Ici ils naissent vau­dois, mais après?

Le Matin Dimanche - - SPORTS -

La bou­che­rie de Nor­bert Pré­laz à Be­gnins est si­tuée pile entre la Praille et la Pon­taise. Mais ce n’est même pas la peine de de­man­der au pro­prié­taire quel club il sou­tient. «Les Ser­vet­tiens, ce sont ceux qui disent quatre-vingt. Ici, on dit hui­tante», pré­vient ce fan du LS de­puis ses quinze ans. Pour­tant, on trouve de nom­breux sup­por­ters des deux clubs dans ce coin du can­ton de Vaud. «Les sou­tiens sont vrai­ment par­ta­gés», nous dit-on au club de Ge­no­lier-be­gnins. Ré­sul­tat: on ne sait pas tou­jours à qui on a af­faire. «Gi­rar­det (ndlr: vice-pré­sident du club de foot lo­cal) est pour Ser­vette? Je ne sa­vais même pas, se marre le bou­cher. Mais ce n’est pas grave du tout. Je suis le pre­mier à boire un verre avec les Gre­nat. Je ne suis pas comme ces vé­ganes, qui font chier tout le monde parce qu’ils n’aiment pas la viande!»

Ici, tous naissent vau­dois. Mais après? Comment choi­sit-on un club plu­tôt qu’un autre? «Moi, j’ai des ori­gines ge­ne­voises par mon père, qui m’em­mène aux matches du Ser­vette de­puis tout pe­tit», ex­plique Cé­dric Gi­rar­det. Les af­fi­ni­tés se­raient donc hé­ré­di­taires? «Bien sûr, ça fait beau­coup, mais il n’y a pas vrai­ment de vé­ri­té», pense Nor­bert Pré­laz, qui ne manque ja­mais d’em­me­ner des gens du vil­lage à la Pon­taise, his­toire de sus­ci­ter des vo­ca­tions. Parce que c’est au stade que tout com­mence. «Une se­maine après mon ar­ri­vée en Suisse, je suis al­lé aux Char­mil­les. C’était dans les an­nées 70. Je suis tom­bé amou­reux du Ser­vette», ra­conte Ni­co­la Trac­chia, le di­rec­teur de l’hô­tel Real à Nyon.

Pour faire ve­nir les gens de la Côte dans leur stade, les deux clubs lé­ma­niques ont des ap­proches dia­mé­tra­le­ment op­po­sées. Ser­vette axe sa cam­pagne de com­mu­ni­ca­tion sur le di­gi­tal. Et ça marche. «Sur les deux mil­lions de pages vues du site of­fi­ciel en 2018, 40% des connexions se sont faites hors can­ton. Et le tra­fic était as­sez consé­quent sur la Côte. Nous ci­blons d’ailleurs cette po­pu­la­tion lors de nos an­nonces sur les ré­seaux so­ciaux», ren­seigne le porte-pa­role des Gre­nat, Loïc Lu­scher, qui an­nexe car­ré­ment la Côte en une phrase: «C’est une ré­gion ser­vet­tienne.» Pour preuve: «Quand le LS a dis­tri­bué 800 places gra­tuites pour le match contre Ser­vette aux lec­teurs du jour­nal «La Côte», 600 sont par­ties chez les fans ser­vet­tiens.» Évi­dem­ment, du cô­té lau­san­nois, on n’a pas la même comp­ta­bi­li­té. «Nous avons of­fert 1300 places pour ce match, 500 via le jour­nal et 800 via les clubs vau­dois, et une soixan­taine de ces billets en­vi­ron ont bé­né­fi­cié aux Ge­ne­vois», rec­ti­fie Vincent Stein­mann, di­rec­teur mar­ke­ting et com­mer­cial du LS. Ce der­nier sait tout l’en­jeu que re­pré­sente le pu­blic ru­ral car «plus de 70%» des fans «bleu et blanc» viennent du can­ton et non de Lau­sanne». Pour les fé­dé­rer au­tour d’un pro­jet com­mun («un club, un can­ton»), il or­ga­nise à chaque match une «table des pré­si­dents» au­tour de la­quelle prennent place «entre dix et vingt di­ri­geants de clubs vau­dois». C’est, es­père-t-il, le dé­but d’une ar­mée pour ré­sis­ter au puis­sant voi­sin gre­nat.

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.