Ils sont ta­bas­sés à mi­di dans le train

Le Matin Dimanche - - SUISSE -

Vio­lence gra­tuite dans un train entre Neu­châ­tel et Fri­bourg il y a dix jours. Des jeunes ont agres­sé deux contrô­leurs. La branche est sous le choc.

C’est un dé­but d’après-mi­di, un ven­dre­di. Une bande de jeunes s’ins­tallent dans le wagon 1re classe d’un train in­ter­ré­gio­nal. Ils boivent et écoutent de la mu­sique. À Su­giez (FR), deux contrô­leurs des Tran­sports pu­blics fri­bour­geois (TPF) ont à peine le temps de pé­né­trer dans le com­par­ti­ment que la ba­garre com­mence. «Ils leur ont sau­té des­sus, ra­conte Sté­phane Ber­ney, res­pon­sable de la com­mu­ni­ca­tion aux TPF. Ils ont ten­té de fuir. L’un d’eux s’est même pro­je­té par-des­sus les sièges. Cette puis­sance phy­sique qui dé­barque d’un coup dans un si pe­tit es­pace, c’est violent. Sans comp­ter les coups de poing et de ge­nou. On sait qu’ils étaient sous l’in­fluence de l’al­cool, mais ce­la n’ex­cuse rien.» L’in­ter­ven­tion de la po­lice can­to­nale est re­quise d’ur­gence. Après une folle course-pour­suite pé­destre, les quatre au­teurs pré­su­més sont ar­rê­tés. Il s’agit de trois mi­neurs âgés de 16 et 17 ans ain­si que d’un homme de 18 ans, tous do­mi­ci­liés dans le can­ton de Neu­châ­tel. Quant aux deux vic­times, dont l’une est en sang, elles sont conduites à l’hô­pi­tal pour un contrôle et un sui­vi psy­cho­lo­gique. Elles en sortent le jour même.

Plainte pé­nale dé­po­sée

Et au­jourd’hui, com­ment vont les contrô­leurs agres­sés? «Le plus at­teint phy­si­que­ment est en­core à l’ar­rêt, pré­cise Sté­phane Ber­ney. Et l’autre a re­pris cette se­maine, mais le choc psy­cho­lo­gique est en­core pré­sent, d’au­tant que c’était des agents de train ex­pé­ri­men­tés.» À no­ter que les TPF ont dé­po­sé une plainte pé­nale cette se­maine. Les TPF tiennent à sou­li­gner la ra­re­té de ce genre de vio­lences gra­tuites. En 2018, trois cas ont re­te­nu l’at­ten­tion du trans­por­teur ro­mand. «Sur nos 31 mil­lions de pas­sa­gers, c’est très peu. Il s’agis­sait plu­tôt de bous­cu­lades à la suite d’al­ter­ca­tions ver­bales dans des bus. Une agres­sion est tou­jours une agres­sion de trop, mais là, con­trai­re­ment à la se­maine der­nière, on pou­vait l’ex­pli­quer.»

Se­cré­taire au Syn­di­cat des tran­sports (SEV), Ch­ris­tian Fan­khau­ser est sous le choc de­puis l’in­ci­dent de Su­giez. «Cho­qué, mais mal­heu­reu­se­ment pas sur­pris. Les gens ont de moins en moins de res­pect. C’est dans l’air du temps, l’exemple don­né par cer­tains pré­si­dents de na­tion n’y est pas étran­ger.» Pour l’ave­nir, le syn­di­ca­liste plaide pour des sta­tis­tiques fiables au ni­veau fé­dé­ral. «Elles n’existent pas et c’est re­gret­table. Les em­ployeurs de­vraient créer une base de don­nées na­tio­nale. Je res­sens que les agres­sions sont moins ré­gu­lières, mais plus vio­lentes. Les em­ployés se sont ha­bi­tués à ces pe­tites in­ci­vi­li­tés et in­sultes. Il y a une sorte d’in­quié­tante ba­na­li­sa­tion.» Et le dé­fen­seur des em­ployés des tran­sports suisses de rap­pe­ler que chaque cas d’agres­sion, ver­bale ou phy­sique, doit faire l’ob­jet d’une dé­non­cia­tion d’of­fice. C’est l’em­ployé qui est seul juge s’il es­time avoir été agres­sé. Pour les cas ex­trêmes, Ch­ris­tian Fan­khau­ser cite la France en exemple: «Ils ont un sys­tème très ef­fi­cace: le droit au re­trait. À sa­voir que lors­qu’une ligne n’est plus «sé­cure», elle n’est plus des­ser­vie. Ce­la pose un autre pro­blème: des quar­tiers en­tiers se re­trouvent pé­na­li­sés.»

Quant aux pe­tites frappes suisses, après une courte dé­ten­tion pro­vi­soire, elles ont toutes été re­laxées suite aux au­di­tions pré­li­mi­naires. Les trois mi­neurs neu­châ­te­lois se­ront ju­gés dans leur can­ton. Le cas du jeune adulte de 18 ans se­ra trai­té par la jus­tice fri­bour­geoise. SÉ­BAS­TIEN JU­BIN

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