Le pe­nal­ty Tout sauf une lo­te­rie

Le Matin Dimanche - - FOOTBALL -

Am­pli­fi­ca­teur d’émo­tions, le pe­nal­ty brise des car­rières et en fait dé­col­ler d’autres. Ceux qui vivent l’ins­tant fa­ti­dique parlent d’une dé­charge d’adré­na­line née d’un duel in­égal, où chaque pe­tit geste compte. Zoom sur une frappe qui ne laisse rien au ha­sard.

qu’à la rou­tine». Mê­lée à la puis­sance, la va­riante de­vient presque sans faille. «Si le tir est par­fait, c’est goal.» S’y ajoute un in­évi­table rap­port de force. Une étude nor­vé­gienne as­sure qu’un joueur très dé­mons­tra­tif après avoir mar­qué un tir au but aug­mente les chances de suc­cès de ses co­équi­piers, de même que la pro­ba­bi­li­té d’échec de l’ad­ver­saire. En clair, un rap­port pri­maire de do­mi­na­tion, de peur aussi, s’ins­talle. «C’est le grand risque, aver­tit Nuz­zo­lo. Sur la dernière frac­tion de se­conde, le mou­ve­ment du gar­dien peut te dé­sta­bi­li­ser. Le cer­veau peut par­tir en vrille et tu bugues. La preuve, c’est qu’à l’en­traî­ne­ment au­cun tir ne part au-des­sus.» Dans «Onze mètres, la so­li­tude du ti­reur de pe­nal­ty» (Hu­go Sport), Ben Lyt­tle­ton as­si­mile le duel au wes­tern, à un re­gard, à deux hommes prêts à dé­gai­ner. An­drea Pir­lo a ex­pé­ri­men­té cette ani­ma­li­té en fi­nale de la Coupe du monde 2006. Dans son au­to­bio­gra­phie, il dé­crit ses quelques pas vers le point de pe­nal­ty comme «une marche in­ter­mi­nable et ter­rible vers ses propres an­goisses». Où qu’il re­garde, il est aveu­glé par les flashes qui pro­viennent de l’ar­rière du but de Fa­bien Bar­thez. Il est in­ca­pable de res­pi­rer. D’autres se su­bliment, comme l’an­glais Matt Le Tis­sier (47 buts en 48 ten­ta­tives), qui payait des ju­niors pour pro­lon­ger l’en­traî­ne­ment:

«Moi, je vou­lais que tout le stade me re­garde. Tout ce­la flat­tait mon ego. J’ai­mais mar­quer des buts et c’était pour moi la ma­nière la plus fa­cile de le faire, sans même de­voir cou­rir!»

Nuz­zo­lo dit évi­ter le re­gard du gar­dien. D’autres scien­ti­fiques dis­til­lent des cas­cades de conseils: ne pas se pré­ci­pi­ter au coup de sif­flet, prendre quatre à cinq pas d’élan, res­pi­rer pro­fon­dé­ment, res­ter re­lâ­ché. Bref: le face-à-face est à abor­der en bon mâle al­pha: «Des co­équi­piers es­saient ré­gu­liè­re­ment de me pi­quer la place, mais je leur dis que c’est une af­faire de lea­der», sou­rit le Neu­châ­te­lois. Quant aux conseils en tout genre, ils sont ba­layés d’une pi­che­nette par le spé­cia­liste An­to­nin Pa­nen­ka: «Il n’y a qu’une bonne fa­çon de ti­rer les pe­nal­ties. Quand ton tir fi­nit au fond… Mais ce n’est ja­mais un ha­sard.»

Dmy­tro Ak­so­nov/get­ty Images

Face-à-face fu­gace et dé­ter­mi­nant, l’exer­cice du pe­nal­ty fait en­trer le ti­reur et le gar­dien dans une bulle dont un seul res­sor­ti­ra vain­queur.

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