Il y a bien­tôt trente ans, Die­go Ma­ra­do­na bu­tait sur Wet­tin­gen

Zu­rich dé­fie Naples cette G se­maine en Ligue Eu­ro­pa. En oc­tobre 1989, le grand club, alors au dia­pa­son de Die­go Ma­ra­do­na, était te­nu en échec par le pe­tit Wet­tin­gen.

Le Matin Dimanche - - CHRONIQUES - RO­BIN CARREL ro­[email protected]­ma­tin­di­manche.ch

Di­manche der­nier, alors que les deux divisions pro­fes­sion­nelles du foot­ball suisse re­pre­naient leur cham­pion­nat, le FC Wet­tin­gen était at­ten­du à 13 heures sur la pe­louse syn­thé­tique de Schlie­ren, quelques ki­lo­mètres plus à l’est. La par­tie a été re­por­tée en rai­son de la neige et, fi­na­le­ment, ce n’était pas si grave, car le dé­but des hos­ti­li­tés of­fi­cielles en 2e ligue in­ter est le 16 mars. L’équipe de cette ci­té de 20 000 ha­bi­tants, lo­ca­taire du vé­né­rable Stade Al­ten­burg, est dé­sor­mais loin du haut ni­veau qu’elle avait connu dans les 80s avec son my­thique maillot «Bla­cky» bleu, blanc et noir. Elle avait même tu­toyé les étoiles. C’était il y a presque trente ans, en oc­tobre 1989, avant de faire faillite et de dis­pa­raître dans les divisions inférieures quatre ans plus tard.

Le match du siècle à Zu­rich

À l’époque, ce sont Ma­ra­do­na, Alemão, Fer­ra­ra, Ca­re­ca et com­pa­gnie qui avaient fou­lé la pe­louse du Let­zi­grund. Rien que ça. «C’était le match du siècle pour nous. Une par­tie ex­tra­or­di­naire pour la ville», se rap­pelle Mar­tin Rue­da, 26 ans à l’époque, qui avait eu le re­dou­table hon­neur de conte­nir les as­sauts na­po­li­tains dans un stade de Zu­rich ré­qui­si­tion­né pour l’oc­ca­sion. «J’avais dé­jà dé­fié le Real Ma­drid avec Xa­max. Je connais­sais un peu le contexte. Mais ça fai­sait drôle», rem­bo­bine Mau­ri­zio Ja­co­bac­ci, contem­po­rain de Rue­da, et dont le père ve­nait de la ré­gion na­po­li­taine. «On y croyait quand même, parce qu’on avait une belle équipe! Dan Cor­ne­lius­son, qui ve­nait de Côme, Jan Svens­son, de Franc­fort, Jörg Stiel, dont on connaît la car­rière… On se di­sait que pas mal de choses étaient pos­sibles.»

Buts man­qués et pe­nal­ty ima­gi­naire

«C’est presque une règle en foot­ball: à chaque fois que les joueurs d’une pe­tite équipe af­frontent un club pres­ti­gieux, ils font le match de leur vie. Ce fut le cas», nous confiait il y a quelques an­nées Alberto Bi­gon, alors à la tête du Na­po­li. L’en­traî­neur avait eu fin nez, car les «pe­tits Suisses» ont te­nu le 0-0 dans leur mai­son, pour le plus grand bon­heur des 13 000 spec­ta­teurs. Ce nul a lais­sé une fe­nêtre de tir, d’au­tant qu’une em­brouille a pri­vé Ma­ra­do­na de match re­tour. «El Pibe de Oro» a même quit­té le stade, de rage, une ving­taine de mi­nutes avant le coup d’en­voi.

À Naples, la par­tie com­mence comme dans un rêve, avec un but de vo­lée du Da­nois Brian Ber­tel­sen sur un coup franc ve­nu de la droite, dès le pre­mier quart d’heure. «C’est en­suite qu’on s’est bat­tus nous-mêmes, peste en­core Rue­da. On a eu la chance d’ar­ri­ver deux ou trois fois seuls de­vant le gar­dien. Il au­rait fal­lu mar­quer! Tu mets le 0-2, tu passes. C’était de notre faute. On au­rait pu mar­quer l’his­toire.» Ja­co­bac­ci confirme: «On avait eu de belles oc­ca­sions, man­qué une fois le but vide. Vu comme on était bien en place, ils n’en au­raient ja­mais mar­qué trois.»

À l’époque en­core plus qu’au­jourd’hui, il n’était pas simple de s’im­po­ser dans un tel contexte et les dé­ci­sions dé­fa­vo­rables al­laient vite s’en­chaî­ner. Sur­tout de­vant les 48 000 ti­fo­sis du my­thique San Pao­lo. Deux mi­nutes après le thé, Mar­co Ba­ro­ni met un coup de tête qu’un co­équi­pier pousse au fond. Pas de hors-jeu, pour­tant évident. In­croyable. Le pire est à ve­nir. À l’en­tame des quinze der­nières mi­nutes, Mas­si­mo Mau­ro éli­mine un dé­fen­seur, avant de s’em­pa­ler sur Ro­land Häu­ser­mann. «Cal­cio di ri­gore», comme on dit là­bas. Ce­lui qui com­mente do­ré­na­vant pour la Rai 2 trans­forme la sanc­tion su­prême. «Ah, s’il y avait eu le VAR!» re­grette Rue­da. «Il n’y avait pas pe­nal­ty, c’est clair, ajoute Ja­co­bac­ci. Mais on a vu le pu­blic nous ap­plau­dir au dé­part de notre car, parce qu’il sa­vait ce qu’il ve­nait de se pas­ser…»

Ne pas avoir peur

De­ve­nus tous deux en­traî­neurs par la suite, Rue­da et Ja­co­bac­ci ne veulent sur­tout pas don­ner de le­çons à Lu­do­vic Ma­gnin, pour la ren­contre de Ligue Eu­ro­pa de jeu­di, entre son FCZ et l’ac­tuel dau­phin de la Juve en Se­rie A. «Il fau­dra oser! Mon­trer du cou­rage et sai­sir cette chance, mar­tèle Mar­tin Rue­da. Nous, il nous man­quait de l’ex­pé­rience, alors que le FCZ a un vrai CV eu­ro­péen. Ce n’est pas le pe­tit Wet­tin­gen.» Mau­ri­zio Ja­co­bac­ci, en né­go­cia­tions pour ob­te­nir une in­vi­ta­tion au stade, n’en pense pas moins: «Zu­rich ne de­vra pas avoir peur et y al­ler au cu­lot pour ne pas, comme nous, lais­ser pas­ser le train.» Et comme le VAR en­tre­ra op­por­tu­né­ment en vi­gueur à l’oc­ca­sion de cette ren­contre…

«À Naples, on a vu le pu­blic nous ap­plau­dir au dé­part du bus, parce qu’il sa­vait ce qu’il ve­nait de se pas­ser» Mar­tin Rue­da, an­cien dé­fen­seur du FC Wet­tin­gen

Keys­tone/str

Mar­cel Hel­mann, Pe­ter Sche­pull et Mar­tin Rue­da ont mu­se­lé «El Diez» lors de son pas­sage au Let­zi­grund.

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