Sa­gesse

Le Matin Dimanche - - PSYCHOLOGIE - Par Ro­sette Po­let­ti

«J’ai beau­coup de souf­france vé­cue et non re­con­nue à ce jour, j’ai en­vie de crier à l’aide au monde en­tier. Lâ­cher prise oui, mais quand l’in­jus­tice et la ma­la­die ne sont pas re­con­nues, c’est im­pos­sible. Mal­gré le temps qui passe, j’ai tou­jours au­tant de co­lère et de rage.»

Après avoir lu votre mes­sage, chère cor­res­pon­dante, une image m’est ve­nue: je vous ima­gi­nais dans une pri­son, en train de se­couer avec co­lère les bar­reaux de la fe­nêtre sans vous rendre compte que la clé était à la porte, que vous pou­viez l’at­teindre. L’image se­rait en­core plus adap­tée si l’on ima­gi­nait plu­sieurs clés à trou­ver, pla­cée l’une sur l’autre dans des ser­rures le long de la porte. Ces clés sont à votre por­tée, vous pou­vez ou­vrir la porte si vous le dé­si­rez.

Vous pou­vez aus­si conti­nuer à rê­ver votre vie plu­tôt qu’à la vivre. Le choix vous ap­par­tient. Le pro­blème, c’est que le temps passe et que vous res­tez dans votre pri­son. Quelles sont les clés qui per­met­traient de re­joindre le cou­rant de la vie?

La pre­mière, c’est l’ac­cep­ta­tion de ce qui est! Le monde et la vie ne sont pas «justes». Cer­tains ont plus, cer­tains sont «re­con­nus» et d’autres pas, la vie n’est pas un jar­din de roses ni un fleuve tran­quille. La ma­la­die touche les uns, pas les autres… Alors on peut res­sen­tir de la frus­tra­tion, de la co­lère à réa­li­ser que nos be­soins et nos dé­si­rs ne sont pas sa­tis­faits, c’est une ré­ac­tion «nor­male». Il peut y avoir une éner­gie dans la co­lère dont on peut se ser­vir si on la contrôle. Ce­pen­dant à long terme, la co­lère et la rage sont in­utiles et mêmes no­cives pour soi­même et pour son en­vi­ron­ne­ment.

Comme l’écrit le phi­lo­sophe Jeanyves Le­loup: «Il n’y a pas d’autre réa­li­té que la réa­li­té!» Il faut faire avec.

Tout ce­la est plus simple à écrire qu’à vivre, j’en conviens! Pour­tant, pas à pas, il est pos­sible de sor­tir de cette pri­son que consti­tuent la co­lère et la rage chro­nique.

Sor­tir de la pri­son et avan­cer sur le che­min de la paix in­té­rieure 1. S’ac­cep­ter soi-même, in­con­di­tion­nel­le­ment. Nous sommes la per­sonne que nous sommes, avec ses émo­tions, ses im­per­fec­tions, sa vul­né­ra­bi­li­té. Sur­tout lors­qu’on a souf­fert, il est im­por­tant de se don­ner de la com­pas­sion. Kris­tin Neff, pion­nière des re­cherches dans ce do­maine re­com­mande d’être cha­leu­reux et com­pré­hen­sif en­vers soi-même dans les mo­ments dou­lou­reux, dans les mo­ments d’échec, de co­lère. Il est in­utile de com­battre ou nier le stress ou la frus­tra­tion, il convient plu­tôt de s’ac­cep­ter sans se cri­ti­quer.

2. Re­con­naître son hu­ma­ni­té. La souf­france, l’échec font par­tie de l’ex­pé­rience hu­maine et cette ex­pé­rience est par­ta­gée par toute l’hu­ma­ni­té. Nos pen­sées, nos émo­tions, nos com­por­te­ments sont af­fec­tés par des fac­teurs «ex­ternes»: l’his­toire de la fa­mille, la culture, la re­li­gion, les fac­teurs gé­né­tiques et en­vi­ron­ne­men­taux, ain­si que par les at­tentes des autres. Cette re­con­nais­sance aide à être moins cri­tique en­vers soi-même.

3. La pleine pré­sence. Il s’agit d’ob­ser­ver nos pen­sées et émo­tions né­ga­tives alors qu’elles sur­gissent, sans les nier ou les ju­ger, puis de les lais­ser s’en al­ler.

4. In­ten­si­fier ses re­la­tions avec les autres. Les re­cherches dans ce do­maine dé­montrent que la fré­quen­ta­tion d’amis choi­sis avec les­quels on se sent en har­mo­nie et en confiance aug­mente le ni­veau de san­té, pro­tège le fonc­tion­ne­ment du cer­veau et aug­mente la joie (Ro­bert Wal­din­ger). L’im­por­tant c’est d’avoir des gens à ai­mer et de se sen­tir ai­mé. Ce n’est pas le nombre d’amis qui compte, mais la qua­li­té des re­la­tions que l’on en­tre­tient avec eux.

5. On peut aus­si écrire, tous les soirs, 5 choses pour les­quelles on res­sent de la gra­ti­tude, ce qui amé­liore notre être in­té­rieur.

6. Le plus im­por­tant: ces­ser de s’ac­cro­cher. Tout passe, même nos co­lères et nos rages, alors pour­quoi ne pas tour­ner la page sans at­tendre? Ca­mus écri­vait: «Il faut créer du bon­heur pour pro­tes­ter contre l’uni­vers de mal­heur.»

7. Vous pou­vez aus­si des­si­ner votre bles­sure. Don­nez une forme, une cou­leur, des di­men­sions, un nom à votre bles­sure. Pre­nez le temps qu’il vous faut pour faire ce des­sin. Puis dé­chi­rez-le et je­tez-le en ima­gi­nant que votre res­sen­ti­ment et votre bles­sure s’en vont en même temps.

8. Si le sou­ve­nir des in­jus­tices et souf­frances re­vient dans la jour­née. Po­sez votre main sur votre coeur, ins­pi­rez, puis ex­pi­rez en émet­tant le son: «Ahah!» de toutes vos forces, tout en ima­gi­nant que vous vous dé­bar­ras­sez de toutes vos «bles­sures», en les éva­cuant vers l’ex­té­rieur. Ré­pé­tez cet exer­cice 10 fois et res­sen­tez le bien-être qu’il ap­porte.

Tout ce qui précède peut être utile pour cer­taines per­sonnes et pas pour d’autres. Je sou­hai­te­rais tel­le­ment que vous puis­siez trou­ver la paix in­té­rieure et en­fin vivre! (Si c’est votre dé­sir.) J’aime le pro­verbe qui dit: «Lâ­cher prise du res­sen­ti­ment, de la co­lère, des ran­cunes, c’est sim­ple­ment en­voyer une lettre de congé à quel­qu’un qui ha­bite votre mé­moire sans payer le loyer!»

À vous, chère cor­res­pon­dante, je sou­haite l’apai­se­ment et à cha­cun de vous, amis lec­teurs, une très belle se­maine.

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