«Les san­gliers ont pris le pou­voir et me­nacent Ber­lin»

AL­LE­MAGNE Mal­gré les primes au san­glier tué, la po­pu­la­tion aug­mente aux alen­tours de la ca­pi­tale. L’ani­mal n’hé­site plus à en­trer dans les ha­bi­ta­tions ni à dé­vas­ter les jar­dins.

Le Matin Dimanche - - MONDE - CH­RIS­TOPHE BOURDOISEAU

Lorsque le san­glier est en­tré en cou­rant dans le sa­lon de coif­fure, les clients ont été mé­du­sés. La bête bles­sée a ren­ver­sé les fau­teuils et les cha­riots. «Sou­dain, il me fai­sait face. Je ne sa­vais plus quoi faire», ra­conte Han­ne­lore Hein­rich, coif­feuse à Stahns­dorf, une ville tran­quille de 14 000 ha­bi­tants à la pé­ri­phé­rie de Ber­lin. Après quelques mi­nutes, un client s’est dé­ci­dé à bou­ger pour lui ou­vrir la porte et le san­glier est re­par­ti dans sa course folle vers la fo­rêt. «Nous étions tous sous le choc. Tout le sa­lon était en­san­glan­té», pour­suit la coif­feuse. Cet in­ci­dent dont a par­lé toute la presse a ré­vé­lé l’am­pleur d’un fléau qui touche Ber­lin et sa ré­gion. «La si­tua­tion de­vient me­na­çante pour les fa­milles avec des en­fants», as­sure Jörg Rie­del, le maire de Stahns­dorf.

Au dé­but de l’an­née, une vi­déo a fait le buzz sur in­ter­net. Elle mon­trait 25 san­gliers tra­ver­sant en horde le quar­tier ber­li­nois de Klein­mach­now, juste à cô­té de Stahns­dorf. On y voit les bêtes prendre leur bain dans les flaques d’eau sur la chaus­sée puis dé­guer­pir dans la fo­rêt. «Les san­gliers ont pris le pou­voir dans nos vil­lages et me­nacent Ber­lin», a consta­té Hein­rich Plü­ckel­mann, le res­pon­sable lo­cal du Par­ti so­cial-dé­mo­crate (SPD), lors d’une réunion pu­blique à Stahns­dorf.

Dans les vil­lages du Bran­de­bourg (ré­gion au­tour de Ber­lin), les san­gliers se sentent dé­sor­mais chez eux. Ils sautent par-des­sus les bar­rières, poussent les portes des jar­dins, dé­vastent les pe­louses ou les ter­rains de sport. Pour ceux qui re­gardent des films ama­teurs sur in­ter­net, les scènes sont drôles. Mais pas pour les ha­bi­tants, qui sont exas­pé­rés. «On les voit même dans les rues de Ber­lin. Ils men­dient au­près des tou­ristes sur les par­kings. Les ac­ci­dents de la cir­cu­la­tion se mul­ti­plient. Je n’ai ja­mais vu de san­gliers agres­sifs, mais ils sont vrai­ment de­ve­nus trop nom­breux», s’alarme Paul Stö­cker, un Ber­li­nois qui ha­bite dans un im­meuble au coeur de la fo­rêt de Gru­ne­wald.

Les as­so­cia­tions en­vi­ron­ne­men­tales mettent en cause la po­li­tique agri­cole en Al­le­magne mais aus­si celle de l’union eu­ro­péenne (UE), qui sub­ven­tionne les plan­ta­tions de maïs et de col­za. Cette culture in­ten­sive ap­por­te­rait de la nour­ri­ture en sur­abon­dance aux san­gliers. Le di­rec­teur de l’an­tenne ré­gio­nale de L’ONG en­vi­ron­ne­men­tale et de la pro­tec­tion de la na­ture Bund, Axel Kru­schat, confirme que cette mo­no­cul­ture est l’ori­gine du pro­blème. «Les san­gliers ne quittent plus les champs de maïs. Ils mangent énor­mé­ment et se re­pro­duisent en consé­quence.»

Mal­gré des abat­tages re­cords (90 000 chaque an­née dans la ré­gion au­tour de Ber­lin) et les ef­forts des gardes fo­res­tiers, la po­pu­la­tion ne cesse d’aug­men­ter. Les chas­seurs sont ac­cu­sés de ne pas faire leur tra­vail! «Les ama­teurs viennent de toute l’eu­rope pour abattre du san­glier dans la ré­gion. L’an­née der­nière, nous en avons tué 40% de plus qu’en 2017, se jus­ti­fie An­ja Sem­mele, porte-pa­role des chas­seurs du Bran­de­bourg. En rai­son de la peste por­cine afri­caine, le mi­nis­tère nous verse même une prime de 50 eu­ros par tête.» Mais rien n’y fait…

La peste por­cine afri­caine pro­gresse

Les san­gliers ne sont pas seule­ment gê­nants pour les ha­bi­tants. C’est une me­nace pour les agri­cul­teurs. Pour l’ins­tant, l’al­le­magne reste épar­gnée par la peste por­cine afri­caine. Mais la ma­la­die pro­gresse len­te­ment et s’ap­proche inexo­ra­ble­ment de la fron­tière ger­ma­no-po­lo­naise qui se si­tue à 80 ki­lo­mètres de Ber­lin. Plus de 600 san­gliers por­teurs du vi­rus ont été abat­tus à l’est de la Po­logne. «La ma­la­die n’est pas trans­mis­sible à l’homme. Mais elle est mor­telle pour les ani­maux», rap­pelle la Fé­dé­ra­tion des agri­cul­teurs qui sug­gère d’éli­mi­ner 70% de la po­pu­la­tion pour pré­ve­nir cette épi­dé­mie.

«C’est une vé­ri­table course contre la montre», pré­vient Claus Se­li­ger, un garde fo­res­tier de Peitz, une pe­tite ville al­le­mande à la fron­tière po­lo­naise. «Si la peste ar­ri­vait chez nous, les dé­gâts se­raient énormes. Nous de­vons évi­ter ce­la à tout prix cette si­tua­tion d’état d’ur­gence», s’alarme Claus Se­li­ger.

«On les voit même dans les rues de Ber­lin. Ils men­dient au­près des tou­ristes sur les par­kings» Paul Stö­cker, un Ber­li­nois

DR

Dans le Bran­de­bourg, la ré­gion proche de Ber­lin, les san­gliers n’hé­sitent pas à en­trer dans les jar­dins (ci-des­sus) ou à tra­ver­ser les rues des villes.

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