La mé­moire de la dou­leur change se­lon le sexe

Le Matin Dimanche - - BIEN VIVRE -

Les hommes se ré­vèlent plus vul­né­rables que les femmes face à la souf­france phy­sique lorsque celle-ci se re­pro­duit.

ex­pé­rience. Les hommes sou­mis au même trai­te­ment dans une autre pièce, le deuxième jour, n’ont pas res­sen­ti de stress par­ti­cu­lier.

Les femmes, elles, ne se sont mon­trées ni par­ti­cu­liè­re­ment stres­sées lors­qu’elles se sont re­trou­vées dans le même lieu, ni lors­qu’on les a em­me­nées dans un en­droit dif­fé­rent (alors qu’elles sa­vaient, dans les deux cas, ce qui les at­ten­dait). Si les scien­ti­fiques ca­na­diens s’at­ten­daient à ce que la sen­si­bi­li­té à la dou­leur soit plus éle­vée lors de la se­conde ex­pé­rience, ils ne pen­saient pas trouver un tel dé­ca­lage entre les sexes.

Les hor­mones y sont cer­tai­ne­ment pour quelque chose. Sou­mises à la même ex­pé­rience par l’équipe de Jef­frey Mo­gil, des sou­ris mâles cas­trées n’ont mon­tré au­cune hy­per­sen­si­bi­li­té à la dou­leur. «Mais les hor­mones ne consti­tuent que le «comment», pré­cise le cher­cheur. Quant au «pour­quoi», nous ne pou­vons qu’émettre des hy­po­thèses. J’en vois deux. D’abord, on sait que les femmes ont, de ma­nière gé­né­rale, plus d’ex­pé­rience avec la dou­leur. En moyenne, une jeune femme d’une ving­taine d’an­nées a dé­jà souf­fert plus fré­quem­ment de mi­graines, de dou­leurs ab­do­mi­nales qu’un jeune homme du même âge, qui, lui, se se­ra peut-être bles­sé en fai­sant du sport, mais à part ça…» En d’autres termes, la dou­leur se­rait moins fa­mi­lière pour les hommes qui, du coup, s’en sou­vien­draient de ma­nière plus vive lors­qu’elle les frappe. «Pour la se­conde hy­po­thèse, voyons les choses en termes d’évo­lu­tion, pour­suit Jef­frey Mo­gil. On peut consi­dé­rer que les hommes, du­rant l’his­toire de l’hu­ma­ni­té, ont ac­cu­mu­lé plus d’ex­pé­riences de dou­leurs trau­ma­tiques, cau­sées no­tam­ment par des mor­sures d’ani­maux sau­vages ou par des flèches. Ces dou­leurs sont as­so­ciées à un lieu spé­ci­fique, l’en­droit où s’est pro­duite l’at­taque, con­trai­re­ment aux dou­leurs dont souffrent le plus fré­quem­ment les femmes, qui sur­viennent là où la per­sonne se trouve. Re­lier une dou­leur à un en­droit n’est donc peut-être pas aus­si per­ti­nent pour une femme que pour un homme.»

Le rôle de la mé­moire

Ces tests réa­li­sés par l’uni­ver­si­té Mcgill sur les 41 hommes et 38 femmes qui ont ac­cep­té de se faire mal­me­ner pour la science mettent ain­si en lu­mière le rôle de la mé­moire dans le res­sen­ti de la dou­leur. Au-de­là des dif­fé­rences entre sexes, les ré­sul­tats ob­te­nus sug­gèrent qu’en plus de trai­ter di­rec­te­ment les souf­frances phy­siques, on pour­rait en­vi­sa­ger d’agir sur les sou­ve­nirs. Par­mi les sou­ris uti­li­sées dans le cadre de l’ex­pé­rience ca­na­dienne, cer­taines ont d’ailleurs re­çu par in­jec­tion une mo­lé­cule ca­pable d’ef­fa­cer leur mé­moire (un in­hi­bi­teur de la pro­téine ki­nase M-ze­ta ap­pe­lé ZIP). Pri­vés du sou­ve­nir de leur souf­france du pre­mier jour, les ron­geurs mâles ne se sont pas mon­trés plus sen­sibles à la dou­leur le len­de­main, à la dif­fé­rence de leurs congé­nères du même sexe. «Il est im­pen­sable d’uti­li­ser la même sub­stance sur des hu­mains, note Jef­frey Mo­gil. Par contre, il en existe d’autres, comme le pro­ra­no­lol (ndlr: mo­lé­cule pou­vant neu­tra­li­ser la mé­moire amyg­da­lienne, si­gnal d’alerte, qui sus­cite un in­té­rêt dans le trai­te­ment du stress post­trau­ma­tique), ain­si que des psy­cho­thé­ra­pies, qui peuvent ai­der à re­pro­gram­mer la mé­moire.»

Rus­sell­crea­tive

Du­rant une ex­pé­rience me­née par des cher­cheurs ca­na­diens, les hommes se sont mon­trés plus sen­sibles que les femmes lors­qu’on leur in­fli­geait, pour la se­conde fois, la même souf­france phy­sique.

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