Pour­quoi Neu­châ­tel se dé­peuple

Le Matin Dimanche - - SUISSE -

Neu­châ­tel, son lac, ses mon­tagnes, ses montres… et ses ha­bi­tants qui partent. Pour la se­conde an­née consé­cu­tive, le can­ton en­re­gistre une vé­ri­table sai­gnée de sa dé­mo­gra­phie. À la fin de l’an­née 2018, il avait per­du 1142 ha­bi­tants pour par­ve­nir à 176 720 per­sonnes. La Chaux-de-fonds fait par­ti­cu­liè­re­ment les frais de cette frap­pante éro­sion. «La Tchaux» perd 692 âmes. Pire, la ci­té hor­lo­gère des­cend du po­dium des villes ro­mandes. Elle passe de l’ho­no­ri­fique 3e place à la 4e, der­rière les villes de Fri­bourg, de Lau­sanne et de Ge­nève.

Tous les can­tons ro­mands ont vu leur po­pu­la­tion aug­men­ter l’an der­nier. Le can­ton de Vaud a même cé­lé­bré cette se­maine son 800000e ha­bi­tant. Pour les can­tons lé­ma­niques et Fri­bourg, les hausses avoi­sinent 1%. Elles sont plus mo­dé­rées, mais tout de même po­si­tives, en Va­lais et dans le Ju­ra (0,2%).

À Neu­châ­tel, ce n’est pas faute de soi­gner la com­mu­ni­ca­tion pour at­ti­rer les contri­buables. Que de su­per­la­tifs! Le Can­ton ré­pète à l’en­vi ses qua­li­tés ex­cep­tion­nelles: éco­no­mie «à la pointe de l’in­no­va­tion», dy­na­misme cultu­rel «foi­son­nant», une offre de for­ma­tion «ex­tra­or­di­naire», un cadre de vie «agréable, ac­cueillant et ou­vert au monde». En ré­su­mé, sur le pa­pier, c’est un pe­tit El­do­ra­do.

Re­tour au pays des Por­tu­gais

Qu’est-ce qui cloche, alors? Comment ex­pli­quer la fuite des Neu­châ­te­lois vers d’autres contrées? Par­ti­cu­liè­re­ment tou­chées par les flux, les au­to­ri­tés chaux-de-fon­nières ont sui­vi l’évo­lu­tion dé­mo­gra­phique mois après mois et ne se dé­clarent pas sur­prises.

C’est la po­si­tion de Ka­tia Ba­bey, pré­si­dente de La Chauxde-fonds. «Notre ville a tou­jours été mar­quée par les mou­ve­ments mi­gra­toires, et les re­tours au pays de res­sor­tis­sants por­tu­gais (181 en moins en 2018) ont for­te­ment in­fluen­cé ces chiffres, comme au Locle et au ni­veau can­to­nal.» La perte de la 3e place ro­mande est-elle un crè- ve-coeur? «Nous res­tons en­core et tou­jours sur le po­dium des plus hautes villes d’eu­rope, iro­nise-t-elle. Le «New York Times» a sa­lué La Tchaux dans une pleine page! Ce­la ne suf­fit pas en­core pour tordre le cou aux pré­ju­gés. Nous pour­sui­vrons notre in­las­sable tra­vail de pro­mo­tion.» La Chauxde-fonds en­vi­sage d’at­ti­rer de nou­veaux ha­bi­tants dans 500 ap­par­te­ments neufs sur le point d’être mis sur le mar­ché.

Le can­ton est le seul en Suisse ro­mande à avoir per­du des ha­bi­tants en 2018. La Chaux-de-fonds des­cend même du po­dium des villes.

«En­fer fis­cal»

La pré­si­dente de la ville de Neu­châ­tel, Ch­ris­tine Gaillard, n’est pas in­quiète pour les chiffres ré­cem­ment dé­voi­lés (ndlr: la ca­pi­tale a per­du 111 ha­bi­tants). «J’ai vé­cu à l’étran­ger, dans d’im­menses mé­tro­poles, du­rant plu­sieurs an­nées. Je re­ven­dique donc un re­gard as­sez neutre. Neu­châ­tel est un can­ton for­mi­dable. Ailleurs, d’autres villes de cette taille n’ont ja­mais au­tant d’offres, dans tous les do­maines.» Alors pour­quoi les gens partent? «Lorsque l’on dé­mé­nage, il n’y a ja­mais qu’une seule rai­son. Nous in­ter­ro­geons les per­sonnes au mo­ment de leur dé­part. Elles in­voquent un re­tour au pays, une nou­velle si­tua­tion pro­fes­sion­nelle ou une bonne af­faire im­mo­bi­lière.» Et l’«en­fer fis­cal» neu­châ­te­lois? «Très peu parlent des im­pôts.»

N’em­pêche, le can­ton, de­puis plu­sieurs an­nées, traîne le bou­let d’une ré­pu­ta­tion fis­cale in­fer­nale. «Oui, le ni­veau de la fis­ca­li­té des per­sonnes phy­siques est ef­fec­ti­ve­ment éle­vé, ad­met Jean-na­tha­naël Ka­ra­kash, conseiller d’état en charge de l’éco­no­mie. Nous souf­frons de plus en plus de l’image né­ga­tive que cette si­tua­tion provoque. Heu­reu­se­ment, la ré­forme de la fis­ca­li­té de­vrait être va­li­dée dans les pro­chaines se­maines.» Même s’il convient qu’il faut ra­pi­de­ment in­ver­ser la ten­dance, le so­cia­liste veut dé­dra­ma­ti­ser: «Notre éco­no­mie se dé­ve­loppe et crée des em­plois, le chô­mage est au plus bas de­puis dix ans et les fi­nances pu­bliques se re­dressent.»

Mais ce­la ne suf­fit pas. À cause des im­pôts éle­vés, les ha­bi­tants sont vo­lages. Et ils pré­fèrent s’éta­blir dans les can­tons voi­sins, no­tam­ment dans les com­munes ber­noises et fri­bour­geoises. Un vrai pro­blème pour Jean-na­tha­naël Ka­ra­kash: «Car notre po­pu­la­tion sup­porte le fi­nan­ce­ment des in­fra­struc­tures et des ser­vices, nos en­tre­prises créent les em­plois, et ce sont les can­tons voi­sins qui en­caissent les im­pôts cor­res­pon­dants.»

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