Pour évi­ter les maux d’hi­ver, mieux vaut ne pas croire n’im­porte quoi

Nous sommes en plein pic épi­dé­mique de la grippe. Mais au fait, sa­vons-nous vrai­ment com­ment nous pro­té­ger des vi­rus hi­ver­naux qui guettent?

Le Matin Dimanche - - BIEN VIVRE - JU­LIEN PIDOUX ju­[email protected]­ma­tin­di­manche.ch

«Quand on a vrai­ment eu une grippe, on s’en sou­vient, et on se rap­pelle très bien ce qu’on fai­sait et où on était quand on a com­men­cé à être ma­lade» Laurence Senn, res­pon­sable de l’uni­té Hy­giène, pré­ven­tion et contrôle de l’in­fec­tion au CHUV

Si le vi­rus de la grippe mil­lé­sime 2018-2019 n’a pas beau­coup fait par­ler de lui, il est pour­tant bien là, et cer­taines struc­tures hos­pi­ta­lières sont sur­char­gées. Mais au­de­là de cette ma­la­die qui peut avoir des consé­quences gra­vis­simes, no­tam­ment chez les per­sonnes âgées, d’autres vi­rus ap­pré­cient tout par­ti­cu­liè­re­ment cette pé­riode de l’an­née. Entre les re­mèdes de grand-mère et les croyances po­pu­laires, on ne se pro­tège pas tou­jours de ma­nière adé­quate. Voi­ci, en 10 points, de quoi faire la part des choses.

Le froid rend ma­lade

Oui, c’est une évi­dence: on tombe plus ma­lade en hi­ver qu’en été. Mais ce n’est pas à pro­pre­ment par­ler à cause de la baisse des tem­pé­ra­tures. Au contraire. «On tombe plus ma­lade en hi­ver parce que, jus­te­ment, on chauffe les in­té­rieurs. L’air étant par ailleurs très sec, c’est un en­vi­ron­ne­ment dé­lé­tère pour les mu­queuses, qui se­ront plus sen­sibles à une at­taque de vi­rus», ré­sume Laurence Senn. Pour cette ex­perte au sein de la Mé­de­cine pré­ven­tive hos­pi­ta­lière du CHUV, à Lau­sanne, c’est lim­pide: «On se re­trouve plus sou­vent confi­nés, on ouvre moins les fe­nêtres, ce qui rend la trans­mis­sion plus fa­cile.»

Le bus, cet en­ne­mi

Les tran­sports pu­blics sont un bien pour l’en­vi­ron­ne­ment, mais un dan­ger pour la san­té. Par­ti­cu­liè­re­ment en hi­ver. «C’est clai­re­ment un en­droit à risque, sur­tout aux heures de pointe», pré­vient Laurence Senn. Les poi­gnées ou les barres où l’on se tient font par­tie des en­droits de pré­di­lec­tion pour les bac­té­ries et vi­rus. Autre dan­ger: dans ces en­droits confi­nés et peu ou pas du tout aé­rés, un éter­nue­ment peut conta­mi­ner plu­sieurs per­sonnes. En gros, c’est le cas de tous les en­droits où les gens se réunissent: l’avion et son air très sec, les classes, les crèches, les écoles de re­crues, les vestiaires des salles de sport. Et les open spaces. «Le risque peut y être ac­cru, sur­tout quand un col­la­bo­ra­teur vient tra­vailler alors qu’il tousse ou qu’il éter­nue», pré­cise la mé­de­cin. Car c’est dans les

2-3 pre­miers jours de symp­tômes que l’on est le plus conta­gieux. «Di­sons qu’entre 20 et 25 de­grés à l’in­té­rieur en hi­ver, le vi­rus de la grippe se plaît beau­coup et reste sur les sur­faces inertes un cer­tain temps, de plu­sieurs heures à plu­sieurs jours», conti­nue Laurence Senn. Vous voi­là pré­ve­nus.

En re­vanche, fausse croyance, le vi­rus de la grippe n’aime pas la cha­leur éle­vée du sau­na que cer­tains fuient pour­tant comme la peste de peur de tom­ber ma­lades.

Le rhume dure sept jours

Le rhume (rhi­no­vi­rus) dure de cinq à sept jours. Et ce, quoi qu’on fasse. Si les gouttes na­sales ou les pas­tilles pour la gorge di­mi­nuent les symp­tômes, ils ne font rien contre la du­rée. «Mais il est vrai que les gens ont par­fois l’im­pres­sion qu’il traîne en lon­gueur et disent «ce rhume n’en fi­nit pas», ad­met Fré­dé­ric Sald­mann. Pour y re­mé­dier, ce mé­de­cin spé­cia­liste de l’op­ti­mi­sa­tion de notre ca­pi­tal san­té, au­teur de «Vi­tal! - Votre bible san­té» a plu­sieurs pe­tits conseils pra­tiques. «Pre­miè­re­ment, quand je sors d’un rhume ou d’une autre ma­la­die, je change de brosse à dents, his­toire de ne pas ava­ler à nou­veau des mi­crobes. Et de la même ma­nière, j’évite les mou­choirs en tis­sus et pri­vi­lé­gie ceux en pa­pier, que je jette tout de suite après la pre­mière uti­li­sa­tion.»

Se la­ver les mains, ça ne suf­fit pas

Autre geste à adop­ter illi­co: se la­ver les mains. «C’est es­sen­tiel pour li­mi­ter les risques, as­sène Laurence Senn. On a tel­le­ment ten­dance à por­ter les mains à notre vi­sage, alors que le nez, les yeux et la bouche sont les portes d’en­trée des vi­rus.» L’idéal se­rait d’es­sayer d’être conscient de ces gestes pour les li­mi­ter au maxi­mum. Le doc­teur Fré­dé­ric Sald­mann va plus loin: il re­com­mande, au moins une fois par jour et idéa­le­ment avant d’al­ler se cou­cher, de se la­ver soi­gneu­se­ment sous les ongles avec, par exemple, une brosse à dents (que l’on sto­cke­ra dans un lieu dif­fé­rent de celle ré­ser­vée à l’hy­giène den­taire). «On re­trouve dé­jà sous les ongles des en­té­ro­bac­té­ries – du ca­ca, en somme – et en pé­riode de grippe, la pro­ba­bi­li­té de s’in­fec­ter aug­mente net­te­ment. C’est aus­si pour ça que les gens qui se rongent les ongles ont sou­vent mau­vaise ha­leine…» Pa­ra­no, le doc­teur Sald­mann? «Non, c’est sim­ple­ment du bon sens. Avec quelques règles d’hy­giène simples à suivre, on se­ra moins sou­vent ma­lade et, sur­tout, on de­vra moins uti­li­ser d’an­ti­bio­tiques.»

Pour Laurence Senn, tou­te­fois, in­utile de faire dans l’alar­misme. «Une per­sonne en bonne san­té n’au­ra pas be­soin de por­ter de masque ou de se fric­tion­ner les mains avec une so­lu­tion al­coo­lique toutes les heures. C’est évi­dem­ment dif­fé­rent pour quel­qu’un qui est en trai­te­ment de chi­mio­thé­ra­pie, contre le can­cer, ou souffre d’un pro­blème de san­té chro­nique.»

L’al­cool ré­chauffe

Non, non et non. Nos ex­perts sont for­mels. S’en­voyer un verre de schnaps va au fi­nal avoir l’ef­fet in­verse. L’al­cool in­duit une va­so­di­la­ta­tion, qui en­traî­ne­ra une im­pres­sion de vague de cha­leur en sur­face – l’ef­fet joues roses – avant de nous conduire à avoir en­core plus froid. «Le con­seil se­rait plu­tôt de boire beau­coup d’eau, ou autres bois­sons non al­coo­li­sées, in­siste Fré­dé­ric Sald­mann. Car on ou­blie sou­vent de boire suf­fi­sam­ment en hi­ver, du coup la déshy­dra­ta­tion guette, avec l’in­évi­table coup de pompe.»

Le froid conserve

Le froid n’est pas un en­ne­mi. La preuve? Fré­dé­ric Sald­mann men­tionne dans son ou­vrage une étude qui dé­montre que les cen­te­naires ont une tem­pé­ra­ture cor­po­relle plus basse que la moyenne. Une consta­ta­tion confir­mée en la­bo­ra­toire: en di­mi­nuant d’un de­mi-de­gré la tem­pé­ra­ture d’une sou­ris, elle gagne de 15 à 20% d’es­pé­rance de vie. La tem­pé­ra­ture cor­po­relle hu­maine moyenne os­cille entre 36,5 et 37,5 de­grés. «Si vous vous si­tuez dans la tranche basse, c’est une bonne nou­velle.»

L’écharpe ne sert à rien

«Mets ton bon­net pour jouer de­hors, ou tu vas tom­ber ma­lade.» On a tous en­ten­du cette phrase, pro­non­cée à in­ter­valles ré­gu­liers par un père ou une grand-mère. Or, si ce n’est pas le froid en lui-même qui rend ma­lade, il faut tou­te­fois… prendre des gants avec cette af­fir­ma­tion. «Un en­fant sans bon­net, c’est un peu comme un adulte torse nu au ni­veau de la dé­per­di­tion de cha­leur», lâche Fré­dé­ric Sald­mann. Des cher­cheurs de l’uni­ver­si­té

Yale, aux États-unis, lui donnent rai­son. En ob­ser­vant plus par­ti­cu­liè­re­ment le rhi­no­vi­rus – le prin­ci­pal res­pon­sable du rhume – ils ont re­mar­qué qu’il se dé­ve­loppe plus fa­ci­le­ment lorsque les ca­vi­tés na­sales sont «au frais». En gros, lors­qu’il fait 33 de­grés dans nos na­rines, le rhume s’in­vite plus fa­ci­le­ment. Donc oui, met­tez votre écharpe.

«J’ai eu une pe­tite grippe»

Qui n’a pas un voi­sin, un col­lègue ou un ami qui a été ab­sent 2 ou 3 jours et qui, en re­ve­nant, an­nonce à la can­ton­née «oh, j’ai eu une pe­tite grippe». Or une grippe dure plus long­temps. «Quand on a vrai­ment eu une grippe, on s’en sou­vient, et on se rap­pelle très bien ce qu’on fai­sait et où on était quand on a com­men­cé à être ma­lade», as­sure Laurence Senn. De ma­nière gé­né­rale, l’ar­ri­vée de la grippe se fait entre Noël et fin jan­vier. Au­jourd’hui, le seuil épi­dé­mique est clai­re­ment at­teint, mais d’autres vi­rus cir­culent si­mul­ta­né­ment, avec des symp­tômes sou­vent plus lé­gers, mais qui peuvent «mi­mer» un état grip­pal.

Dor­mir, le meilleur des re­mèdes

Plus la dette de som­meil est éle­vée, plus le dan­ger de contrac­ter une grippe aug­mente. Ou quand le bon sens re­joint les ré­sul­tats d’une étude me­née par des cher­cheurs de Ca­li­for­nie et de Penn­syl­va­nie. En gros, dor­mir moins de 7 heures mul­ti­plie par 3 le risque d’être grip­pé, car le sys­tème im­mu­ni­taire est af­fai­bli. «Mais la bonne nou­velle dé­cou­verte par ces cher­cheurs est que de faire une grasse ma­ti­née – au moins 9 heures de som­meil – le wee­kend re­met les comp­teurs à zé­ro», ras­sure Fré­dé­ric Sald­mann. Le nez bou­ché vous em­pêche de pas­ser une nuit ré­pa­ra­trice? Avant de vous je­ter sur des gouttes na­sales, pas ano­dines, ten­tez le tuyau de l’ex­pert: man­gez épi­cé (pi­ments, ha­ris­sa) et gar­ga­ri­sez-vous avec de l’eau ga­zeuse sa­lée pour net­toyer le fond de la gorge et les amyg­dales.

Le­ver le coude

C’est peut-être un dé­tail pour vous, mais pour la mé­de­cin Laurence Senn, ce geste peut en faire beau­coup: «Il est for­te­ment re­com­man­dé aux per­sonnes ma­lades de ne pas tous­ser ou éter­nuer dans la main, mais dans le pli du coude en l’ab­sence de mou­choirs sous la main.» Un con­seil qui fait d’ailleurs par­tie des cinq me­sures de base pré­co­ni­sées par l’of­fice fé­dé­ral de la san­té pu­blique (OFSP), au même titre que la vac­ci­na­tion ou le la­vage des mains.

Za­cha­ry Scott/get­ty Images

L’open space, un pa­ra­dis pour les vi­rus hi­ver­naux. Gare au col­lègue qui tousse ou éter­nue…

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