Bru­no Ganz, géant de la scène et du ci­né­ma, est mort

Le Matin Dimanche - - SUISSE - ÉLISABETH ECKERT

Le co­mé­dien zu­ri­chois est dé­cé­dé à 77 ans d’un can­cer de l’in­tes­tin. D’abord im­mense co­mé­dien de théâtre, il est de­ve­nu une star mon­diale grâce à son rôle d’un Adolf Hit­ler ra­va­gé par la folie dans le film «La chute». «Même dans les rôles de mé­chants, Bru­no Ganz ar­ri­vait à faire trans­pa­raître une hu­ma­ni­té. C’est ce qui rend toute une par­tie de son oeuvre si forte et si trou­blante. Il ne jouait pas ses rôles, il les in­car­nait. Il a vé­cu une vie d’une in­ten­si­té rare.» Tel est l’hom­mage ap­puyé que le conseiller fé­dé­ral en charge de la Culture Alain Ber­set a pos­té sa­me­di sur Twit­ter. Le co­mé­dien est dé­cé­dé aux pre­mières heures du ma­tin à 77 ans d’un can­cer de l’in­tes­tin, en­tou­ré des siens, à son do­mi­cile à Zu­rich. Le diag­nos­tic avait été po­sé en juillet 2018, lorsque les mé­de­cins lui ont dé­tec­té un car­ci­nome. Il au­rait dû jouer le rôle de l’ora­teur dans l’opé­ra de Mo­zart, «La flûte en­chan­tée» au Fes­ti­val de Salz­bourg. Il dut re­non­cer.

Bru­no Ganz était l’un des plus grands ac­teurs de langue al­le­mande et, in­con­tes­ta­ble­ment, le Suisse le plus re­con­nu au monde dans son art. Né en 1941 dans une fa­mille ou­vrière d’un père suisse et d’une mère ita­lienne, ce­lui qui se dé­fi­nis­sait comme un «Zü­ri-he­gel», un ti­ti zu­ri­chois en quelque sorte, a brillé aussi bien sur les planches qu’au ci­né­ma. Il a tout d’abord conquis les plus grands théâtres, du Schau­spiel­haus de Zu­rich à la Schaubühne de Ber­lin, en pas­sant par le Burg­thea­ter de Vienne. Il fut di­ri­gé par les plus grands met­teurs en scène al­le­mands, ré­com­pen­sé par les prix les plus pres­ti­gieux, du If­fland-ring al­le­mand à l’an­neau Hans­rein­hart hel­vé­tique. Il fut éga­le­ment met­teur en scène avec une pré­sen­ta­tion mo­nu­men­tale du «Faust I et II», de Goethe. C’est sur­tout au ci­né­ma que le grand pu­blic l’a dé­cou­vert. En 1979, Bru­no Ganz se fait re­mar­quer dans «Nos­fe­ra­tu, fan­tôme de la nuit», de Wer­ner Her­zog, puis, en 1987, il triomphe dans «Les ailes du dé­sir», de Wim Wen­ders. Et de­vient une star eu­ro­péenne en 2000 avec «Pane e tu­li­pa­ni», de Sil­vio Sol­di­ni. Il tour­ne­ra éga­le­ment dans des longs-mé­trages suisses, y com­pris ro­mands, comme «La pro­vin­ciale», de Claude Go­ret­ta, ou «Dans la ville blanche», d’alain Tan­ner. En 2017, le Zu­ri­chois est ré­com­pen­sé du Quartz du meilleur ac­teur pour son in­car­na­tion d’ar­thur Bloch dans «Un Juif pour l’exemple», de Ja­cob Ber­ger.

Mais Bru­no Ganz a in­con­tes­ta­ble­ment conquis le monde en 2004 avec son in­ter­pré­ta­tion d’adolf Hit­ler dans le film de Bernd Ei­chin­ger «La chute» («Der Un­ter­gang»), où on le dé­couvre por­tant sur son vi­sage la folie fa­na­tique du dic­ta­teur na­zi lors de ses der­niers jours dans le bun­ker où il se sui­ci­da. De ce rôle, il di­ra qu’il a pro­ba­ble­ment pu l’in­car­ner parce qu’il était Suisse et non Al­le­mand, mais qu’il de­vait, après chaque jour de tour­nage, «construire un mur ou un rideau de fer» dans sa tête pour ne pas dor­mir avec Hit­ler. En 2015, il se­ra le grand-père bour­ru, mais ir­ré­sis­ti­ble­ment at­ta­chant de l’hé­roïne suisse dans «Hei­di», d’alain Gs­po­ner, et en­tre­ra ain­si plus poé­ti­que­ment dans tous les foyers. Le co­mé­dien, qui a avoué son al­coo­lisme à 60 ans, ai­mait son par­cours, mais re­gret­tait ce pan de sa vie: «Je suis heu­reux que les per­sonnes proches de moi ne doivent plus être confron­tées à l’ivrogne Bru­no Ganz.»

Keys­tone/gae­tan Bal­ly

Le Zu­ri­chois fut l’un des plus grands co­mé­diens en langue al­le­mande du monde.

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