Les hé­rons cen­drés se mul­ti­plient en Suisse

Après avoir fait la paix avec l’homme qui l’a long­temps chas­sé, l’échas­sier coule des jours heu­reux en Suisse. Sa po­pu­la­tion y a crû d’en­vi­ron un tiers ces vingt­cinq der­nières an­nées.

Le Matin Dimanche - - FRONT PAGE - VIR­GI­NIE MA­RET vir­gi­nie.ma­[email protected]­ma­tin­di­manche.ch

Le nombre de ces oi­seaux, qui ont long­temps été chas­sés, est dé­sor­mais en aug­men­ta­tion. Leur po­pu­la­tion a crû d’en­vi­ron un tiers, ces vingt-cinq der­nières an­nées.

«Le hé­ron cen­dré souffre des pé­riodes pro­lon­gées de froid qui lui de­mandent un ap­port éner­gé­tique im­por­tant» So­phie Ja­quier, Sta­tion or­ni­tho­lo­gique de Sem­pach (LU)

Sa sil­houette haute, droite et élé­gante est re­con­nais­sable au pre­mier coup d’oeil. Dans les champs aux abords des routes du pla­teau suisse, le hé­ron cen­dré ob­serve les en­vi­rons de son oeil jaune ai­gui­sé, per­ché sur ses longues pattes, et sa­lue po­li­ment les pro­me­neurs de pas­sage.

Il faut dire que cet échas­sier au plu­mage ar­gen­té se plaît sous nos la­ti­tudes. À la mi­jan­vier, on dé­nom­brait en­vi­ron 1570 hé­rons dis­sé­mi­nés entre la ré­gion lé­ma­nique et le lac de Constance, en pas­sant par le Va­lais ou le Tes­sin. C’est 30% de plus qu’à la même pé­riode il y a vingt-cinq ans.

Moins de gel

Pour la Sta­tion or­ni­tho­lo­gique suisse de Sem­pach (LU), qui s’oc­cupe de re­cen­ser les oi­seaux grâce à une com­mu­nau­té d’ob­ser­va­teurs bé­né­voles, la hausse de ces vo­la­tiles du­rant le mois de jan­vier ces der­nières an­nées s’ex­pli­que­rait par le fait que les hi­vers sont plus chauds. «Le hé­ron cen­dré vit en par­ti­cu­lier dans les zones hu­mides, près des lacs et des cours d’eau. Il souffre des pé­riodes pro­lon­gées de froid qui lui de­mandent un ap­port éner­gé­tique im­por­tant», ex­plique So­phie Ja­quier, col­la­bo­ra­trice à la Sta­tion or­ni­tho­lo­gique. Les tem­pé­ra­tures hi­ver­nales étant plus éle­vées que d’or­di­naire, les étangs ne gèlent pas et per­mettent ain­si aux hé­rons d’y pê­cher des pois­sons et des am­phi­biens dont ils sont friands. Sans gel, les pe­tits ani­maux tels que les cam­pa­gnols ou les vers de terre leur sont aus­si plus ac­ces­sibles dans les prai­ries.

Les oi­seaux pré­sents en hi­ver sont en par­tie ceux qui nichent toute l’an­née en Suisse, mais aus­si ceux ve­nus des pays voi­sins comme l’al­le­magne. Le ter­ri­toire d’un hé­ron est en ef­fet peu éten­du, car c’est un oi­seau mi­gra­teur par­tiel qui fait ra­re­ment plus de 500 ki­lo­mètres. En Eu­rope, sa po­pu­la­tion est es­ti­mée entre 210 000 et 290 000 in­di­vi­dus.

Un oi­seau pas ran­cu­nier

Dans la my­tho­lo­gie égyp­tienne, le hé­ron in­car­nait la di­vi­ni­té Bé­nou, un oi­seau ado­ré re­pré­sen­tant l’âme du dieu so­laire Rê. Dans d’autres cultures, il était par­fois as­so­cié à la di­vi­na­tion en rai­son de son cri rude et râ­peux.

Chez nous, au contraire, il a long­temps été consi­dé­ré comme un nui­sible pour les pê­cheurs. Ce cou­sin de la ci­gogne a donc été vio­lem­ment per­sé­cu­té jus­qu’au dé­but du XXE siècle. Puis­qu’il a l’ha­bi­tude de ni­cher en co­lo­nie, le hé­ron cen­dré fut une cible fa­cile à ti­rer et sa po­pu­la­tion di­mi­nua si for­te­ment qu’il fut pla­cé sur la liste des es­pèces à pro­té­ger en 1926. L’homme a alors pro­gres­si­ve­ment ces­sé de le chas­ser et de cou­per les arbres dans les­quels il niche.

Seul le can­ton de Fri­bourg fai­sait fi­gure d’ex­cep­tion en con­ti­nuant à au­to­ri­ser le tir de hé­rons pour les pis­ci­cul­teurs jus­qu’en 2009. Ces der­niers, aga­cés de voir ré­gu­liè­re­ment une par­tie de leurs pois­sons s’en­vo­ler dans le bec de l’oi­seau un peu trop gour­mand, en tuaient en­vi­ron 140 chaque an­née, se­lon le Cercle or­ni­tho­lo­gique de Fri­bourg. Mais les mi­lieux de pro­tec­tion des ani­maux n’avaient pas tar­dé à ré­agir et fait re­cours à cette au­to­ri­sa­tion de tir. De­puis l’in­ter­dic­tion de la chasse, la po­pu­la­tion de l’échas­sier cha­par­deur s’est ré­ta­blie len­te­ment mais sû­re­ment.

Le hé­ron cen­dré semble avoir per­du sa peur de l’homme et s’aven­ture tou­jours plus sou­vent dans les ré­gions ha­bi­tées où de pe­tits étangs rem­plis de pois­sons et de gre­nouilles sont amé­na­gés dans les jar­dins et es­paces verts.

Istock

La po­pu­la­tion eu­ro­péenne de hé­rons cen­drés os­cil­le­rait entre 210 000 et 290 000 in­di­vi­dus.

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