À Ge­nève, les ha­bi­tants de la Vieille-ville veulent moins de bu­reaux de fonc­tion­naires

Le Matin Dimanche - - SUISSE - CH­LOÉ LE­ROY DETHURENS

La Vieille-ville de Ge­nève, un quar­tier fan­tôme? C’est la crainte de l’as­so­cia­tion des ha­bi­tants du sec­teur his­to­rique de la Ci­té de Cal­vin, qui dé­nonce de­puis des an­nées sa gen­tri­fi­ca­tion. Dans l’es­poir de ré­ta­blir une cer­taine mixi­té, ceux-ci se sont at­te­lés à un tra­vail d’en­ver­gure, l’in­ven­taire de tous les bu­reaux oc­cu­pés par des ser­vices de l’état. But de cette ac­tion: de­man­der au Can­ton d’aban­don­ner pro­gres­si­ve­ment ses bâ­ti­ments pour les rendre à l’ha­bi­tat.

Membres de l’as­so­cia­tion des ha­bi­tants de la Vieille-ville (AHCVV) et ar­chi­tectes, Florence Van­den­beusch et Do­mi­nique Eg­ger (au­jourd’hui dis­pa­ru), ont com­men­cé à ré­di­ger ce ca­ta­logue il y a deux ans. Vi­site des lo­caux, consul­ta­tion du ca­dastre, re­le­vé des sites: leur tra­vail fait état de 67 adresses dif­fé­rentes lo­gées dans vingt bâ­ti­ments, soit 1250 pièces sur 28 000 m2. Au to­tal, l’état oc­cupe l’équi­valent de 315 ap­par­te­ments de 4 pièces dans les­quels pour­raient vivre 1000 ha­bi­tants sup­plé­men­taires po­ten­tiels, se­lon leurs es­ti­ma­tions. Sont-elles exactes? Pro­ba­ble­ment pas tout à fait, étant don­né les der­nières ro­cades sur­ve­nues lors de la ré­or­ga­ni­sa­tion du Conseil d’état. Les chiffres pré­cis n’ont pas pu nous être four­nis par le Can­ton à l’heure où nous pu­blions.

Pour es­ti­mer l’éten­due des bu­reaux de fonc­tion­naires en Vieille-ville, il faut ajou­ter aux lo­caux de l’état ceux oc­cu­pés par la Ville de Ge­nève. La Mu­ni­ci­pa­li­té loge no­tam­ment au 4 et 5 rue de l’hô­tel-de-ville sur quatre étages, où l’on trouve les dif­fé­rents dé­par­te­ments, ex­cep­té ce­lui de la culture et du sport, ex­pa­trié à Ma­la­gnou. D’autres col­la­bo­ra­teurs com­mu­naux s’ac­tivent éga­le­ment rue de la Croix-rouge. La sur­face to­tale uti­li­sée n’a en re­vanche pas pu nous être dé­taillée par la Ville, où au­cun dé­mé­na­ge­ment n’est pré­vu, se­lon nos in­for­ma­tions.

Pour­quoi les ha­bi­tants s’in­té­ressent-ils aux bu­reaux des fonc­tion­naires? Car ceux-ci se­raient trop nom­breux dans ce quar­tier d’en­vi­ron 3000 âmes, et par­ti­ci­pe­raient à la dé­ser­ti­fi­ca­tion de ce der­nier, es­time L’AHCVV. Certes, leur pré­sence gé­nère une ani­ma­tion du­rant la pause de mi­di et aux heures de pointe. «Mais du­rant le wee­kend, les rues sont vides, presque tous les bis­trots et res­tau­rants sont fer­més, re­lève An­drienne Sout­ter, membre de l’as­so­cia­tion et an­cienne élue mu­ni­ci­pale. Il n’y a pas as­sez de lo­ge­ments abor­dables et plus as­sez d’ha­bi­tants dans notre quar­tier. Cer­tains bâ­ti­ments sont qua­si vides. Sans comp­ter que les com­merces de proxi­mi­té tendent à di­mi­nuer.» Ro­man Juon, membre de l’as­so­cia­tion et an­cien con­seiller mu­ni­ci­pal, ajoute: «Ce que nous vou­lons pour notre quar­tier, c’est une vé­ri­table mixi­té.»

Re­lo­gés à la jonc­tion

Mais l’as­so­cia­tion est al­lée plus loin que le simple lis­ting, en joi­gnant des exemples de bu­reaux ré­amé­na­gés en lo­ge­ments. Des étu­diants en ar­chi­tec­ture d’in­té­rieur de la Haute École d’art et de de­si­gn (HEAD) ont tra­vaillé au se­mestre de prin­temps de 2017 sur des pro­jets de trans­for­ma­tions en ap­par­te­ments de l’im­meuble 11-14 rue de l’hô­tel-de­ville et 7 place de la Ta­con­ne­rie (bu­reaux de Pierre Mau­det). «Avec ce pro­jet, nous vou­lons dé­mon­trer qu’un re­tour aux sources est pos­sible, même si nous ne pour­rons plus re­créer les ma­gni­fiques lo­ge­ments des pa­tri­ciens de l’an­cien ré­gime, car les be­soins pré­pon­dé­rants de la po­pu­la­tion au­jourd’hui sont autres», notent les au­teurs de l’étude. Ceux-ci ont même pro­po­sé de re­lo­ger les fonc­tion­naires dans une tour à la Jonc­tion, dans le cadre du pro­jet Praillea­ca­cias-jonc­tion (PAV). C’était le rêve de Do­mi­nique Eg­ger, nous dit l’as­so­cia­tion.

Une fois leur in­ven­taire ré­di­gé, les ha­bi­tants ont ren­con­tré le pré­sident du Conseil d’état, An­to­nio Hod­gers. «Ce­lui-ci nous a af­fir­mé qu’il y avait une vo­lon­té de l’état de fa­vo­ri­ser le lo­ge­ment au centre-ville, mais nous a dit qu’il n’était pas le bon in­ter­lo­cu­teur», ex­plique Florence Van­den­beusch. Celle-ci sou­haite re­prendre ses in­ves­ti­ga­tions, les ac­tua­li­ser et ren­con­trer le ma­gis­trat char­gé des in­fra­struc­tures, Serge Dal Bus­co.

Les fonc­tion­naires avaient pour­tant «failli» dé­mé­na­ger. En 2009, un pro­jet de ré­or­ga­ni­sa­tion de l’ad­mi­nis­tra­tion avait émer­gé, pré­voyant la construc­tion d’un centre ad­mi­nis­tra­tif hors Vieille-ville. Il a été de­puis aban­don­né.

Laurent Gui­raud

Dans le coeur his­to­rique de la ville de Ge­nève, l’état oc­cupe l’équi­valent de 315 ap­par­te­ments de 4 pièces dans les­quels pour­raient lo­ger 1000 ha­bi­tants sup­plé­men­taires.

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