

De son cô­té, le «Bun­des­kri­mi­na­lamt» al­le­mand pré­cise dans une prise de po­si­tion écrite qu’au­cun autre pays n’a re­fu­sé d’ac­cep­ter ces don­nées. Le com­por­te­ment des Suisses a pro­vo­qué une cer­taine conster­na­tion chez les Al­le­mands. Et ce­la a ren­for­cé l’im­pres­sion que la Suisse pro­tège sa place fi­nan­cière, même en cas de tran­sac­tions dou­teuses.

Dans les nom­breuses fuites de don­nées in­ter­na­tio­nales de ces der­nières an­nées, de­puis «Off­shore Leaks» jus­qu’aux «Pa­ra­dise Pa­pers», la Suisse a tou­jours joué un rôle clé. Le Mi­nis­tère pu­blic de la Confé­dé­ra­tion n’a que ra­re­ment ou­vert de pro­cé­dures pé­nales. En ce qui concerne les «Pa­na­ma Pa­pers», Genève sort là en­core du lot. La so­cié­té de do­mi­ci­lia­tions off­shore pan­améenne Mos­sack Fon­se­ca, dont les don­nées ont été pi­ra­tées, avait me­né une par­tie non né­gli­geable de ses ac­ti­vi­tés via son an­tenne ge­ne­voise. THO­MAS KNELLWOLF, OLIVER ZIHLMANN, FREDERIK OBERMAIER

Tho­mas Ho­del/keys­tone

Mi­chael Lau­ber, pro­cu­reur gé­né­ral de la Confé­dé­ra­tion, avait très ra­pi­de­ment dé­ci­dé que les Pa­na­ma Pa­pers ne de­vaient pas être ac­cep­tés.

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