Se main­te­nir dans la zone

Le Matin Dimanche - - CHRONIQUES -

Avec les an­nées, j’ai ap­pris à me si­tuer ra­pi­de­ment en fonc­tion des courses. Il était donc ca­pi­tal de bien com­men­cer mon hi­ver en dé­cembre à Aro­sa. Or j’y ai ga­gné et ça a été un im­mense coup de boost pour les courses sui­vantes, au point que je me suis re­trou­vée en tête du clas­se­ment gé­né­ral. De­puis cette pre­mière course, qui est tou­jours la grande in­con­nue de la sai­son, je sais que je suis ca­pable de pro­duire la même per­for­mance à chaque épreuve.

La ques­tion est donc: comment par­ve­nir à res­ter «dans la zone», comme on dit dans le monde spor­tif ? Il y a toutes sortes de pres­sions qui peuvent t’en faire sor­tir. Celle des autres, comme lorsque l’on me de­mande ce qui s’est pas­sé quand je ter­mine cin­quième (!), mais sur­tout celle que je me mets toute seule. Cette pres­sion, il faut l’avoir en soi pour res­ter au top, sans perdre ses moyens non plus. J’ai ap­pris à la gé­rer et je sais qu’il est im­por­tant pour moi de main­te­nir mon corps et ma tête en forme. Voi­là le défi. Sans ou­blier la ré­cu­pé­ra­tion, qui joue un rôle clé.

Car vous me voyez peut-être mon­ter sur les po­diums, mais il y a énor­mé­ment de choses qui se passent entre les courses. À com­men­cer par les voyages en groupe, sou­vent très longs, comme ce­lui que l’on vient de faire vers le Ca­na­da. Des pé­riples au cours des­quels on trans­porte une tonne de ma­té­riel (avec par exemple 30 housses à skis pour l’équipe) et on dort très peu. Tout ce­la prend de l’éner­gie. C’est pour ça que jus­qu’aux Mon­diaux, la se­maine pro­chaine, je met­trai la prio­ri­té sur la ré­cu­pé­ra­tion.

Bien sûr, ce­la ne si­gni­fie pas du re­pos com­plet. C’est de la ré­cu­pé­ra­tion ac­tive, en salle, avec du vé­lo, du stret­ching, des mou­ve­ments lé­gers, tout en in­té­grant l’as­pect men­tal et la physio.

Du­rant ces pé­riodes entre les courses, je re­garde ra­re­ment mes der­nières per­for­mances à la vi­déo. Il faut vrai­ment que quelque chose m’ait mar­quée et que je sou­haite l’ana­ly­ser. Si­non, je ne veux pas perdre mon temps et je pense dé­jà à la course qui ar­rive. Le ski­cross est si in­tense: toute la sai­son se dé­roule sur trois mois… On surfe à la li­mite du sur­ré­gime, d’où l’im­por­tance de trou­ver le bon équi­libre.

Pre­nez ma concur­rente sué­doise San­dra Naes­lund. Chez elle, à Idre Fjalls, elle a per­du de gros points. C’est dif­fi­cile d’ex­pli­quer pour­quoi mais ce­la illustre bien à quel point tout peut chan­ger très vite dans le sport. Il faut en être conscient et avec mon pré­pa­ra­teur men­tal, je tra­vaille cet as­pect-là tous les jours. C’est quelque chose qui m’aide beau­coup.

Te­nez, par exemple, l’an­née pas­sée à la même époque, j’avais ten­dance à vou­loir en faire plus dès que j’ar­ri­vais en fi­nale et je par­tais à la faute. Là aus­si, c’est un défi dans notre dis­ci­pline. On est quatre, on se dé­passe sans ar­rêt et donc on peut vite pa­ni­quer. Cette an­née, je suis plus se­reine.

Tu t’en­traînes toute l’an­née à bloc et quand tu trouves cette zone où tout roule, c’est un bon­heur. L’an der­nier, j’ai opé­ré des ajustements. Dé­sor­mais, tout fonc­tionne à plein ré­gime. On est au top. C’est à moi de res­ter dans cette zone en évi­tant le stress in­té­rieur. Prendre du temps pour res­pi­rer quand l’es­to­mac joue des tours. Réus­sir à se cal­mer est un com­bat per­ma­nent, une re­cherche d’équi­libre.

Cette sen­sa­tion de plé­ni­tude quand tu as tout don­né et fait ce qu’il fal­lait, je l’ai­me­rai tou­jours. C’est ma quête au quo­ti­dien et ma prin­ci­pale mo­ti­va­tion. Et puis, ce qui est sûr, c’est qu’avec les an­nées, la vic­toire conserve la même sa­veur.

Fan­ny Smith Ski­cros­seuse Cette chro­nique est as­su­rée en al­ter­nance par Clint Ca­pe­la, Ni­co Hi­schier, Fan­ny Smith, Mu­jin­ga Kam­bund­ji et Alex Song

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