Sa­gesse

Cette se­maine, nous re­layons un e-mail d’une re­trai­tée, bé­né­vole de longue date. Elle se ré­volte contre les gens qui, bien qu’ai­sés fi­nan­ciè­re­ment, pro­fitent des ser­vices d’aide ou de sou­tien of­ferts par les as­so­cia­tions sans rien dé­bour­ser.

Le Matin Dimanche - - PSYCHOLOGIE - Par Ro­sette Po­let­ti

«Ce­la fait plu­sieurs an­nées que je fais du bé­né­vo­lat. J’ai tou­jours consi­dé­ré que c’était un de­voir de so­li­da­ri­té. À la re­traite de­puis trois ans, j’ai beau­coup de dif­fi­cul­tés sur le plan fi­nan­cier. L’autre soir, alors que je fai­sais quelques heures de veille au­près d’une per­sonne en fin de vie, dans le cadre de l’as­so­cia­tion qui «m’em­ploie» bé­né­vo­le­ment, j’ai tout à coup été prise d’un sen­ti­ment de ré­volte. J’étais là, au­près d’une per­sonne qui avait de bien plus grands moyens fi­nan­ciers que moi, lui «of­frant» ma pré­sence, mon em­pa­thie, alors qu’elle et sa fa­mille au­raient par­fai­te­ment pu ré­mu­né­rer quel­qu’un pour cette pres­ta­tion. Les hé­ri­tiers, à son dé­cès, n’au­ront qu’à se par­ta­ger son hé­ri­tage, et moi, je conti­nue­rai à ti­rer le diable par la queue. Alors ce soir-là, j’ai dé­ci­dé d’ar­rê­ter mon bé­né­vo­lat dans cette as­so­cia­tion, je ne veux plus sup­por­ter cette in­jus­tice. Je m’in­ves­ti­rai avec les Car­tons du coeur ou quelque chose comme ça, où l’on sert des gens qui en ont vrai­ment be­soin.»

Des at­tentes et des pro­blèmes

Ce mail ex­prime ce que j’ai sou­vent en­ten­du. Être bé­né­vole, c’est vou­loir of­frir un peu de son temps et de ses com­pé­tences, cher­cher à être so­li­daire, dé­ci­der de s’ou­vrir à d’autres, vou­loir ap­prendre et gran­dir.

Il en existe des milliers de ma­nières: dans le sport, la vie so­ciale et ar­tis­tique, les re­li­gions, la san­té, l’aide aux ré­fu­giés, aux en­deuillés, aux proches ai­dants, aux en­fants dé­fa­vo­ri­sés, aux bles­sés (Sa­ma­ri­tains), aux ani­maux, aux pays du tiers monde, aux fê­tards (Nez Rouge), etc. La grande ma­jo­ri­té de ceux qui s’in­ves­tissent se disent sa­tis­faits de leur en­ga­ge­ment, sou­lignent le fait qu’ils peuvent dé­ve­lop­per de nou­velles com­pé­tences, ren­con­trer d’autres gens, meu­bler leur so­li­tude, don­ner du sens à leur vie.

Mais des pro­blèmes sont par­fois évo­qués, dont les plus cou­rants:

La bu­reau­cra­ti­sa­tion Cer­taines as­so­cia­tions font rem­plir des for­mules sem­blables à des contrats de tra­vail, exigent une ré­gu­la­ri­té et des pres­ta­tions mi­ni­mums. Cette ten­dance qui fait pen­ser à une sorte de pro­fes­sion­na­li­sa­tion du bé­né­vo­lat dé­cou­rage de nom­breux can­di­dats et ouvre la ques­tion d’une forme de ré­tri­bu­tion. Le manque de cha­leur hu­maine Par­fois cette bu­reau­cra­ti­sa­tion est me­née à bien par des pro­fes­sion­nels qui ne réa­lisent pas que ce qui est im­por­tant pour un bé­né­vole, c’est d’être ac­cueilli avec cha­leur, va­lo­ri­sé, re­con­nu. Dans un autre cour­rier, une bé­né­vole d’ac­com­pa­gne­ment ac­tive dans une as­so­cia­tion de­puis de nom­breuses an­nées ra­con­tait qu’au­cun res­pon­sable n’avait pris de ses nou­velles alors qu’elle était gra­ve­ment ma­lade.

Le manque de re­con­nais­sance Le bé­né­vole a aus­si be­soin d’ap­par­te­nir, d’être in­for­mé, sou­te­nu, écou­té, en­cou­ra­gé. Le «pro­blème fi­nan­cier» tel que l’évoque dans son cour­rier notre cor­res­pon­dante en dé­but d’ar­ticle.

Cer­tains bé­né­voles peinent à com­prendre pour­quoi on offre de la pré­sence, des tra­jets à des per­sonnes fi­nan­ciè­re­ment très à l’aise alors que soi-même on a de gros pro­blèmes ma­té­riels. Peut-être fau­drait-il prendre soin de soi d’abord, trouver des moyens de com­plé­ter sa re­traite, ou se for­mer pour in­ter­ve­nir dans des struc­tures qui ré­tri­buent leurs in­ter­ve­nants comme Proxy ou les Al­za­mi, l’as­so­cia­tion Alz­hei­mer.

Re­con­naître l’ac­tion bé­né­vole

En Suisse, on com­mence à re­con­naître que cer­taines fonc­tions bé­né­voles ap­portent de nou­velles com­pé­tences à ceux qui les exercent, qui peuvent être bé­né­fiques à l’en­tre­prise qui les em­ploie. As­su­mer une pré­si­dence d’as­so­cia­tion, or­ga­ni­ser des congrès, spec­tacles, cours, te­nir la tré­so­re­rie d’un groupe, toutes ces ac­tions peuvent être très utiles à un em­ployeur. Pour­tant, ré­cem­ment, un jeune soi­gnant qui sol­li­ci­tait qu’on change son jour de congé pour or­ga­ni­ser un congrès dans l’as­so­cia­tion qu’il pré­side s’est en­ten­du ré­pondre: «Votre tra­vail ici est à 100%, ce que vous faites à l’ex­té­rieur est se­con­daire!» Un jour vien­dra peut-être où l’on pren­dra en compte ce type d’ex­pé­riences et où, ceux qui exercent des res­pon­sa­bi­li­tés dans le monde du bé­né­vo­lat pour­ront sans crainte faire fi­gu­rer leurs res­pon­sa­bi­li­tés as­so­cia­tives dans leur CV.

L’ave­nir du bé­né­vo­lat

La so­cié­té évo­lue, le bé­né­vo­lat aus­si. Les struc­tures de bé­né­vo­lat ont sou­vent per­çu des be­soins, y ont ré­pon­du, puis l’état a réa­li­sé à quel point leur ac­tion était im­por­tante et a pris en charge ces pres­ta­tions, dans les do­maines de l’édu­ca­tion, de la san­té, des proches ai­dants, par exemple. Mais il faut que ceux qui «gèrent» ces or­ga­ni­sa­tions se sou­viennent que les bé­né­voles aus­si sont des per­sonnes qui, peut-être, tra­versent de grandes épreuves dans leur vie et ont be­soin d’au­tant de bien­veillance et consi­dé­ra­tion que les bé­né­fi­ciaires qu’elles servent.

À vous, chère cor­res­pon­dante, et à cha­cun de vous, amis lec­teurs, je sou­haite une lu­mi­neuse se­maine!

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